‹ J.-J. Rousseau et la Révolution françaiseChapitre 40 sur 107 · Lettre de la montcujne, VII · texte numérisé non relu

Lettre de la montcujne, VII

2. Discours sur l'inégalité, 1, 335; Contrat social, ch. 11 du t. II.

l'établissement de la démocratie des conditions qui la proscrivaient « à jamais du milieu de

nous * ».

On avait remarqué sa façon dédaigneuse de traiter le bas peuple : « Vous avec su, lui écrivait d'Alembert, plaire à la multitude par le mépris même que vous témoignez pour elle et que vous eussiez peut-être marqué davantage en affectant moins de le montrer ». Dans la plupart des États, « les troubles, selon Rousseau, viennent d'une populace abrutie et stupide, échauffée d'abord par d'insupportalîles vexations, puis ameutée en secret par des brouillons adroits ». La bourgeoisie de Genève, la plus saine partie de la République, était opposée par lui aux riches et au « peuple abject », aux gens faits pour acheter et à ceux « faits pour se vendre' ».

On était surtout frappé de la « circonspection extrême », expressément prêchée, aussi bien aux Polonais qu'aux Genevois, de la façon dont Rousseau parlait des « avantages des anciens usages », des « avantages des abus », des « ressources terribles très sagement interdites » à ses compatriotes, et affirmait que « les moyens violents ne

1 Mémoires de Mallet du Pan, I, 221.

2. Lettres de la montagne, IX, 307. Rapprochez cela de ce qu'il dit dans une lettre à M"'" de Warens à propos des fêtes pour le mariage du dauphin en 1747 (XX, 152).

conviennent pas à la cause juste », que, « pour quelque intérêt que ce soit, on ne doit jamais troubler la paix civile ' ».

Lorsque les Considérations du marquis d'Argenson sur le gouvernement de la France furent imprimées, le bruit courut qu'elles étaient l'œuvre de Rousseau". Cette méprise montre comment on interprétait le Contrat social deux ans après sa publication. 11 semblait vraisemblable que, passant de la spéculation pure à l'application, parlant en homme d'Etat après avoir parlé en philosophe, Rousseau proposât, sous un nom d'emprunt, d'établir en France une démocratie royale dans laquelle l'autorité d'un monarque tout-puissant servirait à assurer les droits de la nation ^

Au début de la Révolution, un noble qui n'allait pas tarder à devenir un des agents les plus bruyants et les plus actifs de la contre-révolution, et qui avait déjà scandalisé Mirabeau en reniant avec éclat la cause nationale, le comte d'Antraigues, ne soupçonnait pas encore que de « mauvais disciples, dédaignant d'étudier les écrits de leur maître », étaient en train de « dénaturer ses principes ». En juillet 89, possesseur d'un manuscrit

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