‹ J.-J. RousseauChapitre 4 sur 10 · PREMIÈRES RELATIONS AVEC VOLTAIRE · texte numérisé non relu

PREMIÈRES RELATIONS AVEC VOLTAIRE

Avant de venir s'installer à Paris, Rousseau s'était occupé de musique et d'opéras. Ses connaissances musicales étaient cependant très sommaires. 11 n'apprit la musique qu'assez tard et ne fut jamais qu'un simple amateur. Ayant voulu lire La théorie de Vhannonie de Rameau, « il n'y comprit rien. » Il ne put jamais parvenir à solfier proprement un air et à lire couramment une partition. Ses premiers essais de composition musicale n'eurent aucun succès : l'opéra-ballet Les muses galantes, qu'il voulut faire jouer, fut trouvé détestable par Rameau.

A propos d'un autre opéra Rousseau entre en relations avec Voltaire. Les Confessions nous apprennent comment se fit cette première rencontre :

« L'hiver qui suivit la bataille de Fontenoi il y eut beaucoup de fêtes à Versailles, entre autres plusieurs opéras au théâtre des Petites-Écuries. De ce nombre fut le drame de Voltaire intitulé La Princesse de Navarre, dont Rameau avoit fait la musi jue, et qui venoit d'être changé et réformé sous le nom des Fêtes de Ramire. Ce

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nouveau sujet demandoit plusieurs changements aux divertissements de l'ancien, tant dans les vers que dans la musique. Il s'agissoit de trouver quelqu'un qui put remplir ce double objet. Voltaire, alors en Lorraine, et Rameau, tous deux occupés pour lors à l'opéra du Temple de la Gloire, ne pouvant donner des soins à celuilà, M. de Richelieu pensa à moi, me fit proposer de m'en charger ; et, pour que je pusse examiner mieux ce qu'il y avoit à faire, il m'envoya séparément le poème et la musique. Avant toute chose, je ne voulus toucher aux paroles que de l'aveu de l'auteur; et je lui écrivis à ce sujet une lettre très honnête, et même respectueuse, comme il convenoit... »

Rousseau néglige de nous donner le texte de cette lettre. Elle était, cependant à reproduire :

« Paris, 11 décembre 1143.

« A monsieur de Voltaire.

« Monsieur, il y a quinze ans que je travaille pour me rendre digne de vos regards et des soins dont vous favorisez les jeunes muses en qui vous découvrez quelque talent. Mais pour avoir fait la musique d'un opéra, je me trouve, je ne sais comment, métamorphosé en musicien. C'est, monsieur, en cette qualité que M. le duc de Richelieu m'a chargé des scènes dont vous avez lié les divertissements de Za /jrincesse de Navarre. Il a même exigé que je fisse, dans les canevas, les changements nécessaires pour les rendre convenables à votre nouveau sujet. J'ai fait mes respectueuses représentations ; Monsieur le duc a insisté, j"ai obéi. C'est le seul parti qui convienne à l'état de ma fortune. M. Ballot m'a chargé de vous communiquer ces changements. Je me suis attaché à les

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