‹ J.J. Rousseau au Val de TraversChapitre 81 sur 132 · CONSEILS DE STYLE · texte numérisé non relu

CONSEILS DE STYLE

travail opiniâtre et d'une indomptable volonté. La rhétorique de Jean-Jacques était d'ailleurs fort simple : l'accord exact de l'idée et de l'expression, rien de plus, et cela semble bien facile. Il la donnait à Dupeyrou en ces termes ^ :

« Qu'une expression soit ou ne soit pas ce qu'on appelle française ou du bel usage, ce n'est pas de cela qu'il s'agit : on ne parle et l'on n'écrit que pour se faire entendre ; pourvu qu'on soit intelligible, on va à son but ; quand on est clair on y va encore mieux; parlez donc clairement pour quiconque entend le français. Voilà la règle, et soyez sûr que, fissiez-vous au surplus cinq cents barbarismes, vous n'en aurez pas moins bien écrit. Je vais plus loin et je soutiens qu'il faut quelquefois faire des fautes de grammaire pour être plus lumineux. C'est en cela, et non dans tomes les pédanteries du purisme, que consiste le véritable art d'écrire. Ceci posé, j'examine, sur cette règle, le conclave inquisitoridl, et je me demande si ces deux mots réunis présentent à l'esprit une idée bien une et bien nette, et il me paraît que non. Le mot conclave en latin ne signifie qu'une chambre retirée, mais en françjiis il signifie l'assem.blée des cardinaux pour l'élection du pape. Cette idée n'a nul rapport à la vôtre, et elle exclut même celle de l'inquisition. Voyez si, peut-être en changeant le premier mot, et mettant, par exemple, celui de synode inquisitorial, vous n'iriez pas mieux à votre but? Il semble même que le mot synode, pris pour une assemblée de ministres, contrastant avec celui d' inquisitorial, ferait mieux sentir l'incon-

I Lettre du 12 avril 1765. Dupeyrou l'avait consulté à l'occasion de ses lettres de Goa.

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