Lanqua maternelle
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moisson se fait ainsi peu à peu, et on acquiert insensiblement la conviction que le sol est inépuisable ; cela rend modeste et attentif à ce que disent les autres (1). »
La répétition, ainsi pratiquée, a toujours été la méthode des bons esprits. Elle n'est, appliquée à l'instruction, et même à l'éducation, que la traduction et la généralisation du nonmulta^ sed multum des anciens, et de Ven y pensant toujours de Newton. Comment ce procédé si utile aux intelligences supérieures, et qui a dû contribuer à les rendre supérieures, ne serait-il pas nécessaire à tout le monde? Cette nécessité de revoir pour bien voir, de vérifier ce qu'on a vu, de s'en servir comme de marche-pied pour s'élever à de nouvelles conquêtes, a été fort sincèrement constatée par L. Ramond, le savant et sympathique observateur de nos Pyrénées. « Je ne sais, dit-il modestement, comment font ceux qui du même coup d'œil aperçoivent, saisissent et jugent. Ce qui frappe mes regards pour la première fois, est rarement vu en même temps des yeux de l'esprit. Je n'emporte avec moi que des sensations et des images. Leur multiplicité m'accable, et je' ne les démêle qu'à force de temps et loin des objets qui les ont excitées. Alors naissent des doutes inspirés et le besoin de consulter la nature sur cent questions nouvelles qui prennent la place d'une question résolue. Mon voyage au Mont-Perdu n'était point une course imprévue que le hasard eût dirigée. J'étais là, précisément là, muni d'une longue suite d'observations dont il devait me fournir le complément ; et cependant, lorsque je repassais mes résultats, je reconnaissais que je n'avais bien vu que ce que je m'étais préparé à voir. 11 s'agissait de vérifier la nature de ses roches : elle était véri-
i. Lanque maternelle^ p. 123.