LETTRE DE MOUELLET A J.-J. ROUSSEAU
vous dois en grande partie celui que madame de Luxembourg a bien voulu y prendre. Je vous remercie de tout mon cœur de cette marque de votre estime, je voudrais pouvoir dire de votre amitié, mais je ne profane point un si beau nom en Tappliquant à la liaison peu suivie que j'ai eue avec vous. Je sens cependant que je l'aurais acquise et méritée cette amitié, si votre éloignement du pays que j'habite ne m'eût pas interdit un commerce qui me paraissait bien doux et que je renouerais avec le plus grand plaisir du monde si les obstacles qui Tont interrompu pouvaient cesser. Je n'oserais blâmer votre retraite, mais quand je songe à ce qu'y perdent un petit nombre de philosophes qui eussent été dignes de vivre avec vous , j'en suis véritablement affligé. Je suis aussi retiré du monde pour le reste de l'automne et c'est de la campagne que je vous écris. J'adresse ma lettre à M. d'Alembert, qui vous la fera parvenir. Comme mon ermitage n'est qu'à quatre ou cinq lieues du vôtre, -attendez- vous, je vous prie, à me voir venir passer quelques heures avec vous avant la fin du mois. Je vous demande cette permission. J'ai eu l'honneur de voir madame do Luxembourg avant mon départ; elle m'a reçu avecia plus grande bonté ; chargez-vous , je vous prie, de lui exprimer ma reconnaissance. Vous me feriez grand plaisir de lui écrire un mot , supposé que vous ne la voyez de quelque temps. Au reste, d'après la conversation que j'ai eue avec madame la maréchale, je comprends fort bien qu'elle pouvait être exceptée dans le renoncement que vous avez fait au monde et à ses pompes. Je vous embrasse de tout mon cœur sans préjudice du respect et de l'estime que vous méritez par tant de titres;
bourg, la grâce de Tabbé Morellet, enfermé à la Bastille pour un pamphlet contre la princesse de Robeck, fille du muréchal. L'abbé, supportant avec peine l'obligation qu'il avait à Rousseau, s^alïranchit du joug de la reconnaissance et le calomnia dans ses Mémoires»