‹ J. J. Rousseau, ses amis et ses ennemis (volume 2)Chapitre 42 sur 63 · LETTRE DE LA POPLINIÈRE · texte numérisé non relu

LETTRE DE LA POPLINIÈRE

envoyé un ouvrage^ fait, non pas pour la France seulement, mais pour les nations. Je ne sais pas si la lecture excitera au peuplement. Il faudrait, je crois, avant toutes choses , dénaturer un peu rhumanité en général ; elle est incapable aujourd'hui de «entir le prix de vos conseils, parce qu'elle est lro|) civilisée. Ce que nous appelons les barbares en profiteraient beaucoup mieux que nous ; ils n'ont que des semences de passions, nous en avons, nous autres, les fruits : tout amers, tout indigestes qu'ils sont, c*est un aliment qui nous plaît au travers de ses crudités et que nous ne changerions pas pour un autre. Tout ce que l'on peut faire, c'est d'admirer la profondeur de vos réQexions, de convenir avec vous que rien ne serait plus utile ni plus avantageux que de les mettre en prati(iue, niais que le chemin que la race humaine a fait la met hors d'état de s'en occuper! Elle a, dit-on, mangé du gland; il lui faut aujourd'hui des aloyaux à la braise et des carpt's à la Chambord. Elle a été sous des cabanes ; il lui faut des |)alais, il lui faut des superiluités de toute espèce, et tous les moyens pour en acquérir sont devenus bons et familiers. En cet état, que peuvent devenir des enfants qui ne naissent que du plaisir des pères, et que les mères, par bienséance, sont dans l'usage reçu d'abandonner à la première femme de campagne qu'on leur amène.

Il faut , je crois , que la révolution naturelle des choses nous fasse repasser dans notre premier état de barbarie; alors on vous écoutera, on sentira Futilité de vos leçons, et voire livre deviendra Tinstruction générale pour les pères et les mères.

11 ferait bien la mienne aujourd'hui si j'étais dans ce cas ,

1()91, iiiorl en 1762. — 1\ protégea les arts et les lettres. Oii a de loi deux ouvrages : Daira, histoire orientaici, et les Mœurs dit siècle. » L'Emile.

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