BIOGRAPHIE B
Pendant leâ cent-jours, les Dijonnais portèrent Jacotot, malgré son refus, à la Chambre des représentants : il y soutint des idée? libérales et patriotiques. Aussi la seconde Restauration l'obligea-t-elle de quitter la France avec sa femme, ses deux fils et sa jeune sœur. Il se retira à Bruxelles, où il vécut dans l'intimité de plusieurs conventionnels, donnant des leçons particulières pour vivre. Le I^^J/ jQ ctobr e 1818, sur la recommandation d'Arnault, le ministre Falk le nomma lecteur de langue et de littérature française à rUniversité de Louvain. C'est là que les circonstances particulières dans lesquelles il se trouvait placé ramenèrent, non pas à la découverte, comme il Ta dit, mais à la systématisation de la méthode que son esprit couvait en secret depuis longtemps. Laissons-lui raconter cette petite histoire.
« Je me trouvai, comme on le sait, lecteur dans une université étrangère, par suite de circonstances extraordinaires. Les premiers élèves qui se présentèrent à moi pour apprendre le français ne comprenaient pas tous cette langue ; il y en avait, dans le nombre, qui n'entendaient pas ce que je disais. Je mis entre leurs mains un Têlémaque, avec une vieille traduction de leur langue maternelle. Un camarade, servant d'ioterprète, leur dit, de la part du professeur, d'apprendre le texte français en les invitant à s'aider de la traduction pour le comprendre. Ces jeunes gens apprirent courageusement la moitié de ce premier livre, jusqu'à ces mots : fêlais parti dC Ithaque. Alors je leur fis dire de répéter sans cesse ce qu'ils savaient et de se contenter de lire le reste pour le raconter. Puis, je leur dis d'écrire ce qu'ils pensaient de tout cela. J'avais été explicateur toute ma vie, je croyais, par conséquent, que les explications, et surtout mes explications» étaient nécessaires ; (][ueUe fg,t ma suis
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prise quand fe vis qu'on pouvait s'en pisser! Le fait était sous mes yeux, il ne m'était pas possible de le révoquer en* doute. Je pris mon parti, et me décidai à ne rien expliquer, pour m'assurer jusqu'où l'élève pourrait aller ainsi sans explications. Il arriva que les élèves mettaient Torthographe et suivaient les règles de la grammaire, à mesure^ que les .vingt-quatre livres leur devenaient familiers par la^ répétition. Mais un résultat qui m'éto^na au-delà de toutes expression, fut de voir que ces petits étrangers écrivaient comme des écrivains français, et, par conséquent, mieux que moi et mes collègues les professeurs explicateurs » (1).
Jacotot en conclut d'abord que les maîtres explicateurs ne sont pas indispensables ; et, quand il eut appliqué la même méthode avec succès à l'écriture^ au dessin, à la peinture, aux mathématiques, à Thébreu, à l'arabe, etc., il en conclut qu'on peut tout enseigner de la même manière, même ce qu'on ignore. Sa méthode était trouvée, produit du' hasard moins que de ses laborieuses investigations, et il hii donna le nom d'Enseignement universel.
Les succès qu'il obtenait à Louvain attirèrent bientôt l'attention du gouvernement des Pays-Bas. Sur un rapport favorable fait par le commissaire qui avait été chargé de l'examiner, le prince Frédéric de Hollande confia à Jacotot, en 1827, la direction d'une école normale militaire qui fut établie à Louvain. Les résultats obtenus paraissent avoir été remarquables ; mais le novateur se vit en butte à des* tracasseries, et ses protecteurs se refroidirent. CepMidant ses disciples suivaient son exemple avec enthousiasme et succès : les institutions de Marcélis et Deschuyfeleer à Louvain, de Séprès à Anvers, DeshouUières et Frèrejean à