‹ J.-J. Rousseau et le libraire-imprimeur Marc-Michel ReyChapitre 14 sur 14 · XVI. Autour d'une déclaration · texte numérisé non relu

XVI. Autour d'une déclaration

Au mois de septembre 1770, Rousseau avait reçu en cadeau de Rey « un exemplaire magnifiquement relié » de ses œuvres, et il l'avait duement remercié dans une lettre du 9 septembre (/^/c/., p. 296).;Rey, consciencieusement, demandait à Rousseau les corrections qu'il jugeait désirables, chaque fois qu'il réimprimait l'un de

ses ouvrages. Dans une lettre du ii octobre 1773 (Ibid.^ p. 3o6), Rousseau déclare qu'il a trouvé beaucoup de fautes dans la dernière édition du Devin du Village \ et quant à VEmile, le relire « c'est pour moi une corvée terrible et presque inutile. » Il continue : « Il n'y a qu'un seul de mes écrits que je relirois encore avec plaisir: c'est VHéloise. J'ai essayé de la relire, mais l'exemplaire qu'on m'a prêté étant d'une édition faite en France, pleine de contre-sens ridicules et de fautes d'impression faites exprès ^ il m'a été impossible ble de soutenir cette lecture, et il a fallu l'abandonner à la moitié du premier volume. » Qu'était devenu r« exemplaire magnifiquement relié » reçu trois ans auparavant? Rousseau nous le dira lui-même: « M. le comte d'Egmont m'avait prié de lui rassembler une collection de mes écrits des bonnes éditions. Je fis ce que doit faire un auteur quand on s'adresse à lui pour cela, et dans l'impossibilité de retrouver un exemplaire de chaque pièce de la première Edition, je fis porter chez lui mon bel exemplaire, qui est ainsi passé dans sa bibliothèque... Au reste, de ce bel exemplaire je ne regrette que VHéloïse ; mais il l'aurait fallue moins brillante pour qu'elle pût me rester. » Rey s'empresse d'envoyer un autre exemplaire de VHéloïse^ et c'est cet envoi qui va lui coûter la confiance de Rousseau. Voici la lettre de Rousseau, envoyée le 16 décembre, prélude de l'orage. (Ibid.^ p. 3o8) : « J'ai receu hier, mon cher Compère,

> Rousseau, on le sait, était persuadé que ses ennemis, après avoir rendu sa vie malheureuse, voulaient le noircir encore aux yeux de la postérité en défigurant ses ouvrages. Voir le 3"" Dialogue, la correspondance depuis 1767, et la Déclaration de 1774, dont il va être question.

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avec votre lettre et celle de ma filleule, l'exemplaire de VHéloïse que je vous avois demandé et je vous en remercie. Vous me marquez que vous m'envoyez l'édition originale, l'exemplaire que j'ai receu est d'une édition très différente. Vous me ferez grand plaisir de me marquer et même le plus tôt possible si ce quiproquo vient de vous, car je désire extrêmement et pour vous 64: pour moi de savoir à quoi m'en tenir sur cet article. La présente n'étant pour autre sujet, je la finis, mon cher Compère, en vous embrassant de tout mon cœur. »

Bosscha, l'éditeur des lettres, met en note : « Rey, ayant reçu cette lettre le 22, y a répondu le même jour comme il Ta marqué sur l'original. » Les lettres que Rousseau reçut de Rey après son départ de Métiers sont malheureusement perdues, sauf une qui n'a pas rapport au débat étudié ici. Néanmoins, la suite des événements montre que Rousseau ne fut pas satisfait de l'explication qu'on lui donnait et accuse Rey d'avoir, lui aussi, « falsifié » ses écrits. Tôt après il publie sa Déclaration relative à différentes réimpressions de ses ouvrages^. Qu'on nous permette de reproduire ce document ici, puisque c'est Rey qui y est principalement visé, n Lorsque J. J. Rousseau découvrit qu'on se cachait de lui pour imprimer furtivement ses écrits à Paris, et qu'on affirmait au public que c'était lui qui dirigeait ses impressions, il comprit aisément que le prin-

• Hachette, IX, 401. Ce titre n'est pas de Rousseau. Le Comte de Barruel-Beauvert, qui, dans sa Vie de J. J. Rousseau, Londres 1789, reproduit ce document d'après un manuscrit de la main de Rousseau, et signé avec paraphe, dit expressément: a Cette missive n'a ni inscription, ni suscription. » (P. 52).

cipal but de cette manœuvre était la falsification de ces mêmes écrits, il ne tarda pas, malgré les soins qu'on prenait pour lui en dérober la connaissance, à se convaincre par ses yeux de cette falsification. Sa confiance dans le libraire Rey ne lui laissa pas ^ supposer qu'il participât à ces infidélités, et en lui faisant parvenir ses protestations contre les imprimés de France ^, toujours faits sous le nom du dit Rey, il y joignit une déclaration^ conformée l'opinion qu'il continuait d'avoir de lui. Depuis lors, il s'est convaincu aussi par ses propres yeux que les réimpressions de Rey contiennent exactement les mêmes altérations, suppressions, falsifications que celles de France, et que les unes et les autres ont été faites sur le même modèle et sous les mêmes directions. Ainsi ses écrits, tels qu'il les a composés et publiés, n'existant plus que dans la première édition de chaque ouvrage qu'il a faite lui-même, et qui depuis longtemps a disparu aux yeux du public, il déclare tous les livres anciens ou nouveaux qu'on imprime et imprimera désormais sous son nom, en quelque lieu que ce soit, ou faux, ou altérés, ou mutilés et falsifiés avec la plus cruelle malignité, et les désavoue, les uns comme n'étant plus son ouvrage et les autres comme lui étant faussement attribués.

L'impuissance où il est de faire arriver ses plaintes aux oreilles du public lui fait tenter pour dernière ressource de remettre à diverses personnes des copies de cette déclaration, écrites et signées de sa main, certain que si dans le nombre il se trouve une seule personne honnête et généreuse qui ne soit pas vendue à l'ini-

1 Le «pas» manque dans la copie de Barruel-Beauvert.

2 C'est nous qui soulignons.

quité, une protestation si nécessaire et si juste ne restera pas étouffe'e, et que la postérité ne jugera pas des sentiments d'un homme infortuné sur des livres défigurés par ses persécuteurs.

Fait à Paris, ce 23 Février 1774^

• Cette date est évidemment fausse. Il taut janvier. Barruel-Beauvert que nous venons de citer dans les notes précédentes donne d'après le manuscrit: jaiivier. De plus Bosscha, p. 3o3 (note), nous dit que cette déclaration fut publiée primitivement dans la Ga:[ette de littérature des Sciences et des Arts, n° 12, du samedi ig février 1774; elle ne pouvait donc être signée et écrite par Rousseau le 24 février. Nous ne nous expliquons pas comment l'édition Hachette a pu mettre Février au lieu de Janvier.

Nous avons cherche en vain dans les principales bibliothèques de Paris une Ga:{ette de littérature des Sciences et des Arts. Hatin, Bibliogr. hist. et crit. de la Presse périodique française (1866), parle d'une Ga:{ette littéraire de la Haye, paraissant deux fois par semaine, 174J. Est-ce d'elle qu'il s'agit .'' Ce n'est pas impossible, quoique le titre de Bosscha semble bien précis. M. Byvanck, le savant directeur de la Bibliothèque Royale de la Haye a eu l'extrême amabilité de faire pour nous, à ce sujet, quelques recherches qui n'ont abouti à aucun résultat.

Nous mentionnerons, parmi les publications auxquelles on pourrait penser, le Journal de littérature des Scietices et des Arts, un avatar du Journal de Trévoux dont nous avons dû à plusieurs reprises nous occuper. Mais les dates semblent renverser cette hypothèse. Notre document aurait été publié en 1774, et la transformation du Journal de Trévoux eut lieu en 1779, à moins que Barruel-Beauvert ait désigné ce journal par le nom qu'il porta plus tard.

Il reste la Ga:{ette littéraire de l'Europe, par Armand et Suard, 1764- 1766, 8 vol. in-8* à Paris. Hatin donne à son sujet les renseignements suivants: « La Galette Littéraire fut immédatement contrefaite à Amsterdam. Une société de gens de lettres y commence dès 1764 sous le même titre un recueil « contenant l'analyse et l'annonce de ce qu'offrent de plus pittoresque et de plus piquant les Lettres françaises, anglaises et allemandes avec les faits et anecdotes les plus intéressants. » C'est peutêtre bien la publication dont il s'agit; il faudrait alors admettre une erreur de titre chez Barruel-Beauvert. Le périodique original, il est vrai, mourait en 1766, mais l'imitation de la Haye continua jusqu'en 1784 et la collection complète forme 120 vol. in-12. Malheureusement nous ne sommes pas en mesure de procéder à une vérifieation.

La « protestation contre les imprimés de France » dont il est ici question est perdue ^ En effet nous observons que la lettre à Rey, lettre datée du i6 décembre 1773 et que nous avons reproduite, ne contient pas la moindre allusion à une « protestation » incluse dans la missive ; sa brièveté et la façon dont elle est rédigée semblerait plutôt exclure l'idée qu'une autre communication l'ait accompagnée. De plus la Déclaration dit positivement que la « protestation » fut envoyée à Rey avec une déclaration personnelle de confiance en Rey ; il est difficile de trouver dans la note du 16 une pareille déclaration ; nous en concluons que ces deux documents, envoyés ensemble, nous manquent*. Notons le fait ; on pourrait se demander si cette disparition n'est pas intentionnelle, puisque les autres lettres de Rousseau à Rey ont été soigneusement conservées par ce dernier.

Essayons, en utilisant ce que nous savons des circonstances qui ont motivé la Déclaration et qui en expliquent peut-être la teneur, de reconstituer la suite des événements.

Dans les notes que Bernardin de Saint-Pierre avait prises pour publier une Vie et Ouvrages de J. J. Rousseau, et qui ont été fort bien éditées récemment par M. Souriau pour la Société des textes français modernes, nous lisons ce passage : « Il me raconta que dans

' Bosscha, p. 3o3 (note), provoque une confusion en appelant Protestation, la Déclaration que nous venons de reproduire. Il ne s'est pas aperçu qu'il s'agit de deux pièces différentes; voir sa note à p. 3o8.

2 II y a quelque chose comme une déclaration personnelle de cette sorte dans la lettre du 14 juin 1772 (Bosscha, p. 3o2-3), que nous avons reproduite. Mais on ny trouve pas d'allusion à la Protestation, ce qui paraît étrange.

le temps même où il me parloir, un libraire de Paris mettoit en vente une nouvelle édition de ses ouvrages et répandoit le bruit que pour dédommager J. J. Rousseau de la peine qu'il avait prise à l'affaire, il lui avait passé, ainsi qu'à sa femme, un contrat de looo écus de pension. Jean Jacques pria un de ses amis de s'en informer : le libraire eut l'impudence de lui affirmer ce mensonge. Rousseau s'en plaignit à M. de Sartine ; il n'eut point de justice. C'est le même libraire qui a ajouté à ses ouvrages, à la fin de 1778, un 9"^^ volume de pièces falsifiées, et qui depuis est devenu fou. » (p. 62).

Bernardin de Saint-Pierre était revenu à Paris en 1 771, et il avait fait la connaissance de Rousseau en mai 1771 (d. Annales IV, Sig)^ La conversation à laquelle il fait allusion, dut avoir lieu à une époque où les deux hommes avaient commencé à s'entretenir volontiers des événements intéressants de leur vie extérieure. Nous possédons la longue lettre de Rousseau à M. de Sartine, lieutenant général de police (et, depuis 1774, ministre de la marine-). On y trouve le nom du libraire peu scrupuleux ; du reste Rousseau n'y demande pas à M. Sartine d'intervenir; il se borne à le renseigner^. La lettre est du 1 5 janvier 1 772 (Hachette, XII, p. 242), ce qui confirme ce que nous disions tantôt à propos de l'épo-

' 11 dit lui-même dans les Notes dont nous venons de parler. (Edition Souriau, p. 3i) que ce fut en juin 1772, mais cette date est controuvée.

» Voir Œuvres de Rousseau, éd. Hachette, XII, p. 249.

=> D'autre part, dans la lettre adressée au même de Sartine, de Tryek-Château, le 9 septembre 1767, Rousseau s'oppose à la publication d'une nouvelle édition du Dictionnaire de Musique par la veuve Duchcsnc « jusqu'à ce qu'il ait été de nouveau soumis à la censure ». « Vous êtes humblement supplié, Monsieur, d'arrêter la dite publication jusqu'à ce temps-là. » (Hachette, XII, p. 35).

que de la conversation avec Bernardin de Saint-Pierre. Quelques passages de la lettre de Rousseau nous fourniront ici de précieux éclaircissements. « J'ai laissé débiter parmi cent autres bruits non moins ineptes, que j'avais cessé de voir M'"^ de Luxembourg après lui avoir emporté trois cents louis, que je ne copiais de la musique que par grimace, que j'avais de quoi vivre fort à mon aise, que j'avais six bonnes mille livres de rente, que la veuve Duchesne faisait une pension de six cents livres à ma femme, qu'elle m'en faisait une autre à moi de mille écus pour une édition nouvelle de mes écrits que j'avais dirigée. J'ai laissé débiter tous ces mensonges ; je n'ai fait qu'en rire quand ils me sont revenus, et je n'ai pas même été tenté de vous importuner, Monsieur, de mes plaintes à ce sujet, quoique je sentisse parfaitement le coup que cette opinion de mon opulence devait porter aux ressources que mon travail me procure pour suppléer à l'insuffisance de mon revenu...^ Mais en voici une qui m'a, je l'avoue, affecté.

« J'avais prié un de ceux qui m'ont averti des bruits dont je viens de parler, de tâcher d'apprendre si Mme. Duchesne et le sieur Guy^ y avaient quelque part. De chez eux, où il n'a trouvé que des garçons, il est allé chez Simon, qu'on lui disait avoir imprimé la nouvelle édition qui m'avait été si bien payée. Simon lui a dit qu'en effet il venait d'imprimer quelques-uns de mes écrits sous mes yeux, que j'en avais revu les épreuves, et que j'étais même allé chez lui, il n'y avait pas longtemps. Quoique je sois par moi-même le moins

1 Nous citerons tout à l'heure un autre passage à ce sujet. ' Libraire, associé de Duchesne.

important des hommes, je le suis assez devenu par ma singulière position pour être assuré que rien de ce que je fais et de ce que je ne fais pas ne vous échappe : c'est une de mes plus douces consolations ; et je vous avoue, Monsieur, que l'avantage de vivre sous les yeux d'un magistrat intègre et vigilant auquel on n'en impose pas aisément \ est un des motifs qui m'ont arraché des campagnes où, livré sans ressource aux manœuvres des gens qui disposent de moi je me voyais en proie à leurs satellites et à toutes les illusions par lesquelles les gens puissants et intrigants abusent si aisément le public sur le compte d'un étranger isolé, à qui Ton est venu à bout de faire un inviolable secret de tout ce qui le regarde et qui par conséquent n'a pas la moindre défense contre les mensonges les plus extravagants. J'ai donc peu besoin. Monsieur, de vous dire que cette opulence dont on me gratifie si libéralement dans les cercles, que toutes ces pensions si fièrement spécifiées, cette édition qu'on me prête sont autant de fictions ; mais je n'ai pu m'empêcher de mettre sous vos yeux l'impudence incroyable du dit Simon que je ne vis de mes jours, que je sache, chez qui je n'ai jamais mis le pied, dont je ne sais pas la demeure ; et que j'ignorais moi-même avant ces bruits, avoir imprimé aucun de mes écrits. Comme je n'attends plus aucune justice de la part des hommes, je m'épargne désormais la peine inutile de la demander et je ne vous demande à vous-

' Rousseau n a pas toujours eu si bonne opinion de M. de Sartine. Dans une lettre à Rey, 22 oct. 1764, à propos des Lettres de la Montagne, il écrit: « Il (l'ouvrage) ne contient rien qui doive déplaire en France, mais je sais que M. de Sartine n'est pas trop porté pour moi;» et le 10 nov. suivant : «Je sais que M. de Sartine, très partial contre moi, est livré à mes ennemis. » (Bosscha, p. 234 et 239.)

même que la patience de me lire, quoique je fasse Texception qui est due à votre intégrité et à la générosité qui vous intéresse aux infortunés... Peut-être vous écrirai-je quelquefois encore, mais je ne vous demanderai jamais rien; et si ma confiance devient importune à l'homme occupé, je réponds du moins qu'elle ne sera jamais à charge au magistrat...^»

Nous ne jugeons pas opportun de reproduire ici le passage du troisième Dialogue où Rousseau parle de « l'honnête imprimeur Simon. » On le trouvera dans l'édition Hachette, IX, p. 3o5. La lettre à M. de Sartine en dit assez.

Revenons maintenant à Rey, et à l'accusation qui a motivé la Déclaration lancée contre lui. Il nous manque, avons-nous dit, toute la correspondance de Rey à ce sujet ; il nous manque aussi la principale lettre de Rousseau. Mais peut-être obtiendrons-nous quelques renseignements en consultant la correspondance antérieure.

Rousseau, dans une lettre citée plus haut, du 14 juin 1772, (Bosscha, p. 3o2) avait dit: «Ne reconnaissant pour mienne que la première édition de chacun d'eux de mes écrits], je ne prends aucun intérêt aux éditions postérieures et n'ai pas même le tems d'examiner celles que je suis à portée de voir.»

On se souvient que c'est une réimpression de la Nouvelle Héloïse qui a révélé l'infidélité de Rey et a provoqué la Déclaration.

' Nous n'avons qu'une lettre de Rousseau à M. de Sartine, postérieure à celle-ci; plutôt un billet de juin 1774, accompagnant le renvoi d'une lettre adressée par erreur à J. J. Rousseau, (Hachette, XH, p. 249.)

Or il se trouve que Rousseau lui-même avait demandé à Rey de faire des changements à une nouvelle édition de la Nouvelle Héloise ; mais c'était onze ans auparavant.

Le 17 août 1761, peu avant l'impression du Contrat social, Rey écrit une longue lettre dans laquelle il demande à Rousseau de le favoriser pour la publication de ses œuvres, entre autres de Julie^ qu'on parle de réimprimer à Paris. Et il ajoute : « S'il étoit possible de vous résoudre à y faire des changements que vous croiriez nécessaires pour qu'on puisse le donner entre les mains des jeunes gens de l'un et de l'autre sexe, je crois que cet ouvrage pourroit avoir le même cours que le Télémaque. w Le 2 septembre (Bosscha, p. 1 17-1 19), Rousseau déclare que ce n'est point son affaire d'empêcher les « contrefactions », mais bien celles de l'imprimeur ; il ajoute : « J'ai un exemplaire revu et corrigé avec soin pour une nouvelle édition de V Héloise ; ilv a même quelques petits changements, retranchements et additions^. Je consens de bon cœur à vous l'envoyer... » Le I octobre Rey écrit : « Vous m'obligerez d'y ajouter [au manuscrit du Contrat Social] la Nouvelle Héloise, et de me dire ce que vous voulez que je paye pour ce que vous y avez fait. )> (Inédite).

Le 14 octobre, en réponse à la lettre de Rey: «Je vous ferai parvenir aussi par M. Le Clerc ou par la voie que vous aurez prise, mon exemplaire corrigé^ de la Nouvelle Héloise; vous vous moquez de m'offrir de l'argent pour cela. Si vous voulez m'en envoyer quelques

' Rousseau a longtemps appelé son roman Julie ; et dans la correspondance il emploie indifféremment ce nom ou Héloise. * C'est nous qui soulignons.

exemplaires, à la bonne heure... » (Bosscha, p. 120).

Le 3i octobre : «En attendant je prépare le paquet ci-joint dans lequel vous trouverez le manuscrit en question [Coîitrat Social] et l'exemplaire coî^rigé^ de la Nouvelle-Héloïse... et je vous recommande l'exécution de ce dernier ouvrage.» (Bosscha, p. 121).

Le 7 novembre, la nouvelle édition du « roman)) est encore mentionnée en passant.

Le 23 janvier 1762 (Bosscha, p. i34), à propos de la pension à Thérèse Levasseur : « Avez-vous, mon cher Rey, la note que j'ai ajoutée'^ dans le 3'' tome de Julie, à l'exemplaire que je vous ai envoyé?... »

Le 4 février : « Quant à la Julie vous me ferez plaisir quand elle sera imprimée de m'en envoyer cinq ou six. Vous ne me dites point si elle est sous presse... » (Bosscha, p. i36).

Le 17 février: « N'allez pas... dans la nouvelle Edition de la Julie^ si vous y mettez revue et corrigée^ ajouter, jcar l'auteur^: car vous devez savoir que je ne me reconnais point pour tel, mais seulement pour Editeur... » (Bosscha, p. 137).

Le i5 mai, Rey écrit qu'il réimprime le Discours sur Vlnégalité et s'occupera ensuite de la Nouvelle Héloïse^ lettre inédite, qui sera reproduite ailleurs.

Le 22 juillet, Rey, très inquiet après la fuite de Rousseau à Yverdon, demande des nouvelles et dans la même lettre annonce que la Nouvelle Héloise est sous presse. (Ibid.) .

Le 23 août, Rousseau écrit de Môtiers-Travers : « Je n'ai ni le Contrat social ni Emile, et j'aurais grand

• C'est nous qui soulignons.

besoin de les avoir. Si la nouvelle édition de VHéloïse, est achevée vous m'obligerez d'y en joindre aussi deux ou trois exemplaires : je suis très empressé de la voir. » (Bosscha, p. 164).

Le 14. janvier 1763, Rey mande que l'édition de la Nouvelle Héloïse est achevée (lettre inédite qui sera reproduite ailleurs).

Or, chose bizarre, une lettre du 19 février nous apprend que Rey vient d'envoyer VEmile et le Contrat Social; mais VHéloïse, bien que terminée, n'est pas comprise dans l'envoi. « J'ai envoyé à M. Fauche à Neufchàtel les trois Emiles que vous m'aviez envoyés et six Cont?~at Social qu'il débitera pour votre compte. Vous n'avez rien à me payer pour la nouvelle édition de la Julie, mais si vous pouvez m'en envoyer quelques exemplaires, vous me ferez plaisir ». (Bosscha, p. 192).

Et nulle part, ni dans la correspondance inédite de Rey, ni dans celle de Rousseau, il n'est question de l'envoi ou de la réception de cette Héloïse tant désirée. Ce n'est que sept ans plus tard que nous trouvons de nouveau une vague allusion à une nouvelle édition de VHéloïse.

Rousseau écrit de Monquin, le 27 avril 1769: «Je me souviens que dans une de vos éditions de la Julie, pour égaliser les voiumes et les mettre en 4 tomes, vous les avez coupés différemment. Passe pour cela, pourvu que la coupe des six parties ne soit point changée de ce qu'elle étoit dans la première Edition. Il est essentiel que cette coupe reste la même ; si vous l'avez changée, avertissez que c'est contre mon intention. » (Bosscha, p. 288-289).

Est-ce de cette édition tant attendue autrefois qu'il parle ? C'est possible. Il faut admettre alors qu'il ne la parcourut que d'un regard distrait et nous le croyons volontiers, car Rousseau traversait alors la période la plus agitée de sa vie : publication de la Réponse à V Archevêque de Paris et des Lettres écrites de la Montagne^ rédaction des Cotifessions^ fuite de Môtiers, séjours en Angleterre et en France. Quoi qu'il en soit, quand, onze ans plus tard, il relit \a Nouvelle Héloïse, le «seul de ses écrits qu'il relirait encore avec plaisir » (lettre du II octobre 1773), il paraît ignorer cette deuxième édition qu'il avait tant à cœur et pour laquelle il avait lui-même proposé des changements, et il s'aperçoit que l'exemplaire qu'il a reçu de Rey « est d'une édition très difféi^ente de l'originale. » Ne prenons pas trop à la lettre ce superlatif; Rousseau a toujours été exact et pointilleux ; mais à cette époque il est particulièrement enclin à s'exagérer l'importance des divergences qu'il constate.

Nous ne pouvons sans doute aller aussi loin que de prétendre que Rousseau n'ait pas découvert d'autres changements que ceux proposés par lui même ; mais le fait même qu'il en avait lui-même proposé, lui a échappé, et c'est cette circonstance qui, pensons-nous, permit à Rey de se justifier dans une certaine mesure dans cette lettre perdue, qui affecta si prolondément Rousseau et provoqua la Déclaration. Ajoutons que l'auteur lui-même devait avoir peine à reconnaître l'original d'un ouvrage continuellement altéré avant l'impression déjà. «On sait — écrit M. Mornet, le préparateur d'une édition critique de la Nouvelle Héloïse — avec quels soins minutieux il remania son ouvrage :

phrases longuement méditées le jour dans les sentiers de ses bois, et le soir dans le silence de sa chambre ; premier brouillon surchargé de ratures ; deuxième brouillon; copie retouchée pour Mme de Luxembourg; corrections nouvelles sur le deuxième brouillon ; corrections sur la copie pour l'impression, corrections sur les épreuves, corrections dans VErrata. » (Le Sentiment de la nature, de J. J. Rousseau à Bernardin de Saint- Fier re, p. 427).

Lorsque Rey, par la lettre du 16 décembre 1778 reproduite ci-dessus, fut sommé de s'expliquer sur les divergences entre l'édition originale et celle que Rousseau venait de recevoir, il dut donc, à ce que nous présumons, répondre à peu près ainsi: Premièrement. Rousseau a lui-même fait des «changements retranchements et additions» à la première édition. — Deuxièmement. Il lui rappela peut-être la lettre (inédite, qui sera reproduite ailleurs) déclarant que, vu les circonstances, personne en France ne considérait comme possible de publier les œuvres de Rousseau sans coupures (19 janvier 1763), déclaration que Rousseau n'avait point relevée. — Troisièmement. Rousseau avait eu sous les yeux la 2ème édition — ou une autre subséquente et probablement pareille — et Rey était en droit de conclure de son silence que l'auteur était d'accord avec les remaniements apportés au texte primitif. D'ailleurs, en 1769, dans la lettre du 27 avril, Rousseau avait parlé sans amertume de la refonte de VHélo'ise destinée à la réduire en quatre volumes, et s'était borné à demander que la coupe des parties fut respectée — ce dont on avait tenu compte.

Considérant d'une part la lettre de Rey du 19 janvier 1763 (l'impossibilité de vendre Rousseau en France

sans coupures), et d'autre part ce que nous savons du du caractère honnête de Rey et de sa crainte de déplaire à Rousseau, nous croyons Rey incapable de modifier de son propre chef la division adoptée par Rousseau ; nous le croyons également incapable d'avoir fait n'importe quel changement autre que les coupures indispensables pour assurer la vente et peut-être pour empêcher que l'ouvrage ne soit interdit en France. Depuis l'aventure de VEmile^ il fallait être circonspect ; la censure pouvait frapper d'un interdit toute nouvelle édition ; qui sait, même celle qu'elle avait d'abord autorisée. Rey, qui du reste avait aussi à soutenir la concurrence des autres éditeurs, pouvait donc fort bien croire que le droit était de son côté. N'oublions pas qu'alors les éditeurs s'arrogeaient plus de libertés qu'actuellement avec le texte qu'on leur confiait, et que de nos jours encore ils ne se font pas faute d'user du ciseau (voir par exemple les procès de Maupassantj. En un mot, nous pensons que, sans la dépression maladive de Rousseau, Rey aurait réussi à se justifier.

Ce qui est hors de doute, c'est qu'il n'avait nullement l'intention de nuire à son ami. Il est possible que, les premiers temps, sa conscience n'ait pas été très à l'aise, puisqu'il attendit si longtemps avant d'envoyer un exemplaire de l'édition nouvelle. Mais comme Rousseau n'avait rien dit ou rien vu à la réception de l'ouvrage, en 1763, il était rassuré. Il le fut plus encore lorsque, en 1770, le don de «l'exemplaire magnifiquement relié » ne provoqua aucune remarque de l'auteur. Il est vrai que la disparition un peu surprenante de la « protestation » de Rousseau contre les imprimés de France, ainsi que de la déclaration de confiance en lui. Rey,

personnellement (lesquelles, d'après la «déclaration» publique que nous avons reproduite, avaient été envoyées ensemble) semble indiquer que Rey était quelque peu tourmenté, à moins que cette perte ne soit accidentelle \ Notre explication concorde, nous semble-t-il, avec le caractère des personnes en cause ; on s'en convaincrait mieux encore en plaçant les lettres de Rey (inédites, sauf ce que nous avons publié), en regard de celles de Rousseau. Elle nous fait comprendre la note du livre XI des Confessions, où Rousseau corrige le jugement porté sur le libraire Rey dans le texte de l'ouvrage. Cette note qui, d'après ce qui précède, doit avoir été ajoutée tôt après décembre 1773, est ainsi conçue : « Quand fécrivois ceci, j'étois bien loin encoi-e d'imaginé?^, de concel'oir et de croire des fraudes que j'ai découvertes ensuite dans les impressions de mes écrits^ et dont il a été forcé de convenir. » (Hachette, IX, p. i3). Rey a en effet dû convenir de certains remaniements, sans cependant se croire fautif pour autant. Mais, en présence de ce demi aveu et en admettant peut-être que Rey n'avait point l'intention de lui nuire, Rousseau emploie cependant le mot de «fraude », car Rey ne lui paraissait pas apte à juger si ces changements pouvaient nuire à Rousseau devant la postérité. Péniblement impressionné par l'incident, Rousseau ne se réconciliera jamais avec Rey et ne renouera jamais la correspondance avec lui. Un passage de Bernardin de Saint-Pierre, écho de ses conversations avec Rousseau, le confirme : « Mais vos ouvrages

' Est-ce que l'édition de la Nouvelle Héloise avec variantes des différentes éditions, que prépare M. D. Mornet, nous permettra de faire le triage entre les changements faits par Rousseau et ceux faits par Rey dans la seconde édition ? Dans une certaine mesure peut-être.

auraient dû vous mettre à l'aise, » dit Bernardin de Saint-Pierre ; son interlocuteur répond : « Je n'en ai pas tiré 20 mille livres ^ Encore si j'avois reçu cet argent à

' Ce chirtre doit être exact, daprcs le tableau provisoire que nous donnons ici et qui résulte de recherches faites en vue d'un autre travail sur Rousseau (nous comptons en francs ou livres ; le louis = 24 livres.) Discours sur les Sciences et les Arts (rien) (Hachette, V'III, 260, X, 20g)

Devin de Village

Du roi 100 louis Mme de Pompadour

3o louis Opéra 5o louis Pissot

= 5oo

(dont la moitié, du

reste, payée en livres

imprimés par lui).

Discours sur l'Inégalilc

Lettre à D Alembert

Nouvelle Héloise

Contrat Social

Emile

(Bernardin de St-Picrre dit 7000 livres; c'est une erreur).

Lettre à l'Arclievâque de Beaumont.

Chitïre supposé que noi:s basons sur la longueur du manuscrit, (60 pages de l'éd. Hachette».

Lettres de la Montagne

Rey envoya après coup 5oo livres à Rousseau, ayant trouvé le manuscrit plus long qu'il ne pensait (i3o pages, éd. Hachette).

Dictionnaire de Musique.

Pour le moment nous n'avons pas trouvé de données précises. Peutêtre 1200 livres, peut-être pension de ?oo francs par an*.

3oo

(Hachette, VHl, 275, X, 2o3,

(Voir aussi : Bernardin de St-Pierre, Vie et Ouvrages de ./. J. Rousseau, p. 63 de l'éd. Souriau).

(Hachette, X, 209)

{Ibid.)

(Bosscha, p. 63, 68).

(Bosscha, p. 121).

(Hachette, X, 287).

(Rey, lettres inédites 14 janvier 1763).

(Rey, lettres inédites, 19 octobre 1764).

(Hachette XI, 23i-2).

17760 francs ou livres.

* Monsieur d'.\venel dit : <• Le Dictionnaire de Musique fut offert par Rousseau à Duchesne pour 10460 francs, ou à son choix 3400 francs payes comptant et une pension viagère de 660 Irancs. Le libraire préféra ce dernier mode de paiement (1763) et servit la pension durant 12 ans

la lois, jaurois pu le placer. Mais je l'ai mangé successivement, comme il est venu. Un libraire de Hollande, par reconnaissance, m'a fait six cents livres de pension viagère, dont trois cents livres sont réversibles à ma femme après ma mort. Voilà toute ma fortune. Il m'en coûte cent louis pour entretenir mon petit ménage : il faut que je gagne le surplus. » (B. de Saint-Pierre, 1. c, p. 60).

"Notons cependant que Bernardin de Saint-Pierre ne semble pas avoir très bonne mémoire. (Il fait naître Rousseau en 1708, et dit que jusqu'à 2 ans il fut élevé par sa mère). Les renseignements donnés sur la fortune de Rousseau ne concordent pas avec ceux de Rousseau lui-même dans la note à la lettre à M. de Sartine, que nous avons citée plus haut (voir Hachette, XII, p. 243- 244). La question des ressources pécuniaires de Rousseau est complexe ; pourtant nous espérons la tirer au clair un jour ou l'autre. Ajoutons seulement ici que, le 18 mars 1765, Rousseau écrit à Rey : « 1600 francs est la somme que je dépense annuellement depuis que je vis dans mon ménage, c'est-à-dire depuis dix-sept ans. » (Bosscha, p. 25o).

Valait-il la peine de se livrer à cette minutieuse discussion sur un sujet qui semble si peu important ? Peutêtre que non s'il s'agissait de tout autre que Rousseau. Mais puisque tout ce qui touche à cet homme soulève des discussions si passionnées, un fanatique anti-rous-

lusqu'à la mort de 1 auteur « {Revue des Deux Mondes i5 nov. igoS). Il importe de dire que M. d'Avencl remplace les chiffres originaux par leur équivalent en monnaie moderne. Pour certains chiffres nos données ne s'accordent guère avec les siennes.

seauiste pourrait s'emparer de cet épisode pour faire de Rousseau un monstre, persécuteur de ses plus dévoués amis, tandis qu'un admirateur non moins fanatique de l'écrivain ne manquera pas d'y voir la preuve que Rousseau fut persécuté même par ceux qui semblaient ses plus fidèles amis. La faiblesse humaine suffit pourtant à tout expliquer. Rey est homme : en sa qualité d'imprimeur, il faut bien qu'il fasse ses affaires ; il se défend énergiquement quand d'une simple vétille, on veut faire une « fraude. » Rousseau est homme, lui aussi : il est extrêmement susceptible comme tout auteur ; et, surtout quand il a personnellement à souffrir d'un manque de droiture, il en prend ombrage et exagère les torts qu'on a envers lui.

Albert Schinz.

Remarque. — Pour ne pas compliquer la discussion, nous n'avons pas parlé d'une lettre de Rousseau à Moultou, parlant de Rey, datée du 28 mars 1770, de Monquin (Hachette, XJl, p. j-or)- 21 11 et qui ne s'accorde nullement avec les autres pièces de notre enquête. On lit dans cette lettre : «... Voici deux actes d'honnêteté, de justice et d'amitié à faire : c'est à vous que j'en donne la commission. [° Rey vient de faire une édition de mes écrits, à laquelle, et à d'autres marques, j'ai reconnu que mon homme étoit enrôlé. J'aurois dû prévoir et que des gens si attentifs ne l'oublieroient pas et qu'il ne seroiî pas à l'épreuve. Entre autres remarques que j'ai faites sur cette édition, j'y ai trouvé avec autant d'indii5nati()n que de surprise, trois ou quatre lettres de M. le comte de Tressan avec les réponses qui furent écrites il y a une quinzaine d'années au sujet d'une tracasserie de Palissot... ' ». Il prie donc Moultou d'écrire à M. de Tressan que lui, Rousseau, n'est pour rien dans cette publication ; s'il ne le fait lui-même, c'est par crainte que la lettre ne soit interceptée. Cette lettre se placerait fort bien en 1774, après la Déclaration de fin janvier 1774, que nous avons don-

' Il s'agissait de la comiidic des Pliilos^phc.s de Palissot. Voir Confessions, fin du livre VIII. Cf. aussi Musset-Pathay, Vie et Œuvres de J. J. Rousseau, II, p. 3ig-32o.

nce. tn modifiant iiinsi la date, on n"aurait pas la difficulté d'expliquer la lettre du 14 juin i77.i, de Rousseau à Rey : « Persuadé que vous êtes incapable d'aucune infidélité j'ai toujours recommandé vos éditions par préférence, c'est ce que vous pouvez déclarer hautement en mon nom à toute la terre dans les mêmes termes sans crainte d'être désavoué.» Et de Paris, le 26 juillet de la même année, il explique, à propos de l'en-tête de ses lettres Pauvres aveugles, etc. : « C'est une formule générale que j'emploie dans toutes mes lettres sans exception. Soyez sûr que je ne daignerois pas écrire à ceux que je croierois en mériter l'application. » Mais ce changement de date ne se laisse pas faire facilement ; car il y a une autre lettre de Monquin, postérieure de quelques semaines, qui fait allusion à celle qui nous occupe, et qui porte dans l'inscription la marque de la période de Monquin. Elle

est ainsi datée : Monquin le 17-70. — Pauvres aveugles que nous

sommes ! etc. Mon cher Moultou... etc.

En outre nous possédons une lettre de Moultou à Meister. du 7 novembre 177 1, dans laquelle il est fait une allusion très précise à celle de Rousseau du 28 mars 1770 (entre autres, Moultou écrit qu'il n'a pu se procurer l'adresse de M. de Tressan pour s'acquitter de la commission de Rousseau').

Il faut donc supposer que Rousseau avait oublié, le 14 juin 1772, l'incident qui donna lieu à la lettre de Monquin du 28 mars 1770, ou encore que, après une crise de découragement et de soupçons, il revint à d'autres sentiments. La lettre que nous discutons date de la période si sombre de Monquin, où il écrivait dans les Confessions : «Les planchers sous lesquels je suis ont des yeux, les murs qui m'entourent ont des oreilles...» etc. La crise passée, il ne vit plus en Rey i.|ue l'imprimeur, exerçant son métier, et cherchant son avantage aux dépens de l'auteur, pour autant que les usages de l'époque ne s'y opposaient pas. Il s'agit d'ailleurs, dans la lettre du 28 mars 1770, d'une édition des Œuvres, et non de la Sinivcllc Ileltjise.

' Cf. Lettres médites de Mme de Staël à Henri Meister, publiées par Lsteri et Riticr, Machette, igo.^, p. 23-24.

BIHDING SECT. QCT 1 4 1980

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