LETTRE DE LA POPLINIÈRE
envoyé un ouvrage* fait, non pas pour la France seulement , mais pour les nations. Je ne sais pas si la lecture excitera au peuplement. 11 faudrait, je crois, avant toutes choses, dénaturer un peu l'humanité en général ; elle est incapable aujourd'hui de sentir le prix de \os conseils, parce qu'elle est trop civilisée. Ce que nous appelons les barbares en profiteraient beaucoup mieux que nous ; ils n'ont que des semences de passions, nous en avons, nous autres, les fruits : tout amers, tout indigestes qu'ils sont, c'est un aliment qui nous plaît au travers de ses crudités et que nous ne changerions pas pour un autre. Tout ce que l'on peut faire, c'est d'admirer la profondeur de vos réflexions, de convenir avec vous que rien ne serait plus utile ni plus avantageux que de les mettre en pratique, mais que le chemin que la race humaine a fait la met hors d'état de s'en occuper! Elle a, dit-on, mangé du gland j il lui faut aujourd'hui des aloyaux à la braise et des carpes à la Chambord. Elle a été sous des cabanes ; il lui faut des palais, il lui faut des superfluités de toute espèce, et tous les moyens pour on acquérir sont devenus bons et familiers. En cet état, que peuvent devenir des enfants qui ne naissent que du plaisir des pères, et que les mères, par bienséance, sont dans l'usage reçu d'abandonner à la première femme de campagne qu'on leur amène.
Il faut, je crois, que la révolution naturelle des choses nous fasse repasser dans notre premier état de barbarie; alors on vous écoutera, on sentira l'utilité de vos leçons, et voire livre deviendra Tinstruction générale pour les pères et les mères.
Il ferait bien la mienne aujourd'hui si j'étais dans ce cas ,
it)91, mort en 1762. — 1\ protégea les arts et les lettres. On a de lui deux ouvrages : Daira, histoire orientale, et les Mœurs du siècle. * V Emile.