DERNIERES ANNÉES
gai et serein dès qu'il respirait Fair de la campagne: « enfin, s'écriait-il, nous voilà hors des carrosses, des pavés et des hommes! > Comme aux beaux jours de sa jeunesse, il aimait le chant des oiseaux, et la verdure des champs. Tantôt, à Romainville, il s'amusait, avec sa petite faux de botaniste, à abattre des grappes de marronniers en fleurs, tantôt il allait contempler, sur les hauteurs de Sèvres, « les beaux sapins et les bruyères toutes violettes. » Mais il aimait par-dessus tout à voirlesoleil se coucher derrière le mont Valérien. « Us'arrêtait àleconsidérersansriendire, parce que cette vue lui rappelait les beaux couchers de soleil dans les montagnes de la Suisse, i) (B. de Saint* Pierre.)
Une gravure de Le Barbier (1) représente Rousseau,dans les dernières années de sa vie, une loupe et une fleur k la main, un volume de Linné à ses pieds. Un des premiers, il avait adopté, et avec enthousiasme, les classifications nouvelles de Fillustre botaniste. Non qu'il se crût savant luimême : il n'était en botanique, qu'un amateur passionné. « Tant que j'herborise, disait-il, je ne suis pas malheureux. »En 1775, il avait vendu son ma-
{{) Voir la reproduction de cette gravure à la page préoidente. f), .'^ / .
gnifique herbier à un Anglais et se contenta de collectionner dès lors les fleurs communes qu'il trouvait dans ses promenades aux environs de Paris. Agé de soixante-cinq ans, il se livrait encore à sa passion favorite, herborisant, quand il ne pouvait sortir, sur la cage de ses oiseaux; les plantes 1 n'ont-elles pas été « semées avec profusion sur la terre, comme les étoiles dans le ciel, pour inviter rhomme à Fétude de la nature ? »
En 1777, Rousseau quitta son logement, trop malsain, de la rue Plâtrîère : malade et pauvre, il accepta l'hospitalité que lui offrait M. de Girardin à Ermenonville (Oise), dans une belle maison de campagne qu'entourait un grand parc anglais arrosé par de larges rivières. Rousseau ne jouit pas longtemps de cette agréable retraite : il y mourut le 2 juillet 1778. Il fut enterré à Ermenonville dans l'île des Peupliers; ses cendres furent transférées plus tard (il octobre 1794) au Panthéon. Genève lui a élevé une statue dans une petite île située sur le lac et qu'on a appelée depuis l'île de Jean- Jacques Rousseau, hommage tardif et bien mérité. C'est en effet vers Genève et vers son beau lac que se reportait sans cesse l'imagination de Rousseau, et c*est là, semble-t-il, qu'il eût désiré mourir. Ils'écriait,dans une des dernières lettres qu'il ait écrites :
d'après. Dupréel.
Tombeau de Rousseau dans Tîle des Peupliers.