‹ J. J. Rousseau, ses amis et ses ennemis (volume 3)Chapitre 25 sur 73 · LETTRES DU COMTE DE ZINZENDORFF · texte numérisé non relu

LETTRES DU COMTE DE ZINZENDORFF

entièrement avec lui à La Ghablière, près de Lausanne, m'ont donné de ce prince une toute autre idée que je n en avais auparavant. Je Tai quitté, pénétré de respect pour lui, et ne désirant autre chose que de le voir, pour Thonneur de la vertu, persévérer dans son attachement à ces grands principes de morale, devenus quasi ridicules dans un siècle aussi corrompu. II a daigné me demander mon amitié, et m'a donné la sienne. La princesse sa femme, quoique peu jolie, le rend heureux, puisqu'elle entre dans son plan. J'ai été enchanté d'être témoin du soin qu'il donne à Téducation de ses enfants.

J'ai trouvé à Lausanne, dans madame d'Aubonne, une femme fort aimable, et qui est beaucoup de vos amies. J*ai vu mademoiselle Bondeli à Berne. J'ai poussé jusqu*à Saint- Maurice en Valais, en partie pour voir une contrée dont vous m'aviez fait une description agréable. S'il était permis de vous faire des questions indiscrètes, je vous demanderais s'il est vrai, comme on le dit ici, que les Corses vous ont fait demander des lois. Me pardon nerez-vous, monsieur, de vous avoir écrit le premier, en omettant toute cérémonie? J'en suis quasi persuadé, et jefmis cette lettre en vous assurant dessentimenf s d'une estime fondée sur Tamitié et sur le respect avec lequel j'ai l'honneur d'être, etc.

J'ai oublié de vous dire que je vous écris de la chambre de M. Deluc.

Mines, 30oclqbre 176-i.

finie le 20 novembre.

Votre lettre, monsieur, du 20 de ce mois', m'a fait un

1 Voyez dans la Correspondance, à la date du 20 octobre 1764, la réponse de Rousseau à la lettre précédente.

très-grand plaisir ; elle m*a été rendue avant mon départ de Lyon. Il est flatteur de se voir dire des choses agréables par quelqu'un qui a pris pour devise : « Vitam impendere vero, » Vous m'avez vu tel que je suis, je voudrais bien valoir mieux ; mais, dans l'impossibilité d'y arriver, je préfère de me montrer avec mes défauts, à une dissimulation affectée qui pourrait peut-être me valoir pour un moment Testime des personnes avec lesquelles je vis, mais non pas me la conserver. J'ai écrit à M. Laugier à Vienne, au sujet de M. de Sauttershéim ; comme c'est un homme qui vous honore beaucoup, je suis convaincu qu'il fera l'impossible pour vous procurer des éclaircissements sur le compte de ce Hongrois. Je vous en informerai dès qu'il m'écrira.

Le peu de moments que j'ai passés avec vous, monsieur, m'a empêché de vous parler d'un poème intitulé lesi Schiemites ou les Betijamites % si je ne me trompe. On m'en avait parlé à Zurich, et j'en ai beaucoup entendu parler depuis. Je suppose que vous n'aviez guère de papiers avec vous au Champ du Moulin ; sans cela je vous ferais quelques reproches de ne m'en avoir rien communiqué. Ayez la bonté de me faire savoir quand ce poëme sera imprimé. Je crains que les librairies d'Italie ne soient pas assez bien fournies pour avoir de ces sortes de livres. Votre'correspondance avec M. le comte de Tressan, que je n'avais pas lue, m'a fait un plaisir infini, et je viens de relire avec beaucoup d'attention votre Lettre à M. l'archevêque de Paris. Je m'étonne qu'après tout ce que vous y avez dit sur la tolérance, on vous ait demandé un écrit sur le même sujet. Des moraves auraient pu le faire, supposé (][u*ils fussent gens à s'introduire dans des États où on ne les appelle point; mais des protestants réformés, établis déjà dans un pays, ne devraient pas vous faire cette pro-

* U Uvite d'Éphratm,

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