‹ J. J. Rousseau, ses amis et ses ennemisChapitre 47 sur 50 · LA ROCHE · texte numérisé non relu

LA ROCHE

Paris, le 6 février 1762.

Monsieur, voilà Paméla que madame la maréchale m'a chargé de vous envoyer. Elle m'a demandé de vos nouvelles ; je lui ai fait part de votre lettre *. Elle se porte bien, ainsi que M. le maréchal, qui est à Marly avec le roi. Il revient aujourd'hui à Versailles, et madame la maréchale y va aujourd'hui et revient lundi. Jevous envoie un catalogue de la bibliothèque de Montmorency pour que, s*il y a quelques livres qui vous plaisent, vous les envoyiez chercher; c'est par ordre de madame la maréchale.

A regard de Lépine, tout ce qu'il portera chez vous, lettre ou autre chose, le port lui sera payé.

Madame la maréchale vous envoie un lièvre, un levraut, une perdrix rouge et une grise. Je suis, monsieur, bien sincèrement votre très-humble et très- obéissant serviteur.

' La Hochet homme de confiance de la maréchale de Luxembourg, employé par elle pour retrouver, les enfants de Rousseau, n en est couvent question dans les Confessions»

' Lettre bconnue.

Paris, 29 novembre 1762.

Monsieur, j'ai remis à M. de Rougemont le port des deux caisses jusqu'à Pontarlier et les frais de douane, et Tai remboursé de i*exemplaire, comme vous me Tayez marqué.

M. le maréchal ainsi que madame la maréchale sont en bonne santé. Madame la maréchale vient demain à Paris pour aller à la noce de mademoiselle de La Rcynière. Elle va loger chez M. le marquis de Villeroy, parce que la fille cadette de madame de Montmorency a la petite vérole depuis huit jours; elle est hors d'affaire. Elle (madame de Montmorency) va bien ; elle fait inoculer son ainée après-demain. Cela lui donne beaucoup d'occupation et en même temps Tamuse beaucoup: vous connaissez son trémoussage. Je suis charmé que vous ayez pris Thabit arménien, il vous sera plus commode et vous garantira des rigueurs de la saison ; je souhaite qu'il puisse aussi garantir des douleurs du corps. Nous sommes bien charmés que mademoiselle Levasseur soit en bonne santé, par rapport à elle et à vous. Soyez persuadé que si vous parlez quelquefois de nous, c'est du réciproque, car il n'y a pas de jours que nous n'en parlions, et puis nous bâtissons des châteaux en Espagne ; une heure d'espérance nous fait plaisir. A l'égard de notre santé, elle est autant bonne qu'elle peut être, à tjuelques douleurs près que le trop d'années procure; mais c'est un tribut qu'il faut payer à la nature. Notre Suisse de Paris, Chassot, est tombé en paralysie à Fontainebleau ; il a été secouru promptement, mais, malgré cela, il parait qu'il restera hypothéqué.

Nous avons eu un duc nouveau à Fontainebleau, qui est M. le comte de Choiseul, ministre des affaires étrangères; il s'appelle duc de Praslin.

M. de Lally est à la Bastille; il a été arrêté à Fontainebleau. Le lieutenant de police et deux commissaires sont nommés pour lui faire son procès ; ils y vont souvent, mais rien ne transpire. Les troupes que commande M. le prince de Beauvau se mettent en marche le 1" de décembre pour revenir en Fiance.

Il parait, il y a deux jours, un livre intitulé : Censure de la faculté de Théologie contre le livre intitulé : Emile^ ou de rÊducation. Comme vous m'avez marqué que vous seriez bien aise de voir ce qui paraîtrait à ce sujet, je Tai acheté et l'ai remis à M. de Rougemont, qui m'a dit que son frère partait ces jours-ci et qu'il vous le remettrait.

Si vous avez besoin de quelques livres parmi ceux qui restent à Montmorency, vous n'avez qu'à m'en envoyer la note et je vous les enverrai. Que la saison ne vous gêne pas. Il y a encore bien loin d'ici à Pâques, et je vous prie d'être persuadé que c'est m'obliger de me charger de quelque chose qui vous regarde.

Madame La Roche vous fait mille et mille compliments et embrasse mademoiselle Levasseur, et moi aussi, quand même elle ne le voudrait pas.

Paris, 28 janvier 1763.

Monsieur, permettez que je vous fasse les souhaits de cette nouvelle année, ainsi qu'à mademoiselle Levasseur à qui je présente mon respect. M. le maréchal a été un peu incom^ mode. Il se porte à merveille présentement; je souhaite

que vous soyez aussi bien rétabli de votre maladie que lui. Madame la maréchale est en bonne santé. Ils sont à Yilleroy avec madame de Boulllers et mademoiselle Amélie \ Madame de Montmorency est revenue de Boulogne ainsi que mesdemoiselles ses filles; la quarantaine est finie' et tout va bien. Elle m'a remis une couverture tricotée pour vous la faire tenir. Lorsque vous voudrez que je vous envoie votre argent, yous aurez la bonté de me le mander. A Tégard des ports de lettres, madame la maréchale m'a donné ses ordres il y a longtemps, et je suis obligé de lui obéir; c'est si peu de chose qu'il ne faut pas en parler. Vous savez sans doute la mort de M. Matha', et que M. Porlier est raccommodé avec sa femme; ils sont ensemble. L'on doit mettre la statue du roi à sa place ^ le 10 du mois de février, et Ton parle du renouvellement de l'alliance avec les Suisses qui se fait tous les cent ans ; ce devait être pour le mois prochain, mais on prétend que cela est reculé. Je vous enverrai à Pâques tout ce qui reste à Montmorency de livres et de papiers. Je vous souhaite une santé parfaitement rétablie et vous prie d'être persuadé du sincère attachement avec lequel j'ai l'honneur d'être, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

J'ai dit à M. Guy que vous étiez informé qu'il voulaitfaire une collection de vos ouvrages ; il doit vous avoir écrit à ce sujet.

^ Plus tard duchesse de Lauzun.

* Cette quarantaine se rapporte à la petite vérole qu'avaient eue les flUes de la duchesse de Montmorency.

^ Un ancien voisin de Rousseau à Montmorency.

* La statue de Louis XY qui ornait autrefois la place de la Concorde.

Paris, ce 3 avril 1765.

Je compte faire partir le reste de votre bibliothèque la semaine prochaine, auquel je joindrai le drap, doublure et cordonnet que vous demandez. M. et madame la maréchale sont à rile-Adam, et en bonne santé ainsi que madame de Montmorency. M. le duc de Yilleroy va autant bien qu'il puisse être; le corps est bon, il n'a que la jambe qu'il traîne. Mademoiselle Gertrude est malade*, il y a trois mois, d'une fièvre que la Faculté ne peut pas faire en aller; elle faiblit tous les jours et elle n'est pas bien.

Madame La Roche embrasse mademoiselle Levasseur. Si j'osais, j'en ferais autant, mais je lui présente mon respect, et nous sommes de M. Rousseau, avec un sincère attachement, etc., etc.

Paris, !•' mai 1763.

Monsieur, j'ai fait part de la lettre que vous m'avez fait riionneur de m'écrire* à madame la maréchale. Elle m'a chargé, en partant pour Marly avec M. le maréchal (en bonne santé tous deux, le voyage est jusqu'au 17 du mois), de vous envoyer la lettre ci-jointe et de n'envoyer celle qui est pour M. Pedemoy que lorsque j'aurai une réponse de vous. J'exécuterai de point en point ce que vous me marquez par votre dernière. Vous devez recevoir incessamment une graude

1 Une femme de chambre de la maréchale de Laxemljour^. ^ Lettre -inconnue.

caisse dans laquelle est le restant de votre bibliothèque, le drap, la doublure et le cordonnet, ainsi que deux lettres de madame Levasseur, que j'ai eu Fhonneur de voir à Pâques, qui était en assez bonne santé. J'ai fait part à M. Noël de vos remerciments, desquels il est très-flatté et vous prie de lui continuer votre estime. Vous me marquez que vous allez cesser de m' être importun ; je voudrais avoir Téloquence de Gicéron pour vous prouver que vous ne me Tavez jamais été, que tout ce qui viendra de vous ainsi que de mademoiselle Levasseur sera une satisfaction à mon cœur .Je payerai à M. Guy ou à M. Duchesne les billets dont vous me parlez, et je vous rendrai un compte exact de tout en vous envoyant ce qui me restera. Madame La Roche vous fait mille anfiitiés, respects, embrassades, ainsi qu'à mademoiselle Levasseur, à qui je présente mon respect. Je suis et je serai toujours de tout mon cœur le serviteur de M. Rousseau.

G'est M. de Rougemont qui s'est chaîné de la caisse pour vous la faire tenir.

Paris, le 13 juin 1763.

Le 21, 22 et 25 de ce mois il y aura grande illumination et feu d'artifice sur Teau à la place Louis XY, à l'occasion de la paix ^ Je suis et serai toute ma vie, de bien bon cœur, le très-humble serviteur de M. Rousseau.

M. et madame la maréchale sont en bonne santé.

^ Les traités de Paris et d'Hubertsbourg, qui mirent fin à la guerre de Sept ans.

Paris, 28 décembre 1763.

J'ai remis les deux lettres à madame Levasseur au mois de juillet, lorsque nous avons été à Montmorency. J'ai eu rtionneur de la voir plusieurs fois pendant notre séjour; elle se portait assez bien, sa situation est la même que lorsque vous y étiez. Elle m'a dit qu'elle était bien payée de sa pension. Elle ne m'a point paru dans l'indigence, mais vous savez que les vieilles gens se font une habitude de se plaindre. Vous m'avez maf que qu'il vous manquait quelques papiers à moitié écrits; ils ne sont pas parvenus jusqu'à moi, mais comme mademoiselle Levasseur a supprimé quelques vieux papiers qu'elle croyait inutiles, peut-être se seront-ik trouvés dans le nombre. Il ne me reste que les tableaux, qui sont dans ma chambre à Montmorency, que je vous enverrai quand vous me le manderez. S'il y a quelque chose pour votre service en ce pays-ci, je vous prie de ne point épargner celui qui se fera gloire d'être toute sa vie, et de bien bon cœur, le très-humble serviteur de M. Rousseau.

Paris, ce 31 avril 17^.

Monsieur, j'ai fait part à madame la maréchale que vous m'aviez fait l'honneur de m'écrire ^; elle m'a chargé de vops mander qu'elle avait de l'argent à vous, et que vous mandiez lorsque vous voudrez qu'elle vous l'envoie, et de vous mander l'état de M. le maréchah Le voici : il a commencé à être

* Lettre inconnue.

incommodé le 3 de février, d'abord le visage bouffi, que Ton prit pour une fluxion, mais qui avait une autre cause. L'année dernière, à Montmorency, il a eu une douleur au pied qui était une attaque de goutte, mais que Ton n'a pas connue, et Ton y a mis du baume tranquille; cela s'est dissipé par conséquent. Cela a rendu la goutte ambulante ou effarouchée, comme la Faculté la nomme. 11 s'est annoncé la même douleur cette fois-ci ; ils l'ont bien reconnue goutte, mais ils l'ont mal traitée, et si mal que le 11 et le 12 de ce mois il. était très-mal. L'on a eu recours à un topique qu'un M. Â..., qui n'est point médecin, lui 9 mis le 15 aux deux pieds, qui avaient fort enflé, et la cuisse ainsi que le visage et les mains ; il se trouvait mal à tout moment et étouffait, et depuis que l'on lui jnit cet emplâtre, il a toujours été de mieux en mieux. Le visage, les mains, tout est diminué; il a bien meilleur visage. Cela va autant bien qu'il puisse être pour le temps qu'il fait usage de ce remède; l'homme prétend le guérir radicalement. Cette maladie est cause que nous n'avons pas été à Montmorency cette semaine, mais j'espère que nous irons à la convalescence, et je m'acquitterai envers M. Dumoulin et la sœur Marie de votre commission. J'ai reçu, il y a quelques jours, une lettre et un petit paquet de madame Levasseur pour le faire tenir à mademoiselle Levasseur; j'ai vu aujourd'hui M. Guy, qui* s'en est chargé parce qu'il avait une caisse à vous envoyer la semaine prochaine. Recevez, je vous prie, mes remerciments, ainsi que mademoiselle Levasseur, de l'intérêt que vous voulez bien prendre à ma santé; je souhaiterais de bien bon cœur que la vôtre fût aussi bien rétablie que la mienne, car les douleurs vous font tourner la tête. Je vous dirai que madame de Pompadour est morte, et enterrée aux Capucines, à Paris, mardi derrtier; jusqu'à présent elle n'est pas encore remplacée, quoique le roi n'en paraisse pas fort affligé.

Mademoiselle Gertrude a reçu aujourd'hui le bon Dieu ; elle n'est pas bien, et Ton ne compte pas qu'elle aille bien loin. Madame La Roche vous fait mille remerciments, ainsi qu a mademoiselle Levasseur, de votre façon obligeante de penser sur son compte et des amitiés dont vous l'honorez; elle vous prie de les lui conserver, et moi pareillement, et vous assure que nous ne changerons jamais. Il y a trop peu d'honnêtes gens pour ne se pas croire heureux lorsque l'on a le bonheur d'en rencontrer comme vous. C'est avec ces sentiments que j'ai l'honneur d'être.

Paris, 22 mai 1764.

Monsieur, je suis inquiet de votre santé, n'ayant pas eu de réponse à la dernière lettre que j'ai eu l'honneur de vous écrire par laquelle je vous mandais Tctat de la maladie de M. le maréchal ; mais la nouvelle est bien plus triste, nous avons eu le malheur de le perdre le 18 de ce mois; il est enterré aujourd'hui. Madame la maréchale est chez madame la duchesse de BoufDers dans une affliction inconsolable ; nous sommes dans un chaos qui ne me donne pas le temps de me reconnaître. Faites-moi Tamitié de me faire donner de vos nouvelles, personne ne s'y intéresse plus sincèrement que moi. Madame La Roche joint ses prières aux miennes ; elle vous embrasse ainsi que mademoiselle Levasseur, à qui je présente mon respect. Je vous aime tous les deux de tout «mon cœur.

Paris, H juin 1764.

Monsieur, vous devez avoir reçu une lettre de madame la maréchale que j'ai mise hier à la poste ^ L'on m'a remis la reconnaissance des quinze cent soixante et quinze livres passée par-devant main de notaire. Ledit notaire m'a dit qu'il savait ce que c'était et qu'il en faisait son affaire ; sitôt que je pourrai les toucher, je vous en donnerai avis. J'ai aussi des lettres qui se sont trouvées avec ladite reconnaissance, à Paris, et un autre paquet de papiers qui s'est trouvé h Montmorency. L'on n'a pas encore trouvé le testament*; j'espère qu'il se trouvera : il y a encore quelques endroits où Ton n'a pas fait de recherches. Je partage bien sincèrement votre douleur, ainsi que celle de mademoiselle Levasseur que nous embrassons de tout notre cœur. La force de votre douleur vous a fait douter de l'amitié de M. le maréchal, mais en vérité le pauvre seigneur était si occupé de sa maladie, quoique pas mortelle, mais si mal traitée, que Ton ne peut s'en prendre à son cœur, il était toujours le même. Par l'événement malheureux. Montmorency nous reste en propre. Quel désagrément de ne pas avoir le bonheur de vous y voir. Je dois y aller dans quelques jours et remercier le sieur Chassot ; madame supprime la place de concierge. 11 n'est pas à plaindre, il a sept cents livres de pension. Je suis actuellement dans un chaos ; des effets à reprendre, d'autres à racheter, une maison à former. Je ne suis plus jeune ; par honneur, je ferai de

« Du 10 juin 1764.

' Un testament que Rousseau avait fait pendant son séjour à Montmorency, et qu'il avait confié au maréchal de Luxembourg. Il Tavait réclamé à la mort de ce dernier.

AJ.-J. ROUSSEAU. 503

mon mieux. M. le maréchal a laissé des pensions à tous ses domestiques à proportion des classes et du temps quUIs étaient à lui. Mille amitiés à mademoiselle Le^asseur ; madame La Roche l'embrasse. •

Paris. 22 juin 1764.

Monsieur, comme je vous ai marqué par ma dernière que je vous manderais sitôt que Ton aurait trouvé votre testament, il s'est trouvé dans un cabinet qui n'avait pas encore été inventorié, pour la formalité, en présence de M. le prince de Tingry, madame la maréchale et les gens de justice. L'on a ouvert l'enveloppe sans en ôter le testament et, recacheté des armes de madame la maréchale, il m'a été remis tout de suite. Madame va à Yilleroy le 26. Pendant son absence, je verrai le notaire pour les quinze cent soixante et quinze livres dont j'ai le titre. Lorsque je pourrai les toucher, je vous le manderai, vous me donnerez vos ordres à ce sujet ainsi qu'au sujet du testament et des autres papiers. Madame la maréchale a réclamé votre portrait ^, duquel elle s'est emparée. Vous pouvez croire qu'il ne serait pas resté à l'inventaire : hors elle, je l'aurais disputé à toute la terre. La santé de madame la maréchale est assez bonne ; j'en suis quitte pour la peur, car je craignais une maladie à la suite de ce triste événement. Madame La Roche vous embrasse, ainsi que mademoiselle Levasseur, à qui j'ai l'honneur de présenter mon respect.

* Le portrait destiné dans le principe à madame d'Êpinay, et que Rousseau avait donné au maréchal de Luxembourg.

Paris, le 25 septembre 1764.

Monsieur, madame la maréchale vient d'apprendre que vous avez été insulté chez vous par la populace de Tendroit que vous habitez ; elle est très-inquiète de vous, et si elle n'était pas malade, elle vous aurait écrit elle-même. Il y a trois semaines qu'elle l'est; cela lui a commencé par une indigestion, ensuite sont venues des vapeurs qui lui ont fait grand'peur. Gela va beaucoup mieux, quoiqu'elle n'en soit pas encore quitte ; mais il n'y a pas de suites fâcheuses à craindre. Elle espère que vous lui donnerez de vos nouvelles sitôt la présente reçue. Mille amitiés de notre part à mademoiselle Levasseur. Nous partageons bien son inquiétude. Dans quel état elle se sera trouvée ! ^'ai vu madame sa mère il y a quinze jours, qui est en bonne santé. Elle a quitté Deuil ; elle demeure à La Chapelle avec une de ses filles, elle y est beaucoup mieux et elle s'y plait. J^ai remis à M. Guy deux lettres d'elle pour vous, monsieur, pour vous les faire tenir par la première occasion. Madame la duchesse de Boufflers a la petite vérole, malgré qu'elle ait été inoculée il y a dix-huit mois ; cela inquiète bien des grand» de ce pays-ci et fait peur à bien des femmes; mais cela ne m'inquiète guère. C'est vous qui m'inquiétez et mademoiselle Levasseur, auxquels nous avons voué une amitié qui ne finira qu'avec nous.

Paris, 10 octobre 1764.

J'ai fait donner à madame Levasseur deux livres de café et un petit pain de sucre. Je vais demain à Montmorency, j'au-

rai l'honneur de la voir et de m'inforroer si elle a besoin de quelques nippes pour son hiver.

Le titre de Tendroit que vous avez été habiter quelques jours annonçait un endroit plus riant et plus commode qu'il n'est, car le nom en est beau : le Champ-du-Moulin^ m'avait prévenu en sa faveur. Madame la maréchale est en bonne santé; elle est allée à Yilleroy jusqu'à samedi. M. son frère est autant bien qu'il puisse être pour' son état.

Paris, 20 octobre 1764.

Madame la maréchale est en bonne santé, ainsi que sa petije-fiUe ', qu'elle a prise avec elle depuis la mort de M. le maréchal. J^ai vu madame Levasseur, il y a huit jours, qui était en bonne santé ; elle m'a chargé de vous faire, ainsi qu'à mademoiselle Levasseur, bien des amitiés et des remerciments. Elle me demande un cotillon et un manteau de lin pour avoir chaud cet hiver, que je vais lui envoyer.

Paris, 10 novembre 1764.

Monsieur, madame la maréchale est en bonne santé. M. le comte de Boufflers, mari de madame la comtesse, est mort ; la voilà en deuil pour un an, ainsi que nous. Recevez, monsieur, nos remerciments du fromage que vous nous annoncez. Madame La Roche vous assure de son respect, elle embrasse mademoiselle Levasseur, j'en fais de même. J'espère que ma

i Propriété située à quelque distance de Motiers, et qui appartenait à des amis de Rousseau.

* Mademoiselle Amélie de Boufflers.

maladresse ne m'ôtera pas votre confiance, c'est toute mon inquiétude.

Paris, 19 décembre 1764.

Monsieur, j'ai remis à M. Ducbesne les cent francs dont voici le billet que je vous envoie. J'ai aussi envoyé à madame Levasseur, selon vos ordres, de quoi lui faire un manteau de lin ou casaquin, le jupon pareil de toile de colon et de quoi faire un jupon de dessous de molleton avec les doublures et façon. Le tout coûte trente-quatre francs. Je compte aller à Montmorency incessamment, et j'aurai Thonneur de la voir. Recevez les remerciments de madame La Roche, ainsi que les miens, du fromage, qui est grand comme la table ronde où les chevaliers chantaient. Madame la maréchale en a goûté qui Ta trouvé fort bon ; il Test effectivement. Ce n'est pas la seule fois que je lui en servirai ; ce ne sera pas lui déplaire, sachant qu'il vient de vous. Elle est en bonne santé. M. Guy m'avait dit qu'il avait un petit envoi à vous faire; je l'ai prié de mettre ma lettre dans ledit envoi. L'on nous fait espérer incessamment deux volumes de vos ouvrages *; notre colporteur m'en a parlé ces jours-ci. Nous les attendons avec impatience, mais l'on fait quelques difficultés à la police, quoiqu'il n'y ait rien qui puisse autoriser lesdites difficultés. Madame la maréchale m'a chargé de mander à mademoiselle Levasseur qu'elle la priait de lui envoyer un exemplaire sous enveloppe à l'adresse de M. de La Reynière, ou dans une petite boite.

MadameLa Roche vous présente son respect, son amitié; elle embrasse mademoiselle Levasseur, et de tout mon cœur j'en fais autant.

* Les Lettres de la Montagne.

Paris, 3 février 1765.

Monsieur, madame la maréchale m'a chargé de vous faire ses compliments, de vous dire qu'elle lit vos Lettres de la Montagne avec délices, qu'elle ne comprend pas comment l'on ne se rend pas à des vérités aussi claires, qu'elle n'a encore lu que le premier volunâe, qu'elle commence lé second, et qu'elle lira après cette infamie de réponse*. Elle vous fait bien des remerciments de l'exemplaire que M. Duchesne lui a porté. Madame la maréchale a été fort enrhumée, mais cela est passé, et elle va à Montmorency le 5 du courant passer quinze jours. M. le prince de Conti doit y passer ledit temps, ainsi que madame la comtesse de Boufflcrs. J'ai remis à M. Guy un petit paquet de madame Levasseur pour vous qu'il s'est chargé de vous faire tenir. J'irai voir madame Levasseur sitôt que je serai arrivé à Montmorency, et je suivrai vos intentions à son égard. J'ai vendu un exemplaire d'Emile, ainsi j'ai dix-huit francs de plus. Que Montmorency me paraîtrait bien plus beau si vous l'habitiez! Mille respects et amitiés à mademoiselle Levasseur, je l'embrasse et vous, monsieur, de tout mon cœur.

Paris, le 1" juin 1765.

M. Côindet m'a remis le portrait du roi' et quatre brochures in-quarto ; je lui ai rendu les petites avances qu'il avait faites. M. Guy m'a remis les cent trente-sept livres dix

* Le Sentiment des dtoyenSy de Voltaire, qui fut faussement attribué au pasleur Vernes.

* D'Angleterre.

508 LETTRES DE LÀ ROCHE A J.-J. ROUSSEAU, sols. Les deux livres seront reliés cette semaine, je lui payerai la reliure ainsi que le livre de botanique qu'il m'a fait voir ; c'est un grand livre comme ceux que vous m/avez fait voir et qu'il avait acheté douze livres.

J'aurai l'honneur de vous voir le 11 de ce mois pour revenir le 12 ^ J'ai arrêté une place à la diligence pour le 14. Monseigneur le prince de Conti revient demain de TIle-Adam ; je saurai si la voiture qu'il donnera estproprepour mettre votre herbier et votre malle. Pour lors, il n'y aurait que faire de les mettre au coche, nous les apporterions avec nous. Je vous le manderai par la poste. Madame La Roche vous embrasse ainsi que mademoiselle Renou '. En attendant le plaisir de vous voir, recevez tout ce que mon cœur me dicte. Comme vous craignez que l'on ne décacheté vos lettres, c'est pourquoi je vous envoie un exprès.

* Rousseau devait quitter le château de Trye quelques jours plus tard. ^ Thérèse Levasseur. Pendant son séjour à Trye^ Rousseau se faisait appeler M Renou.

LA

Page 1