LA FAMILLE MONTMOLLIN
Motiers, n'existe dans leurs archives. » Frédéric- Guillaume, ministre et professeur, n'était point un descendant du grand chancelier, mais petitfils d'un de ses frères nommé Jean. On ne sait où chercher maintenant ces pièces intéressantes. La branche que représentait M. le pasteur de Motiers est dispersée ou éteinte; il avait eu plusieurs enfants. L'une de ses filles, après un joli roman épistolaire, épousa un M. Espérandieu, du midi de la France, ancien pensionnaire de son père; une autre, un M. Girardier de Motiers, famille qui n'a plus qu'un représentant, sourd et aveugle; enfin une troisième sœur devint M""^ d'Ivernois; personne n'a pu me dire ce que sont devenues les autres. Le temps seul et le hasard pourront ramener au jour les lettres qui nous manquent aujourd'hui pour juger avec impartia- Hté le président du consistoire de Motiers.
J'imagine qu'il dut être bien embarrassé. Les persécuteurs de V Emile étaient logiques en attaquant les Lettres; mais celui qui avait admis à la communion l'auteur du premier de ces livres, ne pouvait la refuser à l'auteur du second sans se déjuger. Ce sont les mêmes doctrines; les contemporains ont même appelé les Lettres, « une
2éO LE CHRISTIANISME DE ROUSSEAU.
explication adoucie et justificative de la Profession de foi. » Rousseau allait plus loin; il croyait avoir mérité un titre de plus au nom glorieux de défenseur du christianisme.
« Il peut errer sans doute puisqu'il est homme, mais dans ce dernier livre au moins, il erre en chrétien, puisqu'il ne cesse de s'appuyer pas à pas sur l'autorité de l'Évangile. »
On lit cette déclaration dans sa lettre au consistoire, et elle se termine par ces mots :
« C'était alors (après VÉmiîe) qu'on pouvait m'ôter la communion, mais c'est à présent qu'on devrait me la rendre. Si vous faites le contraire, messieurs, pensez à vos consciences; pour moi, quoi qu'il arrive, la mienne est en paix. »
vOn a accusé Rousseau de contradiction et d'hypocrisie. Je crois qu'on a eu tort. Les objections que son esprit rigoureux lui suggérait sur les mystères inexplicables de la révélation ne diminuaient pas, elles augmentaient plutôt la force du sentiment religieux dont il était pénétré. Se réunir à ses semblables pour adorer et prier le Maître souverain de la terre et des cieux, faire acte de fraternité humaine par la communion, et d'humble soumission aux dogmes qu'il ne parvenait pas à expliquer, furent bien certai-