CONSTITUTION DE LA CORSE. I
Jacques que comme un adversaire, et, si on Fose dire d'un si grand génie, comme un envieux, répandit ou laissa courir le bruit que tout cela n'était qu'un piège de sa façon. Sans y croire, Rousseau en fut aifecté plus qu'il ne l'avoue. Il reçut avec défiance un chevalier de Malte envoyé par Paoli ^, et ne porta plus dès lors la même ardeur à cette mission, que ne lui auraient pas d'ailleurs permis de remplir en ce moment les embarras dont il était accablé. On s'étonne même qu'il ait pu s'y appliquer avec tant de liberté d'esprit, et y consacrer tant de méditations et de temps.
ï Rousseau écrivait à M. d'Ivernois, le 22 avril 1765 : « Je ne peux rien vous dire du chevalier de Malte ; il est encore à Neuchâtel. Il m'a apporté une lettre de M. Paoli qui n'est certainement pas supposée ; cependant la conduite de cet homme-là est en tout si extraordinaire, que je ne puis prendre sur moi de m'y fier ; et je lui ai remis pour M. Paoli une réponse qui ne signifie rien...»
Les allures de ce personnage ne justifiaient que trop la réserve du philosophe. M. S. Meuron, procureur-général, lui avait donné cet avis peu encourageant (10 mars) :
« Le soi-disant chevalier de Malte serait ignoré ici sans des sottises qui lui ont attiré des disgrâces humiliantes, se donnant des airs d'Excellence, avec des jeunes gens qui mangeaient dans son auberge (d'où il ne sort pas, ne fréquentant aucune compagnie) requérant d'eux des égards et des respects et parlant inconsidérément des compagnies de la ville ; ils le chassèrent de sa chambre à coups de pied, il fit ses excuses et s'humilia ; j'ai mis des gens sur pied pour le suivre à la piste, et j'appris hier à mon retour de ma campagne qu'il pourrait être question d'un honnête complim.ent que la ville lui ferait de la vider. »