‹ J. J. Rousseau, ses amis et ses ennemisChapitre 5 sur 50 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

quent et généreux malade, elle s*expliquera les bizarreries trop réelles, les irrégularités excusables, les apparents désordres de son existence.

Je reviens sur le mot pièces justificatives que j'employais tout à l'heure. A ce point de vue, en effet, les deux volumes publiés par M. Georges Streckeisen sont indispensables et seront précieux à consulter pour les esprits studieux et sévères qui agitent en eux-mêmes, depuis longtemps, le problème très-délicat et très-grave de la plus ou moins grande véracité des Confessions^ ainsi que du degré de confiance qu'il convient de leur accorder. Pour moi, je dois l'avouer, j'ai passé à ce sujet par des dispositions fort différentes et même contradictoires. J'ai commencé par croire presque aveuglément aux Confessions; puis, réagissant contre l'entraînement, l'attendrissement, la sympathie, je me suis posé les objections qu'infailliblement elles soulèvent. Je me suis dit que, visiblement, Rousseau exagérait, que les gens qui vivaient autour de lui ne pouvaient tous être des fourbes, des méchants, des coquins, des monstres ; que son caractère soupçonneux et irritable, en le privant de la douceur des relations sociales, l'avait exposé aux dangers de la séquestration volontaire et jeté dans l'excès de la misanthropie; qu'enfin sa vive et fiévreuse imagination, ne résistant point aux suggestions d'une humeur inquiète et à Texaltation qu'amène avec soi la solitude, avait conçu celte idée folle d'un complot général tramé contre lui, sur laquelle il api nie avec tant d'insistance dans ses derniers écrits, et

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qui, à partir de son séjour en Angleterre, ne le quitta plus.

Quant à mon opinion actuelle, comme elle s'est formée lentement, graduellement, par une série d'études, d'inductions, de réflexions, de transactions intérieures, je ne puis la résumer aussi brièvement; el, pour la rendre sensible et claire à tous, autant que pour la justifier, j'entrerai dans quelques développements sur les informations et les lumières que neus fournit la présente publication, à propos de certains épisodes de la biographie de Rousseau demeurés obscurs ou sujets à doute et à contestation.

Parmi ces épisodes, il en est uA que nous ne saurions négliger, qui réclame impérieusement notre sollicitude, d'abord parce qu'il forme le premier anneau de cette longue chaîne de tribulations, de tracasseries, de terreurs tantôt imaginaires, tantôt fondées, que Rousseau nomme avec assez de raison ses malheurs, et puis, parce qu'il nous permet d'apprécier à son origine, en germe, en raccourci, les causes très-réelles d'inquiétude et de douleur qui gâtèrent le repos d'une existence iimocente au fond, et troublèrent dans son cours l'action salutaire d'un génie profondément humain. Je veux parler du séjour de Rousseau à l'Ermitage, de' sQs relations et de sa brouille avec madame d'Êpinay.

Dans ses circonstances marquantes,, cette histoire est tellement familière aux lecteurs français et même européens, que j'ai à peine besoin de la rappeler à leur mémoire. Tout le monde sait qu'en 1756 madame d'Épinay, alors étroitement liée avec notre philosophe, l'engagea vivement à venir occuper une modeste habitation dépendante de son château de la Chevrette et située à l'entrée de la forêt de Montmorency ; on

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