‹ J. J. Rousseau, ses amis et ses ennemis (volume 2)Chapitre 54 sur 63 · LETTRES DE SAI>'T-LAMBERT · texte numérisé non relu

LETTRES DE SAI>'T-LAMBERT

comme des preuves de son amitié. Les attentions se comptent pour beaucoup entre amis, pourquoi les services ne se compteraient-ils pas? Croyez-moi, ils sont des preuves plus essentielles d'attachement que vous ne le pensez. Songez combien les gens opulents sont avares, et madame dTpinay n*est pas riche. Tout ce que vous avez dit contre elle depuis votre colère nVst point sorti du petit cercle de vos amis; ils se tairont et vous réparerez. 11 y a six ans que madame d'Epinny a de Tamitié pour moi et que j'en ai pour elle, j'ai tou-. jours eu à m'en louer; si nous avions vécu plus intimement, peut-être aurions-nous eu des torts, je ne l'assure cependant pas. Mais si vous pensez qu'elle ne mérite pas de vous les mêmes sentiments que vous avez eus pour elle autrerois, modérez et ne détruisez pas. Une suite de torts mutuels est Tbistoire de presque toutes les intimités ; qui est sage ne les multiplie pas, et dans celles dont on n'est pas content il faut relâcher la chahie sans la rompre, excepté celle de l'amour. Je crois que vous devez rester l'ami de madame d'Épinay. B faudrait être le dernier des misérables pour lui rendre une des choses qui vous sont échappées dans la colère; elle doit ignorer vos fautes, et elle n'aura point de raisons de s'éloigner de vous. Ne vous séparez pas d'elle, ne vous en séparez jamais, et si cela était nécessaire le moment était mal choisi. Elle est malade ; vous n'auriez que des raisons de la déserter, que vous lui devriez encore des consolations, ce serait le payement de ses bienfaits. Ce que vous dites de l'argent qu'il n'est que de la boue est fort beau ; cela est vrai de celui qui vient de uptre travail et de nos biens, mais celui qui vient des autres est un métal précieux dont ils se sont privés pour nous. Je voudrais que vous vissiez notre amie ^ ; faites un petit voyage ù Paris. Sa douceur, sa tendresse pour vous, son hon-

* Madame d'Houdetot.

nélelé feront du bien à votre âme. Elle pense comme moi, excepté que j'insiste encore plus qu'elle sur la nécessité que vous restiez Tami de madame d'Épinay,

Je reprends encore une feuille, malgré la faiblesse de mes yeux. Ne soyez point humilié, mon cher ami, du petit avantage de raison que j'ai sur vous dans ce moment-ci, il n'est que du moment et de la circonstance. Hors d'intérêt, il m'est aisé de voir le vrai, je n'ai de mérite que celui de le dire, et Tcstime que j'ai pour vous, ce que je pense de vous, rend ce mérite là bien facile. Vous aurez à prendre votre revanche dans la suite. Vos fautes ne vous font perdre rien de mon amitié ni de mon estime, et je vous demande d'avance la même indulgence. Je vois avec plaisir que vous tenez tous de bien près à vos faiblesses et je vous en aime davantage. Donnez-moi de vos nouvelles et de ce que vous faites. On vous tracasse, il faudrait vous encourager. Le malheur d'être né trop sensible à ce qui se passe autour de nous tue les talents ou les rend inutiles. Si vous voyez notre amie, comme je vous en conjure, parlez-moi de sa santé et de son régime.

0 philosophes dignes des étrivières, je vous honore et vous aime tous, et suis fort aise de vous trouver des hommes !

Paris, le 23 juin 175<ï.

>Voilà,' monsieur, le papier que vous avez demandé^, et je souhaite, pour ma propre satisfaction d'abord et pour la vôtre un jour, que vous en ayez bientôt fait l'emploi. Madame d'Houdetot a trois cent cinquante et une pages de Julie^ et elle me charge de vous envoyer ces deux louis, qui font à peu près le payement de vos copies. Elle vous renouvelle ses

* Pour les copies de la Nouvelle Héloïse

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