EXERCICES DE COMPOSITION H
arrivera un moment où îl imitera avec tant de puissance qu'il paraîtra inventer ; mais il ne croira pas qu'il invente. 11 aura ni la prétention d'avoir du génie, parce qu'il devient plus instruit et plus habile, ni la modestie de croire qu'il est de beaucoup inférieur à ceux qui montrent plus d'habilité que lui. Il aura appris par expérience la vérité relative de cette affirmation jacotienne : le génie consiste à trouver des liaisons d'idées et d'expressions.
On s'est souvent demandé quelle pouvait être la part per* sonnelle dans les œuvres les plus originales d'un auteur. La question se pose ordinairement ainsi : Qu'estrce que l'invention ? Elle a donné lieu tout récemment à des recherches et à des discussions qui ramèuent à l'actualité la théorie de Jacotot. Voici, entre autres, une déclaration remar^ quable, où l'on croirait retrouver des réminiscences du vieux professeur de Louvain :
« A vrai dire, travailler ou méditer, ce n'est pa& inventer des idées; on n'invente jamais. Il faut attendre qu'eHea viennent ; tout ce que peuvent la volonté et la réflexion, c'est de nous mettre dans les meilleures conditions possibles pour que les idées apparaissent si elles doivent apparaître ; les forcer à comparaître, leur faire violence, lutter, contre Minerve, c'est une chimère. La plus longue patience s'y userait, et c'est se moquer que d'appeler le génie une longue patience. Les œuvres de quelque valeur se font en leur auteur plutôt qu'il ne les fait. Les idées renaissent, se rapprochent dans l'esprit, non pas suivant notre volonté, mais suivant les expériences extérieures, suivant les dis-^ positions naturelles; ce qu'on appelle la vivacité d'esprit, le coupd'œil, l'instinct, probablement aussi s.uivant le^ dispositions corporelles...
« Parmi les rapprochements innombrables qui se préseu-
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tent à Tesprit, il faut faire un choix ; il faut en essayer et en rejeter beaucoup, si rapide que paraisse le travail mental, avant de trouver ceux qui satisfont. Il reste ainsi une part assez grande et une tâche assez lourde à la volonté et i Teffort. D'ailleurs il resterait à examiner, ce qui n'est pas ici notre sujet, si la raison et la volonté ne peuvent pas, par un travail antérieur, donner à cette sorte de mécanisme de l'association des idées des directions et des habitudes qui préparent et expliquent les rencontres spontanées qui se produisent plus tard. Toujours est-il cependant que le principe de Tinveotion, la source de Toriginalité, se trouve, non dans la raison, mais dans les opérations inférieures qu'on traite parfois avec un dédain immérité... Il est curieux de remarquer que si Thomme est capable de tant de découvertes, de glorieuses inventions, d'inspirations sublimes, il le doit surtout à la partie de son âme qui est immédiatement soumise au mécanisme corporel et par où il ressemble le plus à l'animal (1). »
Un jeune psychologue a lui-même, il y a quelques mois, dans une thèse fort iDgéuieuse (2), essayé d'expliquer le phénomène de l'invention. L'idée fondamentale de sa théorie, c'est que nous trouvons nos idées par digression, en pensant à côté : « Il est bien rare que les idées que nous trouvons soient précisément celles que nous cherchions. » L'invention n'est donc pas l'œuvre de la réflexion, ni de la méthode, ni de la puissance de raisonnement. Nos idées nous viennent du hasard. Mais il faut s'expliquer sur ce mot hasard : ce n'est ni un simple mot, ni quelque chose d^indéterminé. C'est au contraire un des cas infinis du
1. V. Brochard, De la loi de rimilarilé dans les associations d'idéeSf Revue philosophiquef n^rs 18B0.
2« Souri^Ui De Vinvention,