LETTRES DE LA DUCHESSE DE MONTMORENCY
de la flatterie, et que tout ce que je vous dis n'est dicté que par un cœur rempli d'admiration et d'amitié pour vous, mour sieur. Je suis très-parfaitement votre très-humble et trèsobéissante servante.
Paris, 20 mars 1
Pour répondre à votre lettre \ monsieur, il me faudrait emprunter de l'esprit, car vous savez que je n'en ai guère, et encore n'aurait-il pas ces grâces qui font reconnaître votre agréable style et que vous employez jusque dans les moindres petites choses. Je m'en tiendrai donc à moi-même, sachant que le naturel vous plait'plus que tout, et je n'ai besoin de personne pour être interprète de mes sentiments pour vous. Si vous êtes malheureux, vous n'êtes pas le seul, car ne le sommes-nous pas tous d'avoir perdu une société aussi charmante que la vôtre. Si vous n'avez point encore entendu parler de moi, monsieur, c'est par discrétion ; je n'en ai pas moins pris une part bien vive à tout ce qui vous est arrivé. J'ai entendu lire une description de votre séjour, qui était digne d'envie * parce que vous habitez cet endroit, et que vous embellissez tout par vos descriptions. Elle m'aurait paru encore plus agréable si c'eût été dans les environs de Montmorency ou à Montmorency même , car voilà le temps où tous nos regrets vont se renouveler, Ton va y être privé du plaisir de vous y posséder. Permettez-moi de me plaindre de vous, monsieur; votre lettre est remphe de galanterie, mais vous ne me rendez point justice sur l'intérêt que je
* Lettre inconnue.
'^ Les deux longues lettres au maréchal de Luxembourg qui contiennent la description da Val de Travers (28 janvier et 20 février 1763).
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prends à votre santé, car vous ne m*en dites rien. J^avais trouvé l'occasion de celle couvertur.c trop peu de chose pour troubler votre solitude par une de mes lettres; j'ai été ravie d'en recevoir une de vous. Il est bien sûr que celle couverture lie méritait pas un si joli remerciment. Madame de Luxembourg en a fait une partie; j'espère qu'elle vous parviendra, et je crois qu'ayant de son ouvrage elle vous sera d'un bien plus grand prix. Tout mon regret à ce sujet était lu pensée que vous me croyiez capable de vous avoir oublié ; je vous assure que je parle souvent de vous. Il y a un M. Loyseau dont je me suis ressouvenue que vous m'aviez parlé, et nous nous sommes fort entretenus de vous, monsieur. Il vient de faire un Mémoire pour les Calas que Ton dit trèsbeau. Il prend le parti de ces malheureux; mais comme les moindres choses sont des fautes, cela lui a fait faire une réprimande un peu forte ; je ne vous en dirai pas la raison, ne la sachant pas bien. Mais je m'oublie avec vous, monsieur, et j'oublie aussi ma peur pour les gens d'esprit, car je me laisse aller à déraisonner avec vous, mais vous inspirez la confiance et tous les sentiments les plus tendres et les plus sincères.