LE CHAMP DU MOULIN
assurer que c'était là le point central de leurs explorations. Une bonne et aimable dame m'a répété souvent que sa mère, fille de ce M. Sandoz chez qui logeaient Rousseau et ses amis, avait dans sa jeunesse bien des fois porté le café aux hôtes de son père au fond du Creux du Van, près de la Fontaine-froide; ils y faisaient halte et se donnaient rendez-vous pour mettre en commun leurs trouvailles. Dans cette famille Sandoz, on conservait comme de précieuses traditions de famille les moindres souvenirs de ce séjour et des fréquentes étapes que Jean-Jacques faisait à l'auberge ^ dans ses allées et venues de Neuchâtel à Motiers et de Motiers à Neuchâtel. Voyageant toujours à pied, il coupait volontiers le trajet en couchant à Brot. Rousseau rappelle avec satisfaction le plaisir qu'il eut de pouvoir un
lettre que Jean-Jacques adressait le i*' août 1767 à Dupeyrou, qui était alors à Amsterdam :
« Il vaut encore mieux s'aller promener au Creux du Vent par » la pluie, qu'en Hollande par le beau temps. »
Ma conjecture est donc justifiée, mais le Creux du Van méritait mieux que ce mot jeté en passant. Du reste, il se peut qu'il soit encore rappelé ailleurs. On n'a jamais tout vu, ni tout lu.
"^ L'auberge existe encore, mais rebâtie. La maison dans laquelle Rousseau a séjourné tant de fois a été détruite par un incendie- Elle est restée légendaire. Un poëte neuchâtelois, M. de Sandoz- Xravers, en a consacré le souvenir dans un morceau très-populaire intitulé : Le Coharct de Brot,