‹ J.-J. Rousseau et la Révolution françaiseChapitre 49 sur 107 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

En soutenant avec beaucoup de talent et d'autorité, contre un professeur de l'université de Heidelberg, que la Déclaration des droits faite en 1789 n'a pas son origine en Amérique et n'est pas un fruit de la Réforme, Emile Boutmy me paraît avoir exagéré l'influence de Rousseau '.

Il fait bien la part du milieu social et des circonstances: il estime que la déclaration de la Constituante n'est pas plus née de Rousseau que de Locke ou des bills américains, que le xvm^ siècle tout entier devrait être appelé à signer de son nom ces conclusions pleines de sens et de vigueur; il se sent même « une sorte d'irritabilité » qui ne lui est pas habituelle^ en voyant chercher l'origine des idées « indépendamment des transformations

1. L'article des Annal■^s des Sciences poliliiiiics de juillet 1902 a été reproduit dans lo volume posthume Etudes politiques.

que subit la société et des besoins nouveaux qui sont la cause profonde des théories élaborées par les hommes supérieurs ». Mais il croit que la philosophie de Rousseau a probablement inspiré une bonne partie de la Déclaration; certains articles lui semblent extraits du Contrat social, il y reconnaît « du Rousseau tout pur ». La Déclaration lui donne « la sensation de Rousseau »,

Je n'ai pas la même impression que Boutmy. Ce qui lui paraît venir du Contrat social me fait penser à Voltaire plus encore qu'à Rousseau.

La onzième Lettre sur les miracles s'achève par ces mots : « Plus mes compatriotes chercheront la vérité, plus ils aimeront la liberté. La même force d'esprit qui nous conduit au vrai, nous rend bons citoyens. Qu'est-ce, en effet, que d'être libre? C'est raisonner juste, c'est connaître les droits de l'homme, et quand on les connaît bien, on les défend de même. Remarquez que les nations les plus esclaves ont toujours été celles qui ont été le plus dépourvues de lumières. Adieu, je vous recommande la vérité, la liberté et la vertu, trois seules choses pour lesquelles on doive aimer la vie. ' » Y a-t-il, dans tout Rousseau, une page qui excite ainsi à rechercher et à mettre en pleine

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