LE LABEUR DE ROUSSEAU
accompagne Jean-Jacques chez ses voisins, chez ses amis, dans ses courses, si l'on additionne la somme de travail que représente une correspondance égale à plusieurs in-folio, sans oublier d'y joindre la lettre à Mg*" de Beaumont, — une bro- (^hure, — les Lettres de la Montagne, — un ouvrage capital, — l'achèvement du Dictionnaire de musique, puis les affaires, les soins courants et journaliers de la vie auxquels personne n'échappe, enfin les démêlés e,t les tourments, inévitable récompense de ceux qui veulent instruire leurs semblables et les corriger, on reste étonné, confondu d'un labeur pareil. Un homme robuste, actif, infatigable n'y aurait pas suffi, et l'infirme, le paresseux Rousseau en vient à bout ^ !
La surprise redouble lorsqu'on se souvient de la difficulté que l'auteur de tant de volumes éprouvait à composer, à écrire, et du soin qu'il apportait aux moindres détails de forme et de
^ Rousseau à Motiers écrivait debout sur une planche fixée à la paroi, dans une chambre mal éclairée. Ce pupitre de sapin, grossièrement raboté et muni à sa partie inférieure d'un trèshaut rebord a été vendu à un étranger (vers 1820) pour la somme de 8 liv. 8 s. Jusqu'alors, un très-grand nombre de visiteurs s'étaient estimés heureux d'en détacher de petits copeaux. (Allamand, Statistique du Val de Travers. 1836.)