NECKER
Ce 16 février 1761.
J'ai dessein d'aller manger votre soupe demain et je vous mène Tabbé Morcliet. Je compte, monsieur, que nous ne vous dérangerons point; nous nous faisons, Tun et l'autre, une fête de cette visite, et je n'aurais pas attendu à ce moment à profiter de votre obligeante invitation, si je ne m'étais prêté aux convenances dudit abbé et au désir qu'il avait d'être de la partie. Je ne puis pourtant pas dire tout a fait que j'aie vécu loin de vous. L âme tendre, humaine et vertueuse de Julie vous a rapproché de moi. Que la lecture de ces lettres me convenait, que de bons mouvements, elle fortifiait ou excitait; avec quel plaisir je voyais ces deux pauvres amants agités de sentiments divers, faibles mais vertueux; avec quelle compassion ne les ai-je pas vus éloignés sans espoir de retour! Que de sublimités dans mille endroits de ces six volumes I Non de cette sublimité qui consist'e à se percher dans les nues, mais de celle qui pousse les vertus journalières au plus haut point, sans désespérer ceux qui désireraient y atteindre. Pardon, je crois que Saint-Preux dit de Julie qu'il Testime trop pour la louer en face, pour moi, je dis avec autant de
1 Jacques Necker, ne à Genève en 1752, mort à Coppet en 1804. Ëlabli à Paris, comme banquier, il y fit fortune, tut nommé résident de ia république de Genève auprès de la cour de France, et devint, en 1776, contrôleur général des finances. ]\ a publié plusieurs ouvrages de finance et de politique, et un Cours de morale religieuse.