LETTRES DE MADAME DE GRÉQUI A J.-J. ROUSSEAU
qHai^t rien et ne connaissant ni sentiment, ni sensation agréable, et je vous assure, monsieur, qu'ils sont sereins et que ce sont des existences assez agréables. Je ne sais comment je barbouille tant de papier pour vous dire des choses si peu intéressantes. Vous jugez bien que je viens faire des aiTaires dans ce pays et qu'il y faut bien séjourner quelquefois dans ma position. C'était autrefois avec chagrin, présentement je ne m'afflige que des choses qui ont rapport à mon cœur. Plus de bien et d'aisance ne me donnerait ni des amis fidèles, cela ne s'achète point, ni une société qui me fit plaisir^ ni rien de tout ce que je voudrais. Je vis à Paris dans une solitude entière, et c'est ce qui me plait de ia capitale ; Tunique moyen d'être en paix, c'est celui-là. Pourquoi toujours ce lieucommun : Lhomme est fait pour la société^ Non, car il n'est pas sociable.
ie suis très-fâchée de Pair malsain de votre séjour. N'y aurait-il pas moyen d'en changer? L'accroissement de la mauvaise santé ajoute infiniment au malheur et ôte toute es|rèce de liberté. Adieu, monsieur, jusqu'au 8 novembre. Je conpte que je serai alors de retour à Paris; vous pouvez toujours m'y adresser de vos nouvelles, car si je n'y retourne pas bientôt, on me les renverra ici. J'envoie ma lettre pour l'affranchir à Paris jusqu'à Pontarlier, car ici nous n'avons qu'un postillon à pied qui va porter nos lettres à Mayenne et nous rapporte nos réponses. II est souvent saoul de poiré, mais d'ailleurs bon enfant et conservant sa boite de bois dans nos précipices et dans ses rafraîchissements. Adieu, encore une fois, Jean-Jacques, plut à Dieu nous revoir bicnlôl.
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