VIU
Versailles, 30 novembre 1759.
Je vous suis bien obligé, monsieur, de me mander que
TOUS êtes assez content de votre santé ^ pour la saison où nous sommes. Je voudrais que nous eussions un printemps continuel ; il me semble que c*est la saison où vous vous portez le mieux. Mon fils est, je crois, en chemin, et j'imagine qu'il pourra arriver vers le milieu de la semaine prochaine. Ma santé est assez bonne, mais elle serait bien meilleure si j'étais à portée de faire les promenades dont vous me parlez, et que je me rappelle toujours avec délices, surtout quaml, en rentrant le soir dans la cour, nous n'y trouvions point de traces de roues de carrosse '.
Versailles, 29 décembre 17î)9.
Je connais trop voire bon cœur, monsieur, et je suis trop sûr de votre amitié pour moi pour ne pas être persuadé que vous partagez ma douleur'. Ce serait une grande consolation pour moi si j'étais avec vous; mais, quoique mon quartier finisse, je ne m'y retrouverai peut-être que des instants; encore puis-je m'en flatter? Que je hais l'hiver et que vous me faites trouver de charmes à Tété ! Je Taltends avec grande impatience, puisque j'aurai le plaisir de vous embrasser et de me retrouver avec vous.
' Lettre de Rousseau de novembre 1759.
* Pendant seS séjours à Montmorency, le maréchal de Luxembourg faisait de longues promenades à pied ayec Rousseau. Les traces de roues dontil e^t question ici indiquaient des visites arrivées pendant les promenades du maréchal avec Jean-Jacques, et elles empêchaient ce dernier de rentrer au château.
' Le maréchal venait de perdre sa sœur, la duchesse de Yilleroy. Il répond ici à la lettre de condoléance que Rousseau lui avait adressée le 26 décembre précédent.
Paris, 9 février 1T60.
Je ti*ai reçu qu'au retour de Marly, dont je suis revenu avant-hier, votre lettre ^ Vous pouvez juger du plaisir qu'elle m'a fait; mais en même temps votre santé me donne de rinquictude, d'autant plus que Ton m'a dit qu'elle n'était pas bonne. J'aurais été déjà en savoir des nouvelles moimême, mais j'ai une affaire ici qui m'en a empêché et qui m'oblige d'aller à Versailles plus souvent que je ne voudrais et sans pouvoir prévoir les jours. Je m'en suis dédommagé en lisant les cahiers que vous avez envoyés à madame de Luiembourg', mais cela a été bien court. Soyez persuadé, monsieur, que je désire autant que vous le voyage de Pâques, et que, sans m'assujeltir au maigre du carême, je le trouverai bien long. Mon cœur me dit que vous en êtes persuadé, et je compte trop sur le vôtre pour en douter.
Paris, 16 mars 1760.
Quand on s'aime, monsieur, comme je me Qatte que vous m'aimez et que je vous aime, on se passe bien des choses. Ainsi vous ne serez pas fâché contre moi de ce que je n'ai pas répondu plus tôt à la lettre' que vous m'avez écrite il y a huit jours. Je veux cependant vous dire ce qui m'en a empêché. Madame de Luxembourg était fort enrhumée et a négligé son rhume ; elle eut la fièvre il y a cinq jours et fut j^ignée, ce qui me donna un peu d'inquiétude, d'autant plus
i Du 2 février 1760.
* Ces cahiers contenaient la première partie de U Nouvelle HilùUe que Ilousseau copiait pour madame de Luxembourg. ' Lettre inconnue.
466 LETTRES DU MARËGHAL DE LUXEMBOURG , qu'elle était oppressée. Depuis ce temps-là, elle est à la diète et garde son lit, mais il n'est plus question de flèvre et il n y a plus que le reste de son rhume qui doit avoir son cours. Elle me charge de vous dire cent mille choses et a grande impatience, aussi bien que moi, d'être au voyage de Pâques : vous n'avez pas besoin que je vous en dise la raison. La maladie de madame de Luxembourg m'a tenu auprès d'elle, mais ne m* a point inquiété. 11 n'en est pas de même de ma pauvre fille % dont le mal augmente et les forces diminuent; quoiqu'elle se flatte beaucoup, je crains bien qu'elle n'aille pas loin, et vous partagerez ma peine. Je ne vous fais point 4e comphments, votre cœur vous dit tout ce que le mien pense, et voilà tout ce qu'il faut entre nous.
22 mars 1760.
Je serais fâché qu un autre que moi, monsieur, vous rendit compte de la santé de madame de Luxembourg. Elle a été purgée hier, son rhume est fort diminué ; elle sera encore purgée lundi, et j'espère qu'il ne sera plus question de rien. Ma fille est un peu moins mal depuis deux jours. Je me fais un sensible plaisir de voir arriver la semaine prochaine.
Paris, 1" mai 1760.
Vous me chargez, monsieur, d'une négociation qui n'est pas difhcile, puisqu'il ne s*agit que de faire approuver à madame de Luxembourg une chose que vous désirez. Il n'est
^ La princesse de Robeck.
donc plus question du voyage de Yilleroy. Nous n'en sommes pas moins fâchés d'èlre privés du plaisir d'être avec vous pendant ce temps-là,' mais nous n'avons d'autre volonté que la vôlre, et vous nous donnez Tespérance de venir faire un tour ici au retour du voyage de Yilleroy, où nous irons la semaine prochaine. Quand j'en serai revenu, vous aurez de mes nouvelles. Pour vous rappeler ce que vous me mandez sur cela dans votre dernière lettre, la santé de ma pauvre fille va toujours plus mal ; il lui survient tous les jours quelques maux nouveaux, sans être quitte pour cela des anciens. Sa maigreur est si grande, qu'elle ne sait dans quelle attitude se tenir. Je vous assure que je trouve aussi l'intervalle d'ici au mois de juillet bien long par le désir que j'ai de me retrouver avec vous.
Paris, 26 mai 1760.
. Je n'ai point oublié, comme vous croyez bien, monsieur, que vous nous avez promis de venir ici après notre voyage de Yilleroy. Il y en a eu un du roi à Saint-Hubert depuis ce temps'là, et ils vont être fréquents et mes séjours à Paris courts. Vous m* avez dit de vous mander les jours que je serai libre, aussi je vous fais part que je le serai mercredi et jeudi de cette semaine. Nous vous invitons, madame de Luxembourg et moi, à tenir votre parole, à choisir le jour qui vous conviendra le mieux et à me mander celui que vous aurez choisi ; c'en sera un bien agréable que celui où je pourrai vous embrasser de tout mon cœur.
Paris, 19 juin 1760.
Vous envoyez ici mademoiselle Levasseur pour être instruit plus exactement de la triste aventure de Saint-Martin ; je reconnais bien à cela, monsieur, votre bon cœur et rintérct tendre que vous prenez à ce qui nous regarde. Je ne puis savoir encore ce qu'il m'en coûtera, mais ce n'est pas Targent que je regrette, ce qui m'afflige le pbis, c'est de trouver un fripon dans un homme sur la probité duquel je comptais beaucoup.
Mademoiselle Levasseur m'apprend que vous avez été assez incommodé, mais, en même temps, que vous êtes bien présentement, et j'espère que vous êtes en état d'accepter une proposition que j'ai à vous faire, ce serait de venir souper ici avec nous vendredi 27 de ce mois. Je serais enchanté de souper avec vous ce jour-là et d'y dîner le lendemain, car on ne peut se flatter de vous posséder plus longtemps ici. Mandezmoi, je vous prie, jeudi, si cette proposition vous convient, et j'attendrai avec grande impatience le plaisirde vous embrasser de tout mon cœur.
Paris, 31 juillet 1760.
Hélas, mon cher ami, comment ne regretterais-je pas tout ce dont vous me parlez; comment ne regretterais-je pas Emile, et le mentor que je connais, et la petite Sophie, quoique je ne la connaisse pas, puisque c'est vous qui l'avez formée? J'ai trouvé toute la ville et la province dans la plus parfaite tranquillité^ Je suis bien persuadé que si on l'avait
' Le maréchal de Luxemboarg avait élé envoyé à Rouen, au sujet de quelques mouvements du i»arlement qu'on voulait contenir.
su à la cour, on ne m'y aurait point envoyé ; mais je la connais cetle cour, et je suis persuadé qu'y étant une fois, on m'y retiendra sans nécessité plus longtemps que je ne voudrais. Je ne serais pas digne des sentiments que je veux que vous ayez pour moi, si je croyais qu'il fût nécessaire de vous renouveler l'assurance de ceux que j'ai pour vous.
23 août 1760.
Vous me faites des compliments sur ma santé, vous m'en demandez des nouvelles et vous ne me parlez point de la vôtre. Savçz-vous que cela n'est pas bien? Mais j'ai su par Chassot ^ qu'elle était bonne. Mon retour ici me ferait bien plus de plaisir si je retournais à Montmorency, mais je ne crois pas que cela se puisse. J'espère cependant vous voir et que vous viendrez ici, ou je partirai, toute affaire cessante^ pour aller vous voir. Je vous manderai le premier voyage que je ferai à Paris, et je serai charmé de vous embrasser, car vous n'avez pas d'amis plus fidèles que madame de Luxembourg et moi.
Versailles, t norembre 1760.
J'apprends dans le moment que vous avez été fort incommodé', monsieur. Je crois que je ne dois pas me fâcher contre vous de ne me l'avoir pas fait mander, parce que je me flatte
^ Le concierge de Thôtel da maréchal à Paris.
* Le marcclial avait appris cette indisposition de Rousseau par une lettre de ce dernier au cheralier de Lorenzi du 51 octobre précédent.
que vous avez été persuade de l'inquiétude que j'aurais eue de vous savoir malade et que vous avez voulu m'épargner ce chagrin, mais je ne pardonne pas à mademoiselle Levasseur de ne m'avoir rien fait dire. On m*a assuré qu'il n'y avait aucune inquiétude à avoir présentement, mais je prends mes mesures pour avoir tous les jours de vos nouvelles à Fontainebleau, où nous allons- demain. Madame de Luxembourg, qui est fort enrhumée, a été dans le même état que moi en apprenant votre maladie. Bonsoir, mon cher ami, je n'ai pas le temps de vous en dire davantage.
4 janvier 1761.
Vous ne vous plaindrez pas cette fois-ci de ce que je me crois obligé de vous faire réponse quand yous m'écrivez, puisque je n'ai point répondu à la lettre que vous m'avez écrite il y a deux mois ^ Quoique de quartier, j^aurais pu trouver le temps de m'entretenir avec vous, et il aurait été mieux employé qu'à la plupart des choses que j'ai faites, mais j'ai craint que cela ne vous empêchât de m'écrire.
Je m'impatientais de la lenteur de votre libraire* et de ne point voir paraître Julie^ mais je suis furieux contre lui si vos soupçons sont bien fondés, et si son avarice a fait prendre la roule de la mer à cette pauvre Julie^. J'ai cependant quelque espérance encore qu'elle n'est point en Angleterre ; mais ce qui me console, c'est le parti que vous avez pris de ne lui*
' Lettre inconnue.
' Rey, d'Amsterdam, à qui Rousseau avait cédé son roman.
^ La Nouvelle Hélotse s'imprimait en Hollande. Le retard que l'édition éprouva avant d'arriver a Paris avait l'ail concevoir à Rousseau des soupçons fort injustes contre son libraire.
* A Rey.
point donner votre Emile et de le confier à madame de Luxembourg comme elle vous l'avait demandé plusieurs fois ^ J*en reviens à Julie; depuis un mois on ne cesse d'en parler et tout le monde s'impatiente de ne la point voir arriver. La veille que je suis parti de Versailles, une grande dame de la cour me dit qu'elle en avait lu quelques lettres et qu'elle en était enchantée; elle n'en a que la première partie, je ne sais qui la lui a prêtée.
J'espère que la semaine prochaine nous pourrons, madame de Luxembourg et moi, faire une course légère pour aller vous voir. Je hais bien Thiver, puisqu'il me prive du plaisir de voir un ami que j'aime aussi tendrement. Je suis enchanté que Pâques soit de bonne heure, mais je n'y puis penser sans songer en même temps que l'intervalle en sera plus long jusqu'au mois de juillet.
Paris, 9 mai 1761.
Ne soyez point en peine de madame de Luxembourg ; elle se porte très-bien de sa chute, et en est quitte pour une forte meurtrissure au genou; mais je le l^uis et elle aussi de votre santé. Vous m'aviez promis de me mander quand vous «eriez malade, avec la promesse de ma part de ne vous point parler de médecins, et Dubettier m'a dit qu'il n'avait point été content de votre santé', que yous aviez pris du lait qui ne
' Ce fut en effet la maréchale de Luxembourg, à laquelle Rousseau avait remis son manuscrit, qui traita, pour la publication de V Emile, avec les libraires Duchesne et Néaulme. — Le livre devait être imprimé en Hollande, sous la direction de Néaulme. l\ ne fut payé que six mille francs.
* Les lettres de Rousseau font voir qu'il souffrait cruellement à cette époque d'une recrudescence de son mal.
vous avait pas réussi, et que vous l'aviez quitté. Je vous avoue que cela m*inquiète beaucoup d'avoir voulu vous mettre au lait, vous qui n'aimez point à changer votre vie ordinaire. Faites-moi donc donner de vos nouvelles, je vous le demande en grâce. Je ne serai point tranquille jusqu'à ce que je me retrouve avec vous, ce qui sera, à ce que j'espère, vers le 15 du mois prochain, et, jusqu à ce temps-là, je serai presque toujours à la cour. Puisque vos affaires vous retiennent, et que vous ne comptez faire votre voyage de Merlou que vers le 20 du mois prochain, j'espère que vous le retarderez jusqu'après le voyage de Montmorency, puisque nous y serons dans ce temps-là. Adieu, monsieur; tâchez de vous bien porter, travaillez moins, et ménagez-vous pour vos amis. Cela est un peu intéressé, car vous n'en avez pas de plus tendres i|ue madame de Luxembourg et moi.
Paris, 22 mai 1761.
Je vois que vous vous hâtez de me mander quand votre santé va mieux, et je crois que c'est une marque de votre amitié pour moi; mais on m'a dit hier que cela n'allait pas trop bien, et je crains que vous ne me parliez pas toujours sincèrement quand il est question de votre santé ; vous me raviez cependant promis. Je désire bien d'être à la moitié (lu mois prochain pour, en juger moi-même, et je hais bien les voyages de Saint-Hubert^ qui m'empêchent de vous aller voir ; ma tendre amitié doit vous le persuader.
• Avec le roi.
Saiot-Hubert, 18 juillet 1761.
Mon Dieu, que je vous plains 1 vous avez perdu le pauvre Turc \ vous avez été obligé de le faire tuer, et vous ne me mandez pas pourquoi*. Je ne pense pas comme vous, et je trouve vos regrets bien raisonnables. Je me porte bien, mais j'ai toujours Tâme bien affectée. Bonjour, mon cher ami.
Versailles, 25 juillet 1761.
Je ne suis pas mécontent de ce que vous me mandez de voire santé % mais je le suis de voir que vous ne vous occupez de rien, et je crains que la tristesse ne vous gagne et n'altère votre santé. Pour moi, je suis à peu près de même. Il me parait qu*ii y à un siècle que je suis ici, et toutes les nouvelles qui arrivent ne sont pas capables de me tirer de la mélancolie. Adieu, mon cher monsieur; je vous aime bien tendrement. '
Paria, 3 août 1761.
Jugez de mon chagrin de jie pouvoir donner la cure en question à la personne qui s'est adressée à vous; mais j'avais des engagements très-anciens, et vous n'aimeriez pas à me voir manquer de parole. Je suis venu ici cette nuit pour des affaires que j'aurai ce matin, et je repars cette aprèsmidi.
^ Le chien dont il a déjà été question.
* Lettre inconnue.
' Lettre inconnae. ^.. ..*
AlA LETTRES DU MARÉCHAL DE LUXEMBOURG
Votre état est toujours le même ; mais qu'est-ce que cela veut dire? J'aimerais mieux que vous me mandassiez : Je suis assez content de mon état. Adieu, mon cher ami ; je vous embrasse de tout mon cœur.
Versailles, 12 septembre 1761.
Quoique vous m'ayez défendu de vous écrire pendant mon quartier, je ne saurais me dispenser de vous dire que madame de Boufflers et le chevalier^ sont ici, qu'ils m'ont ditvous avoir vu mardi; que votre santé était toujours dans le même état, mais que l'impression de votre livre' vous tourmentait. Madame de Luxembourg ira lundi à Paris ; elle enverra chercher votre homme' pour savoir pourquoi il vous fait tant languir, et nous vous le manderons ensuite. Adieu, mon cher ami ; je vous embrasse de tout mon cœur.
Paris, a janvier 1762.
J'ai reçu hier, mon cher ami, votre lettre du 7 *, dont je ne suis pas content; j'y vois que vous ne Têtes pas de votre santé, et c'est ce qui m'occupe le plus. Ne voudriez-vous point revoir le frère Côme?. C'est un bon homme dont vous avez été content, et il n'y aurait rien de si aisé que de
^ Le chevalier de Lorenzi, attaché au prince de Gonti.
« UÉmile,
' Duchesne.
* Lettre inconnue.
le faire aller à Montmorency, ce serait une consolation pour moi. Je suis enchanté quand je vois le soleil; il me semble qu*il annonce la proximité de Pâques, et je meurs d'envie d y être. Votre tranquillité sur le sort de votre livre me fait grand plaisir, et je vous assure que madame de Luxembourg a oublié toutes vos inquiétudes à ce sujet; elle me charge de vous le mander et de vous embrasser, ce que je fais aussi pour moi du meilleur de mon cœur.
Paris, le 18 février 17G2.
Depuis quinze jours, je suis absent de Paris : j'ai été à Marly, à Villeroy, et, pendant mes courses, 'j'ai reçu votre lettre *, par laquelle je vois que votre tête est remise des inquiétudes que vous avez eues au sujet de votre livre ; mais je ne suis pas content de ce que vous me mandez de votre santé. Je sais bien que vous êtes persuadé que vous avez apporté en naissant la cause de votre mal ; mais vous avez été des temps, et même longs, sans vous ^n ressentir, et voilà l'état où je voudrais vous voir. Je vous assure que je désire bien ardemment d'en pouvoir juger moi-même. Mais il y a encore six semaines à passer, et je les trouverai bien longues. Je vous cherche un chien, pour remplacer ce pauvre Turc, qui n'ait que quatre ou cinq mois; c'est comme cela que vous le voulez. On m'en a amené plusieurs, mais ils sont trop jolis, et vous ne le voulez pas tel, à ce que m'a dit madame de Luxembourg, qui, je vous assure, ne s'endort point sur les affaires qui concernent votre livre; elle me charge de vous dire cent mille choses. Adien, mon cher ami ; je vous embrasse de tout mon cœur.
^ Lettre inconnae.
Parii, 28 man 1762.
Je ne vous ai pas matidc plus tôt de mes nouvelles, mon cher ami , mais vous ne deviez pas en être en peine ^; mon silence devait vous assurer que je me portais bien. Je ne vous ai pas écrit depuis longtemps, parce que je n'ai fait qu'aller et venir depuis plus d un mois; mais je ne m'en suis pas moins occupe du plaisir de vous voir. Ce sera donc jeudi que je voudrais vous trouver dans l'état que je désire. Bonjour, mon cher ami ; je vous embrasse de tout mon cœur.
Paris, 4 avril 1762.
Je me souviens très-bien que vous m'aviez dit que vous me feriez adresser un paquet par la poste, mais j'ai toujours cru que c'était pour vous l'envoyer. Je vous remercie du présent'; je ne le ferai relier que dans le temps que vous me marquez ; ce serait bien dommage qu'il fût gâté. Comment Vous étes-vous donc fait mal au doigt? Je suis très-aise qu'il n'ait pas eu plus de suite que mon mal au pied', dont je ne me suis plus ressenti. Madame de Luxembourg est un peu enrhumée du cerveau, et je me porte bien. Nous comptons aller, à la fin de la semaine prochaine, passer quelques jours à Yilleroy. Adieu, mon cher ami; je vous embrasse de tout mon cœur en attendant le plaisir de vous voir.
^ Voyez la lettre de Rousseau à la maréchale de Luxembourg du 25 mars 1762, dans laquelle il se montre inquiet de la santé du maréchal.
' Un exemplaire du Contrai social qui venait de paraître, et que Rousseau envoyait au maréchal de Luxembourg.
^ Ce mal au pied n'était autre chose que la goutte, et finit par causer la mort du maréchal.
Paris, n mai 1762.
Je réponds aujourd'hui aux bibliothécaires de Genève sur le ton que vous désirez, puisque vous le voulez absolument. Je ne savais point si les feuilles que j'avais reçues sans lettres étaient pressées; c'est pourquoi je vous les ai envoyées aussitôt que je les ai reçues. Nous attendons ce matin, avec la plus grande impatience, Duchesne, qui doit nous apporter Y Éducation \ C'est avec un grand plaisir que je consens que madame de Yerdelin' ait une clef de mon jardin.
Bonjour, mon cher ami; je ne saurais vous exprimer tout le plaisir que je me fais de vous embrasser de mardi en huit. M. Duchesne arrive et m'apporte un exemplaire relié magnifiquement.
Montmorency, 23 juin 1762.
Me voilà bien tranquille, mon cher ami, de vous savoir arrivé en bonne santé à Yverdun'; j'en avais besoin, car j'étais inquiet de vôtre marche. J'avais reçu votre billet de DôIe du 12*. Je ne savais pas par quel hasard vous aviez passé par là; mais j'étais étonné de ne point recevoir de vos nouvelles de Suisse, dont vous étiez si près, étant le 12 à Dôle. Enfin, hier au soir, j'ai reçu avec la plus grande satisfaction vos deux
*■ VÉmlCf ({ui fut mis en vente peu de jours après.
* Madame de Verdelin habitait à Soisy, auprès de Montmorency.
^ Rousseau avait quitté précipitamment Montmorency, le 9 juin précédent, à ia suite du décret de prise de corps lancé contre lui par le parlement de Paris.
* Billet inconnu.
lettres du 16 et du 17 ^ Vous savez que les huissiers arrivèrent chez vous une heure après que vous fûtes parti d*ici ; vous devez les avoir rencontrés en chemin'. Ils ne firent point mettre de scellés ni de gardien à vos meubles. Ainsi ils sont hbres et entre les mains de mademoiselle Levasseur. Depuis ce temps-là, le parlement n'a rien fait sur voire affaire. Je ne sais ce qui en arrivera ; mais il y a aujourd'hui quinze jours de cela. Nous avons l'œil au guet, et vous ne sauriez croire tous les mouvements que s'est donnés l'homme' pour qui vous avez envoyé hier une lettre, et les marques d'amitié qu'il vous a données dans cette occasion. Vous pouvez faire tous vos arrangements pour avoir mademoiselle Levasseur avec vous. Je puis vous assurer qu'on ne lui a rien inspiré, et que, depuis le moment de voire départ, elle n'aspire qu'à celui de vous rejoindre. Je vous envoie une lettre d'elle et plusieurs qu'elle a reçues pour vous depuis votre départ, et qu'elle m'a données à garder. Aussitôt que mademoiselle Levasseur aura arrangé la malle que vous lui demandez, je la ferai passer à M. de Rougemont pour vous l'envoyer à l'adresse de M. Daniel Roguin. Il en sera de même des autres effets que mademoiselle Levasseur ne voudra pas, et, quand tout cela sera fini, elle n'aura rien de si pressé que d*aller vous rejoindre. Il y a eu différents propos sur l'endroit où vous étiez. Les uns disaient que vous étiez ici, d'autres à l'Ue-Adam ou au Temple. On a même mande de Genève que vous y étiez arrivé, mais personne n'a su que vous étiez allé en Suisse, et nous pensons qu'il est utile présentement qu'on le cache. Je vous ai parlé d'abord de toutes vos affaires sans vous rien
^ Voyez dans la Correspandattce les lettres au maréchal de Luxembourg du 16 et du 17 juin 1762.
* Rousseau les rencontra en effet dans un carrosse de remise entre La Borre et Montmorency.
' Lo prince de Gonti.
dire des sentiments de. mon cœur; il est bien affligé d'être aussi éloigné devons; mais c'est une consolation d'être sûr que vous penserez à moi, et j'aurai un plaisir infini d'être ici votre correspondant, et de vous faire passer, par la voie de M. de Rougemont, les effets dont vous aurez besoin, et les cartons et paquets de papiers numérotés que vous m'avez laissés, et qui sont sous ma clef. Adieu, mon cher ami ; donnez-moi bientôt de vos nouvelles.
Montmorency, 29 juin 1762.
Vous devez avoir reçu présentement, mon cher ami, les deux exemplaires que vous m'avez demandés par votre lettre du 19 juin ^ Vous ne sauriez vous adresser trop souvent à moi, et vous ne pouvez me faire de plus grand plaisir. Je vous envoie un paquet de lettres que mademoiselle Levasseur m'a remis hier. La valise que vous avez demandée sera remise demain à M. de Rougemont, avec un billet de moi pour vous la faire tenir. Mademoiselle Levasseur a grande impatience de vous aller rejoindre; elle s*est défait déjà d'une grande partie de vos effets. Vous n'avez pas mandé si vous vouUez qu'on vous gardât quelques-uns de vos livres pour vous les faire tenir. Je quitte avec peine un lieu où j'ai passé avec vous des moments que je regrette; mais il faut partir pour aller à Versailles servir ces deux mois-ci. Quand je ne serai point à Paris, madame de Luxembourg fera les commissions que vous me donnerez comme si j'y étais, tant pour vous faire tenir ce que vous demanderez des papiers que vous m'avez laissés que des autres choses dont vous pouvez avoir besoin. Vous avez beau dire, je ne pardonnerai jamais aux Ge-
* Lettre inconnue. l\ est ici question de deux exemplaires de P Emile.
nevois ce qu'ils ont fait au sujet de ¥Otre livre ^ Adieu, mon cher ami; portez-vous bien, et songez un peu à quelqu'un qui ne vous oubliera de sa vie.
Madame de Luxembourg me charge de vous mander les choses lëls plus tendres de sa part. Nous nous portons bien l'un et Tautre. Il n'y a rien de nouveau ici sur vos affaires, et toutes les apparences sont qu'il n'en sera plus question*
xxxin
Paris, 7 juillet 1762.
J'ai reçu avant-hier, mon cher ami, votre lettre du 29 '. *J'ai remis sur-le-champ la lettre à mademoiselle Levasseur. Je ne conçois pas comment vou^ n'aviez pas encore de mes nouvelles. Je vous ai écrit aussitôt que j'ai reçu votre première lettre d'Yverdun, et depuis je vous ai encore écrit. Je vous annonce que je ne reviens pas de ce qui s'est passé à Genève, quoique j'en devine Tauteur; mais je ne pardonne pas aux magistrats leur faiblesse. Je suis bien fâché de ce que vous me mandez de votre santé. Mademoiselle liCvasseur part après-demain pour vous aller joindre. Pour moi, je pars tout à l'heure pour Versailles jusqu'à la Saint-Louis, dont je suis fort affligé. Donnez-moi quelquefois de vos nouvelles» Madame de Luxembourg me charge de cent mille choses pour vous. Adieu, mon cher ami ; je vous embrasse de tout mon cœur.
' On venait de faire brûler FÉmile à Genève le 19 juin précédent. * Lettre de Rousseau du 29 juin 1762.
Saint-Hubert, 16 juillet 1762.
Je vais être quelque temps, mon cher ami, à vous écrire peu et rarement, étant de service jusqu^à la Saint-Louis et n'ayant que des instants à moi. C'est pourquoi madame de Luxembourg s'est chargée de vous envoyer ce qui s'est passe au parlement au sujet de votre affaire. Je compte que vous devez avoir mademoiselle Levasseur; elle est partie il y a aujourd'hui huit jours. Vous ne me parlez point de votre dernière lettre ^, et plus je suis éloigné de vous, plus j'en suis inquiet. Bonjour, mon cher ami ; vous n^en avez pas de plus tendre et de plus fidèle.
Saint-Hubert, 25 juillet 1762.
Je compte, mon cher ami, que vous avez reçu des nouvelles de madame de Luxembourg, et qu'elle^- vous aura écrit depuis que je ne l'ai vue. Nous sommes toujours en mouvement, et à peine ai-je le temps de vous écrire un mot. Je vous envoie un imprimé de l'arrêt du parlement rendu contre vous ; un de mes amis a mis des notes dont vous pourrez peut-être faire usage. Je compte que, quand vous aurez eu le temps de vous reconnaître dans votre nouvelle habitation * avec mademoiselle Levasseur, qui doit être présentement avec vous, vous m'en ferez la description. J'espère que
* Du 29 juin précédent.
* Rousseau venait de s'installer à Motiers.
les malheureux qui vous tourmentent vous y laisseront tranquille. Adieu, mon cher ami ; plutôt mourir que de vous oublier.
Taris, 4 septembre 1762.
Je ne saurais vous exprimer, mon cher ami, le plaisir que j'ai eu hier en recevant votre lettre du 25 août*. J'étais bien en peine d'être si longtemps sans recevoir de vos nouvelles. Vous ne me parlez point de votre santé; je voudrais bien que vous m'en disiez un mot. Je suis charmé que vous soyez dans un lieu où vous puissiez passer votre hiver tranquillement et à labri de l'injustice des hommes que vous avez trop éprouvée jusqu'à présent. Vous ne me parlez point de mademoiselle Levasseur. Je voudrais aussi que vous me fissiez la description de votre demeure; je m'imaginerais quelquefois vous y voir, et cette idée me satisferait un instant. Je n'irai de longtemps à Montmorency, et je n'ai plus d'empressement de m'y retrouver ; j'y ai essuyé trop de chagrin à mon dernier voyage. J'ai arrangé tous vos papiers avec La Roche, et il est en état de vous envoyer tous ceux dont vous aurez besoin *. Vous ferez bien de vous occuper cet hiver quand votre santé vous le permettra. Vous savez qu'il y a un an que vous me donnâtes quinze cents francs à placer pour un an, ce qui fait que j'ai actuellement à vous quinze cent soixante-quinze francs. Mandez-moi si vous voulez que je vous fasse tenir cet argent, ou si vous voulez que je le place de même encore pour une année.
* Lettre inconnue;
* Au moment de quitter Montmorency, Rousseau Avait charge le maréchal de Luxembourg de faire un choix de ses papiers ^u'on avait transportés a la hâte au château pour les mettre à l'abri des perquisitions. On garda les lettres les plus importantes, qui servirent ensuite à écrire les CoûfamtOM^ et on brûla le reste. Ces lettres sont en grande partie celles qui forment ce recueil.
Je ne me souviens pas si la lettre que vous me marquez avoir été perdue demandait quelque réponse ; mais je suis charmé que celle oiî je vous envoyais Varrêt du parlement ne Tait point été, et que vous soyez content des notes^ Elles sont d'un homme qui ne vous connaît pas personnellement, mais qui n'aime point les injustices. Je vous assure que celles que les Tronchins et Voltaire vous ont fait essuyer ne leur font point honneur. Je n'ai point entendu parler de ce Sermon des Cinquante*. Je suis revenu ici depuis trois jours; j'y pas* serai le reste du mois, et au 1^' octobre il faudra recommencer. Nous parlons de vous tous les jours, madame de Luxembourg et moi, et de qui pouvons-nous parler que nous aimions plus tendrement?
Versailles, 21 septembre 1762.
Ne soyez pas en peine de vos lettres, mon cher ami; je les ai toutes reçues, jusqu'à celle du 18 septembre'; mais je m'afflige de n'en avoir pas reçu depuis. Je vois arriver la fin de mon quartier^ avec plaisir ; je n'ai pas beaucoup de temps à moi depuis trois mois. Madame de Luxembourg se porte bien, ainsi que moi, et nous songeons toujours à vous, mais bien tristement, d'imaginer que nous irons à Pâques à Montmorency et que nous ne vous y verrons point. Quand je serai sorti de quartier, je vous entretiendrai plus au long de ma tendre amitié.
^ Voyez la lettre du 25 juillet précédent.
2 De Voltaire.
^ Lettre inconnue.
* Gomme capitaine des gardes du corps.
Fontainebleau, 7 novembre 1762.
Il y a bien longtemps que je ne vous ai écrit, mon cher ami ; mais vous savez que, quand je suis de quartier, je n'ai pas un moment à moi. Cela est encore plus fort cette année, mais ma santé soutient fort bien cette fatigue, et je m'en porte mieux. Par votre dernière lettre, vous m'en annonciez une autre que je n'ai point reçue, et je voudrais bien que vous me Gssiez quelques détails de votre santé et de votre situation. L'inquiétude augmente en proportion de Téloigncment, mais il ne fera jamais rien sur ma tendre amitié pour vous.
Paris, 17 février 1763.
Ne soyez point en peine de vos deux lettres % mon cher ami; je les ai reçues à temps, et elles m'ont fait un plaisir infmi. Je les ai montrées à quelques amis communs qui en ont été enchantés. J'ai des torts avec vous, mais assurément le cœur n'y a point de part. Il y a bien longtemps que je ne vous ai écrit; mais, depuis la fin de mon quartier, j'ai été assez misérable ; j'ai eu, à différentes reprises, plusieurs petites incommodités et des inquiétudes. Il y a quelques jours que, le soir, nous apprîmes que le duc de Yilleroy * était tombé en paralysie, et nous fûmes tout de suite à Yilleroy. Étant à la chasse, à deux lieues de chez lui, il fut tout d'un coup attaqué d'une paralysie sur toute la partie gauche du corps et perdit la parole; on le mit dans son carrosse, et, en arrivant chez lui, il fui saigné au pied et prit l'émétique. Au bout de
* Les deux longues lettres du 20 et du 28 janvier 1763, qui contiennent la description du Val de Travers '
* Le frère de madame de Luxembourg.
deux jours, la parole lui est assez bien retenue et un peu de mouvement dans la partie attaquée. Il est mieux présentement; mais, vu Tétat de dépérissement où il était auparavant, je crains bien, s'il en revient, qu'il n'aille pas loin. J'y ai laissé madame de Luxembourg, qui a voulu que j'en revinsse avant-hier au soir, parce que j'avais eu la fièvre pendant la nuit ; elle a eu peur que cela n'eût des suites, mais ce ne sera rien. Si M. de Villeroy ne veut pas être transporté à Paris, comme on le désire, j'irai le retrouver.
Je suis inquiet de ce que vous me mandez qu'il règne des maladies épidémiques dans le pays que vous habitez ; tâchez de vous en garantir jusqu'au beau temps, ainsi que mademoiselle Levasseur, à qui je vous prie de dire mille choses de ma part. Adieu, mon cher ami; soyez persuadé que vous n'en avez pas de plus fidèle.
Paris, 4 mars 1765.
Je n'ai reçu qu'hier, en arrivant de Villeroy, votre lettre du 20 février ^ Je suis au désespoir de l'inquiétude où vous êtes, et je ne comprends pas pourquoi vous n'avez pas reçu la lettre ' que je vous ai écrite par laquelle je vous accusais la réception de ces deux lettres'* qui vous tourmentent. J'ai reçu toutes les lettres que vous me rappelez, et celle qui était pour La Roche, à qui je l'ai remise. Je ne serai tranquille que quand vous me manderez que vous n'êtes plus en peine sur le sort de vos lettres, car je vois que vous en êtes bien tourmenté, dont je suis très-affligé. Je vous adresse cependant
* Lettre inconnue.
* La lettre précédente.
' Les deux lettres de Rousseau du 20 et du 28 janvier.
cette lettre directement, comme vous me le mandez, en cas que j'aie reçu les deux lettres en question.
Nous sommes presque tout à Yilleroy, madame de Luxembourg et moi. Le duc de Yilleroy est toujours à peu près dans le même état. Je vois arriver avec plaisir le beau temps; je le désire à cause de votre santé, dont vous ne voulez pas me mander de nouvelles. L'absence n'a pas diminué Tintérct que j*y prends, et a augmenté, s'il est possible, mon cher ami, ma tendre amitié pour vous.
Paris, 18 avril 1763.
Je n'ai point reçu, mon cher ami, les deux exemplaires de votre Lettre à M. l'archevêque de Paris, que vous me marquez par votre lettre du 10 *, et qui devraient m'être parvenus par le libraire Rey. J'en suis bien fâché, car je n'ai point entendu parler de cette Le^^r^, et je serais bien curieux de la voir si vous pouvez me la faire parvenir, comme vous me le faites espérer.
J'ai été passer la semaine sainte à Montmorency ; que je l'ai trouvé changé! Il a perdu pour moi tous ses agréments. Je ne regardais plus en rentrant s'il y avait des traces de voitures dans la cour ; la promenade m'ennuyait, et les matinées étaient bien longues.
Madame de Luxembourg est incommodée depuis quelque temps d'un rhume. Cela ne l'empêche pas d'aller à Yilleroy voir son frère, qui est toujours dans un grand abattement, dont il aura, je crois, bien de la peine à se tirer.
Madame la comtesse de BouflQers est partie hier pour TAn-
* Lettre inconnue.
gleterre, où elle restera deux mois. Je joins ici une lettre que le chevalier de Lorenzi m'a envoyée pour vous.
Vous ne me parlez point de votre santé ; dites-m'en, je vous prie, quelque chose dans la première lettre que vous m'écrirez. Bonjour, mon cher ami ; soyez persuadé que vous n'en avez pas de plus tendre et de plus fidèle.
Paris. 25 avril 1763.
Je reçois dans le moment votre lettre du 23 *, et je m'empresse d'y répondre pour vous tirer de l'inquiétude où je vois que vous êtes, laquelle est, je crois, bien mal fondée. Il n'y a nulle vraisemblance aux inquiétudes que Ton veut vous donner, et je crois que je pourrais vous en répondre; mais^ dans quatre ou cinq jours, j'en aurai la certitude, et je vous le manderai sur-le-champ.
En attendant, soyez tranquille, et ne vous inquiétez point de bruits que vos ennemis font sûrement courir uniquement pour vous tourmenter. Madame de Luxembourg, à qui je viens de montrer votre lettre, pense comme moi. Adieu, mon cher ami.
Marly. 17 mai 1763.
Je-commence par vous dire que je puis vous répondre positivement de ce matin, et vous tranquilliser sur l'inquiétude que vous aviez au sujet de l'ofGcier hongrois. Il n'est point
* Voyez, dans la Correspondance, cette lettre de Rousseau du 23 avril 1763. Il y demande au maréchal des renseignements sur un gentilhomme hongrois, son voisin, que des malveillants voulaient faire passer pour un espion au service de la France.
question du tout des bruits que Ton a fait parvenir jusqu'à vous que c'était un espion que Ton avait mis auprès de vous; c'est sûrement une noirceur de vos ennemis pour vous tourmonter; mais soyez tranquille, je puis vous assurer avec certitude que Ton ne songe point dans ce moment-ci à vous faire aucune peine.
Enfin la Lettre à Tarchevêque que vous m'avez envoyée, je l'ai reçue hier, et ce matin la lettre par laquelle vous me l'annonciez. Je suis fâché de ce que vous me mandez de votre santé. Je désire fort que le remède qu'on vous a envoyé vous donne du soulagement. Vous comptez aller vous rétablir au haut de la montagne. Apparemment que l'adresse pour vos lettres sera la même, puisque vous ne m'en mandez rien. Je suis fâché du départ de milord Maréchal* ; qui aurez-vOus à sa place? J'ai vu ce matin ici M. Carrion*. Nous avons bien parlé de vous. II m'a chargé de vous dire bien des choses pour lui, et m'a dit qu'il me donnerait ces jours-ci une lettre pour vous. Vous devez en avoir reçu une de madame de Luxembourg, qui vous embrasse de tout son cœur. Adieu, mon cher ami ; je vous aime avec toute la tendresse possible.
Paris. 4 juillet 1765.
Il y a mille ans que je ne vous ai écrit, mon cher ami ; mais, depuis^ six semaines,. le roi a si fort voyagé, que je n'ai pas eu un seul instant à moi, surtout depuis quinze jours que j'ai passés à faire exercer ma compagnie pour la revue du roi
* Rappelé à Berlin par le roi de Prusse.
' Garrion, ancien secrétaire de l^mbassade d'Espagne a Venise, qui avait onnu Rousseau dans celle ville, et qui le revit ensuite à Montmorency.
que nous avons passée jeudi dernier. Il va demain à Compiègne; j*irai dimanche, et n'irai à Montmorency que vers le 20. Je ne me sens pas cette année le même empressement d'y aller; vous devinez bien pourquoi, et, quand j'arriverai à La Barre, je me sentirai le cœur serré \ Quelle différence je trouverai dans mes promenades! et en rentrant je ne serai point occupé de remarquer s'il n'y a point de traces de voi* tures dans la cour. Enfin je trouve que c'est un lieu bien dit* feront de ce qu'il était. Vous ne m'aviez point parlé de votre voyage d'Ecosse avec milord Maréchal, et je ne l'apprends que par votre lettre du 26 juin % par laquelle vous me marquez qu'il n'est pas bien sûr que milord Maréchal y aille. Eclaircissez-moi, je vous prie, sur vos projets; car, dans une lettre précédente, vous me marquiez que vous vous faisiez accommoder une habitation dans la montagne. Que je sache du moins, puisque j'ai le malheur de ne vous point voir, le lieu que vous habitez, et que je me représente, s'il est possible, la situation où vous vous trouvez dans chaque instant de la journée. J'ai soupe hier avec M. le prince de Conli; nous avons bien parlé de vous avec lui, madame de Luxem* bourg et moi. Madame de Boufflers est encore en Angleterre; elle en reviendra à la fin du mois. Bonjour, mon cher ami; songez quelquefois à moi, et soyez persuadé que l'absence ne diminue pas l'occupation où je suis de vous.
Paris, 9 septembre 1763.
J'ai été bien longtemps, mon cher ami, à répondre à votre
^ Allusion à l'habitude que Rousseau avait prise» quand il habitait Montmorency, d'aller au-devant du maréchal jusqu'à La Barre, lorsque celui-ci revenait de Paris.
* Lettre inconnue.
dernière lettre*, que j'ai reçue en partant de Montmorency. Depuis ce temps-là, j'ai suivi le roi à tous ses voyages, qui ont été plus fréquents cette année que jamais. Je vais encore demain à Choisy jusqu'au 18, et je me reposerai jusqu'à l'entrée de mon quartier. Ma santé est assez bonne; madame de Luxembourg n'est pas tout à fait de même ; elle a eu une toux depuis six semaines qui l'a fort incommodée, mais, depuis quinze jours, elle prend du lait d'ânesse qui lui a fait beaucoup de bien, car elle ne tousse presque plus. J'espère qu'avec une médecine qu'elle prendra, elle en sera quitte absolument. Quoique le voyage que vous aviez projeté de faire avec milord Maréchal' vous eût encore plus éloigné de nous, je suis fâché qu'il n'ait pas eu lieu, puisque vous ne me laissez pas l'espérance de revivre avec vous. Je voudrais bien que vous pussiez passer l'hiver tranquillement et être en état d'aller au printemps rejoindre milord Maréchal, et je ne désespérerais pas de vous voir en passant. Je connais votre façon de penser, et je ne vous proposerais pas de vous cacher ; mais vous n'aimez pas assez le grand monde pour aller dans les lieux publics. Enfm je ne désespère pas de quelque chose qui serait une grande consolation pour moi. Je ne sais point pourquoi vous vous inquiétez de l'argent des commissions que vous avez données à La Roche. Vous savez que vous m'avez remis de l'argent, il y a deux ans, dans ce temps-ci. Il faut même que vous me mandiez quelle destination vous en voulez faire. Adieu, mon cher ami ; l'absence ne peut altérer mes sentiments pour vous.
Mille choses pour moi, je vous prie, à mademoiselle Levasseur.
< Lettre inconnne.
^ En Ecosse.
Versailles, 12 septembre 1763.
Je suis dans mon tort, mon cher ami ; mais mon cœur n y a aucune part. Je me souviens bien de notre convention de la feuille de papier blanc *. J'ai toujours voulu vous écrire un mot : vous savez combien j'ai peu de temps à moi pendant mon quartier. Le voyage de Fontainebleau m'en a laissé moins que jamais ; c'est ce qui m'a empêché de vous écrire. Je prendrai ma revanche quand le 1"^ janvier sera passé. Je suis bien fâché de ce que vous me mandez de votre santé, surtout à l'entrée de Thiver. Madame de Luxembourg et moi nous portons fort bien, et nous vous embrassons l'un et l'autre de tout notre cœur *.
^ Cette convention consistait à envoyer à Rousseau une feuille de papier blanc quand le maréchal n'avait pas le temps de lui écrire. Cette feuille, on se le rappelle, signitiait qu'il se portait bien.
* Ici finissent les lettres du maréchal de Luxembourg, qui mourut dans le courant du mois de mai suivant d'un accès de goutte remontée. Rousseau lui avait adressé une dernière lettre, le 21 avril 1764, pour s'informer de sa santé.