LA CHAUX-DE-FONDS
beauté des sites romantiques qui bordent le Doubs, et d'Escherny, grand voyageur, forme aussitôt la résolution d'y monter. Rousseau, qui ne refusait jamais de semblables courses, tout à fait de son goût, accepte la partie, et tous les deux se mettent en route de Colombier par une belle matinée du mois de juin. Ils grimpent à la Tourne, passent Plamboz, traversent la Sagne, le Locle, puis redescendent aux Brenets. Ce qui frappe le plus les touristes, ce sont les bassins de la rivière et les rochers gigantesques, semblables à des fortifications, dont ils sont environnés. Ils ne se lassent point de contempler ces masses superbes et d'en parcourir les environs, surtout Rousseau, si amateur de la nature inculte et sauvage. De retour au Locle, ils poussent jusqu'à la Chaux-de-Fonds qu'ils ne connaissaient pas. Tout ce que dit d'Escherny sur ce coin de notre pays est encore vrai. Il s'étonne du nombre et de la propreté des maisons sur des sommets si élevés, de l'air de bien-être qui règne partout, de l'industrie des habitants. Rien ne les a découragés, ni la rudesse du climat, ni l'avarice du sol, « ni les hauts, ni les bas. ))
« On est surtout frappé, ajoute-il, de voir dans ces sites
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sauvages de jolies personnes, élégamment vêtues, parcourir ces inégalités, sauter d'un rocher à l'autre, gravir une colline, en descendre avec rapidité, errer dans ces forêts et y arborer des plumes, des guirlandes et des chapeaux anglais \ On m'assure que depuis quarante ans ce luxe a fait encore de grands progrès. »
Rousseau et son ami voyagent ou plutôt se promènent en flâneurs; ils mettent trois jours à regagner Motiers, regardant, observant tantôt les points de vue et les curiosités du paysage, tantôt le contraste, reproduit à chaque pas et qui n'existe peut-être nulle part ailleurs, « de lieux agrestes, stériles, hérissés de rochers, semés de précipices, avec la politesse, l'aisance et l'industrie des habitants. »
« En général, poursuit le narrateur, je regarde cette petite portion du Jura, renfermée dans les limites du pays de Neuchâtel, comme l'une des contrées du monde les plus curieuses à observer pour le philosophe, le physicien, le naturaHste, le géologue, l'artiste et le mécanicien. »
Rentrés au logis, les deux voisins reprirent leur genre de vie ordinaire. Mais bientôt le besoin de locomotion qui tourmentait Rousseau recommença à l'agiter. li est des hommes, remarque
ï Aujourd'hui il faudrait dire français ; c'est le seul mot qu'il y aurait à changer dans ce passage.