LETTRE DE MORELLET A J.-J. ROUSSEAU
mes expressions ; mais si elles ont été copiées fidèlement, il est certain que je voudrais en corriger plusieurs. Je vous ai plaint dans vos malheurs, comme j'ai plaint Socrale; mais, permettez-moi de vous le dire, pour se venger de ses juges, Socrate ne tenta pas d'exciter une sédition à Athènes. Je ne crois pas qu'il soit prudent de vouloir perfectionner un gouvernement démocratique, en armant les citoyens contre les magistrats. Je rends justice à la pureté de vos intentions et à ^-À^" la droiture de votre cœur, et si vous relisez de sang-froid vos / dernières lettres, je ne doute point que vous n'approuviez les personnes qui vous désapprouvent aujourd'hui , et qui , par la lecture de vos ouvrages précédents, ont appris à estimer le gouvernement de votre patrie. Je vous parle avec la liberté que vous aimez , et vous jugerez par là combien je m'intéresse à votre gloire. Vous êtes outragé, mais en sacrifiant votre ressentiment , on ne se bornera pas à admirer vos talents , on aimera votre philosophie. Personne ne désire plus que moi , monsieur, de mériter votre amitié, et je vous serai toujours très-attaché.