LE LIBRAIRE DU CHASSERON
)) Mais, en effet, qui jamais eût dû s'attendre à trouver une manufacture dans un précipice! Il n'y a que 'la Suisse au monde qui présente ce mélange de la nature sauvage et de l'industrie humaine. La Suisse entière n'est pour ainsi dire qu'une grande ville dont les rues larges et longues plus que celle tie Saint- Antoine sont semées de forêts, coupées de montagnes et dont les maisons éparses et isolées ne communiquent entre elles que par des jardins anglais.
» Je me rappelai à ce sujet une autre herborisation que Dupeyrou, d'Escherny, le colonel de Pury, le justicier Clerc et moi * avions faite il y avait quelque temps sur la montagne de Chasseron, du sommet de laquelle on découvre sept lacs ^. On nous dit qu'il n'y avait qu'une seule maison sur cette montagne, et nous n'eussions pas certainement deviné la profession de celui qui l'habitait, si l'on n'eût ajouté que c'était un libraire et qui même faisait fort bien ses affaires dans le pays. Il me semble qu'un seul fait de cette espèce fait mieux connaître la Suisse que toutes les descriptions des voyageurs. »
Oui, mais il faudrait ou'il fût vrai. Or celui-ci me paraît fabuleux, même en admettant, comme le veulent les éditeurs de Genève, qu'il s'applique au Chasserai et non au Chasseron. Le Chasseron et le Chasserai sont deux des sommets les plus élevés du Jura, 1 6 1 1 mètres et 1 609 suivant la
ï Et M. Gagnebin?...
* Un peu exagéré. On ne voit du Chasseron que le lac de Neuchâtel, celui de Genève, une très-petite portion de celui de Morat ; les autres lacs, de Bienne, de Saint-Point, de Sainte-Marie, des Taillères, se devinent tout au plus dans leurs bassins.