LETTRE DE MABLY
prévenir que cette personne n'est pas dans le cas de faire de longs discours , il ne s'agira souvent que d'une vingtaine de lignes. Celui dont il s'agit est un homme d'esprit qui n'est pas dans Thabitude d'écrire. C'est un grand admirateur de tout ce que vous avez donné au public ; il est d'ailleurs de mes amis depuis bien des années. J'ai pensé que vous pourriez quelquefois vous amuser à haranguer dans vos bois.
On a dit à madam^ de Chenonceaux qu'on avait fait une brochure de votre article Économie, En avez-vous connaissance et savez-vous oiî elle se trouve? C'est une question qu'elle m'a chargé de vous faire. Adieu, monsieur, je vous embrasse, ayez de Tamilié pour moi, et comptez qu'il est dans la ville d'assez honnéles gens pour aimer beaucoup et vos talents et votre personne. Je finis sans cérémonie, car vous ne l'aimez pas , et je ne l'aime pas davantage.
MAHLY^
Paris, le il février 17l>5.
Il est très-vrai, monsieur, qu'une personne de mes amies m' ayant parlé des troubles que votre dernier ouvrage causait dans Genève, je lui ai fait la réponse dont on vous a envoyé l'extrait*. Je ne puis vous répondre qu'on n'ait point altéré
*■ Gabriel Bonnot de Màbly^ frère de Condillac, né à Grenoble en 1709, niorl en 1785. — Il esl l'auteur de plusieurs ouvrages sur l'histoire, la morale et la politique.
^ Un extrait d'une lettre fort violente contre Rousseau que i'ubbé de Mably avait adressée a madame Saladin, de Genève, au sujet des Lettres de la montagne. Rousseau, étonné du changement de l'abbé, qui, jusqu'alors, s'était moiiiru un de ses partisans les plus zélés, lui avait écrit le 6 février précédent, pour savoir directement de lui s'il était l'auteur de la lettre en question. Voyez à ce propos la lettre de Moultou a Rousseau du 15 février 1765.