BUFFON
13 octobre 1765>.
C'est avec un trcs-grand plaisir, monsieur, que j'ai reçu les témoignages de votre amilié ; je n'aurais pas différé à vous en remercier si , dans ce même temps à peu près , je n'avais appris qu'il vous était arrivé de nouveaux malheurs et que vous aviez quitté la ville de Métiers. On vient de me donner votre adresse en m'assurant que vous êtes tranquille à Neufcliâtel ^. Dieu veuille calmer vos persécuteurs puisqu'il ne veut pas les confondre! J'ai mille fois gémi sur votre sort, j'ai vu avec douleur que vos prêtres sont encore plus intolérants, plus
^ Rousseau répondit à M. de la Poplinière le 8 juin suivant. Sa lettre, qui se trouve dans la Correspondance^ est la dernière que Jean-Jacques ait écrite de Montmorency avant sa fuite.
* G.-L, Leclerc, comte de Buf/bn, né à Montbard, en Bourgogne, en 1707, mort à Paris en 1788. — Son Histoire naturelle, qui l'occupa pendant toute sa vie. Ta placé au premier rang des écrivains et des savants.
' Cette lettre est la seule de Buffon à Rousseau que nous ayons retrouvée. Ce qui prouve qu'il a dû en exister d'autres, adressées par le célèbre naturaliste à l'auteur d'Emile^ c'est le p ssago suivant d'une lettre de Rousseau à du Pcyrou, du 31 janvier 1765 : « Voici, enfin, la lettre de M. de Buffon, de laquelle je suis extrêmement louché... Je veux lui écrire...» On doit regretter vi^ment la perle des autres.
^ Rousseau cliit à ce moment-là dans Tile de Saint- Pierre.
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féroces que les nôtres. Je pensais qu'après les injustices qu'on vous avait faites à Paris , vous trouveriez comme dédommagement bien mérité la justice et la paix dans Genève. Vos concitoyens vous le devaient; ils vous devaient beaucoup plus, car indépendamment de Thonneur que vous faites à votre patrie, vous lui étiez sincèrement et peut-être même trop chaudement attaché. Vous avez été la victime de votre amour pour la vérité et même de votre amour patriotique. Quel triste exemple. Il ne peut que rendre tiède pour la vertu. Je^sais que la vôtre est soutenue d'un grand courage et que votre âme est aussi ferme qu'élevée, mais le courage n'empêche pas de souffrir, et lorsque c'est pour une cause injuste, il se tourne en indignation et ce sentiment est encore désagréable. Je vous aime, monsieur, je vous admire et je vous plains de tout mon cœur. C'est dans ce sentiment et avec l'estime la mieux fondée que j'ai l'honneur d'être, monsieur, votre trèshumble et très-obéissant serviteur.
Mes compliments, je vous supplie, à M. du Peyrou.