‹ J. J. Rousseau, ses amis et ses ennemis (volume 2)Chapitre 37 sur 63 · CONDILLAC · texte numérisé non relu

CONDILLAC

Paris, le 7 septembre*.

Vous VOUS souvenez peut-être que vous m'avez dit que M. de Buffon prétend que vous avez fait des erreurs sur l'histoire naturelle. Il y a quelques jours, j'en parlais à M. Leroi, ut il me dit qu'il savait ce que c'était que ces «rreurs, et que c'était lui qui, le premier, en avait parlé à M. de Buffon. Je le priai de me donner ses observations et de me permettre de vous les faire passer, Tassurant que vous ne lui en sauriez aucun mauvais gré. Rempli d'estimq pour vous et pour vos ouvrages , il a eu cette confiance, les voilà , lisez et jugez.

Je ne pense pas avoir le plaisir de vous voir une seconde fois , comme je vous l'avais promis , parce que je fus obligé de retourner à Paris le même lundi que je comptais passer dans les bois de Montmorency.

Voici une proposition sur laquelle je vous prie de me donner une réponse le plus tôt que vous pourrez ; je connais une personne qui est dans le cas de faire des discours publics , voudriez-vous, dans l'occasion, vous charger de cette besogne? Un vous communiquera le sujet, le lieu du discours, et même à peu près ce qu'on aura à dire. Il est bon de vous

* Etienne Bonnot de Condillac, abbé de Murenux, célèbre philosophe, né à Grenoble, en 1715, d'une famille noble, et mort en 1780, près de Beaugency. Nommé, en 1757, précepteur ^e l'infant de Parme, et membre de l'Académie française en 1768. — Il est regardé comme le fondateur de l'école matérialiste en France, et a laissé de nombreux ouvrages.

^ La date de l'année manque dans cette lettre. Comme il y est question de Montmorency, elle doit avoir été écrite de 1756 à 1762.

MO LETTRR DE NABLY.

prévenir que celle personne n*est pas dans le cas de Taire de longs discours , il ne s^àgira souvent que d'uni* vingtaino de lignes. Celui dont il s*agit est un homme d'esprit qui n'est pas dans Thabilude d'écrire. C'est un grand admirateur de tout ce que vous avez donné au public ; il est d'ailleurs de mes amis depuis bien des années. J*ai pensé que yods pourriez quelquefois vous amuser à haranguer dans vos bois.

On a dit à madame de Chenonceaux qu'on avait fait une brochure de votre article Économie. En avez-vous connaissance et savez-vous où elle se trouve? C'est une question qu'elle m*a chargé de vous faire. Adieu, monsieur, je vous embrasse, ayez de Tamilié pour moi, et comptez qu'il est dans la ville d'assez honnêtes gens pour aimer beaucoup et vos talents et votre personne. Je Hnis sans cérémonie, car vous ne l'aimez pas, et je ne l'aime pas davantage.

MAHLY^

Paris le 11 fi^^rier 17(k>.

Il esttrès-vrni, monsieur, qu'une personne de mes amies m'ayant parlé (1rs troubles que votre dernier ouvrage causait dans Genève, je lui ai fait la réponse dont on vous a envoyé l'extrait*. Je ne puis vous répondre qu'on n'ait point altéré

* Gabriel Bonnot de Mably, frère de Condillac, né à Grenoble en 1709, mort en 1785. — 11 est l'auteur de plusieurs ouvrages sur l'Iiistoirei la morale et la politique.

- lin extrait d'une lettre forl violente contre Rousseau que Uabbé de Mibly avait adressée à madame Saladin, de Genève, au sujet des Lettres de la mOR' tagne. Housseau, étonné du changement de l'abbé, qui, jusqu'aloi-s, s'était monin; un de ses partisans les plus zélés, lui avait écrit le 6 février précédent, pour savoir directement de lui s'il était l'auteur de la lettre en question. Voyez à ce propos la lettre de Moultou a Rousseau du 15 février 1765.

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