BIOGRAPHIE DE JAGOTOT — SES OUVRAGES
Jacolot (Joseph), naquit à Dijon le 4 mars 1770. Son père, chargé de onze enfants, ne pouvait faire pour eux les frais d'une éducation libérale. Leur grand-père maternel, Joseph Tardy, maître charpentier, dont le gendre, ancien boucher, tenait les écritures, paya le collège à Taîné, Joseph, qui montrait une grande ardeur à s'instruire. « Ses maîtres, dit son disciple et biographe A. Guillard (1), ne trouvèrent d'abord en lui qu'un élève indocile et turbulent : il n'admettait rien sur leur parole, repoussait tout ce qu'il ne voyait pas clairement, refusait d'apprendre par cœur les règles des rudiments ; mais il gravait volontiers dans sa mémoire les passages des auteurs qui lui plaisaient le plus, et il en faisait des citations heureuses pour appuyer son
1. Biographie de /. Jacotot, 96 p. in-8, Dentu, 1860. Sur Tavis obli*^ géant de VL^* Desbordes, petite-fiUe de Jacotot, je m'en suis tenu aux renseignaments fournis par cette brochure, publiée sous le? yei» de H.-V. Jacotot, médecin, père de M<»* Dosbo^dos*
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sentiment dans les discussions scolasliqucs. Il montrait aussi, dès lors, ce mépris de la forme littéraire que l'on a critiqué dans ses ouvrages. Un jour, dans une composition pour les prix, il fit entrer un vers latin de sept pieds. Le professeur releva avec étonnement cette lourde faute dans une pièce dont il était d'ailleurs charmé : « Je L'ai fait exprès, dit Tenfant; je pouvais rogner mon vers, mais je tronquais mon idée, et j'aime mieux manquer le prix. » Il l'obtint. »
Ses études achevées, il fut nommé à dix-neuf ans professeur d'humanités au collège de Dijon. Il était docteur èslettres : il voulut aussi étudier le droit, et se fit recevoir avocat et docteur. D'une aptitude remarquable pour tous les genres d'études, il se livra en même temps à de profondes études mathématiques. Fils du peuple, et ayant montré de bonne heure cette indépendance d'esprit qui devait entrer comme élément essentiel dans son système d'éducation, Jacotot avait, en 1788, organisé « la fédération de la jeunesse dijonnaise avec celle de Bretagne et d'autres provinces, pour la défense des principes qui devaient amener la révolution » (1). Lors de la formation du bataillon de la Côte-d'Or, ses talents le firent élire par ses camarades capitaine d'artillerie. Il fit avec distinction les campagnes de 1792 et 1793. Il prit part à la courte et glorieuse campagne de Belgique, et paya de sa personne au siège de Maëstricht, à la Chartreuse, à Nerwinden, à la Montagne de Fer. A la bataille dé Famars, il soutint toute la journée, dans le clos de Sainte-Aldegonde, les charges de cavalerie et d'infanterie, et se retira n'ayant perdu qu'un homme. A Valenciennes, l'ennemi ayant fait une large brèche, la dé-
i« À« GttiUardi ouvr. cité.
ttenseen M cônGêeaa capitame Jacotol et à ses braves artilleurs : la ville fut sauvée, grâce au feu meurtrier qu'il dirigea sur rennemi, et la garnison obtint une capitulation honorable. Aux termes de cette capitulation, Jacotot dut rentrer dans .ses foyers avec cette héroïque poignée de soldats.
Le ministre de la guerre, Bouchotte, l'appela à Paris pour suppléer le chimiste Fourcroy, qui était chargé de vulgariser les procédés de la préparation du salpêtre et de ]a préparation des poudres de guerre. « En peu de mois, des centaines d'ouvriers^ formés par ses leçons, qu'il accompagnait d'exemples manuels, purent être envoyés dans les départements avec une instruction suffisante, et y créer les moyens de défense dont on avait un urgent besoin (1). » Les services importants qu'il rendit dans ce poste éminent furent récompensés par un message très honorable de la Commission d'organisation des armées. La route des hon- -neurs et -de la fortune était ouverte devant lui : il jugea qu'il se rendrait plus utile en reprenant son premier métier de professeur. Il demanda et obtint la place de substitut du directeur de l'École polytechnique (1" décembre 1794). Il n'avait encore que vingt-quatre ans. C'est dans cette position qu'il épousa Désirée Defacqz, sœur de deux jeunes Belges qui étaient venus offrir leurs bras à la jeune Répu-
1. D est de toute justice d'insister sur la part que la Convention attribua aux sciences dans la première de nos défenses nationales. La Revue pédagogique de mai 1883, dans un très intéressant article sigoé J. G., rappelle, à ce propos, les idées émises par M. G. Pouchet dans la Revue positive de décembre 1873 : « L'an II de la Répubiique marque bien réellement une date importante dans l'histoire des sciences françaises. Non-seulement elles sont représentées par une pléiade d'hommes illustres; non-seulement elles voient grandir et naître une foule d'établissements d'enseignement; mais elles ont sauv^ le pays, elles sont plus près du gouver^iement qu'en aucun temps.' ]»
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liique, et avec lesquels Jacotot s'était lié dMne étroite amitié pendant la campagne de Belgique»
« Lors de la création des Écoles centrales, cédant au désir de rentrer dans sa ville natale, il alla occuper à Dijon la chaire instituée sous le titre de Méthode des sciences. Sa manière d'enseigner était dès lors empreinte d'un grand cachet d'originalité. Il se bornait, pour tout discours, à énoncer simplement l'objet et les divisions de la discussion; il donnait ensuite la parole aux élèves, les exhortant à prendre un parti motivé et à le soutenir avec une entière liberté ; il terminait par un résumé précis des sentiments émis et des arguments allégués. Ainsi il ne façonnait point à son gré l'esprit de ses élèves, mais il les poussait à la vie et à l'action, et les mettait en état de s'avancer par leur propre travail, et de s'affermir par l'exercice assidu de leurs propres forces. Il s'y prit de la même manière pour donner l'impulsion à l'étude des langues anciennes et orientales ; et les résultats qu'obtenaient ses nombreux disciples furent signalés par le ministre Fourcroy.
« Les Écoles centrales ayant été remplacées par les lycées et les facultés, Jacotot, muni du grade de docteur ès-sciences, occupa les chaires de mathématiques transcendantes, puis de mathématiques pures et de droit romain, jusqu'à la chute de l'Empire. Ses élèves se sont souvenus que,'dans le cours de droit, il s'attachait à démontrer que toute la procédure est dans un article du Code, Il était dès lors préoccupé de ce principe fécond d'analogie universelle, qui est une des plus larges voies de l'esprit humain, et qu'il a réduit à l'expression pittoresque : Tout est dans tout » (1).
1, A. GuUlardi ouvr. cité»