Uanque étrangèrcy p
LANGUE ÉTRANOÈRE 151
il faut retenir ; et c'est, selon moi, une questioa &an$ importance que de savoir si l'exercice d'intelligence sur un. te^te. donné doit suivre ou précéder la mémorisation^ L^e^seatid est que Tun n'aille pas sans l'autre. Encore un précepte, qui^^ Jacotot et tant d'autres ont répété, c'est de tirer les règles des exemples, d'acquérir le matériel d'une langue ayaat.d'etst* absorber la grammaire. Mais Jacotot; et c'était piejat-ejtré un progrès, faisait faire à l'élève lui-même ce travail. Rftr tich aurait d'ailleurs passé aux yeux de Jacotot pour un explicateur. Je ne sais même s'il aurait trouvé dansJa forr mule : Uniformité en toutes cAo5^5 l'équivalent de Tout esti dans tout» Ratich 'avait remarqué que les arts etlea seÂ^n?: ces sont tous reliés par des parties communes : mais. cooy. vient-il, comme l'entendait ce réformateur, de dégager œs parties communes avant de passer aux autres connaiâr sances? Malgré ses vues hardies, et neuves pour son t^mpa^. Ratich n'avait encore qu'une idée très confuse de l'iinitâ^ d'enseignement»
L'anglais Hamilton, contemporain de Jacotot, qui fnt, lui aussi, amené par des revers de fortune à.se fairaprQr. fesseur de langues étrangères, trouvait en 181-6 uqOj méthode qui a quelque analogie avec celle de Ratfcb» il traduisait, et faisait traduire mot à mot un ouvrage^ éQri(, dans la langue à apprendre. Le même exercice était. r^l4 SUT deux autres ouvrages. Cette traduction de. la lapgi)^. morte ou étrangère daqs la langue maternelle, étaii SuiKio^ d'une autre exécutée en sens inverse : la thème oral.auçr. cédaità la version orale. Mais, dans l'intervalle, l'élèvea^cait passé par la grammaire : il avait appris les verbes réguliers et quelques verbes irréguliers sans récitation de p^ira^igmes. Les mêmes exercices étaient faits ausjsi par écrit; apfQS quoi, les élèves étaient censés parler et écriri^ QOçii^QteiQf&Qj^
)Hâ î. JAGÛTOT
la langue. Us continuaient cependant à traduire jusqu^à ce qu'ils n'eussent plus besoin du secours du maître. « Alors, dit Hamilton, on leur donne chaque jour une composition, soit une lettre familière, soit une lettre d'affaires, soit une narration, jusqu'à ce que le style ne renferme plus de fautes contre l'orthographe et la syntaxe. »
La manière dont Jacotot avait compris le vieil exercice d'un seul livre était assez personnelle pour qu'on pût employer quelques-uns de ses procédés sans être de ses disciples, sans appliquer sa méthode. Ce fut le cas, par exemple, de Robertson, auquel Jacotot reprochait de ne lui avoir pas assez emprunté, de ne pas savoir enseigner ce qu'il ignorait. Nous savons ce que Jacotot entendait par là.
Quelques années avant la mort de Jacotot, l'avocat Boulet tenta d'introduire une révolution dans l'enseignement du grec. Son Manuel pratique de la langue grecque eut le plus grand succès. L'idée principale sur laquelle il fondait sa méthode était la suivante : enseigner le latin et lé grec comme si le latin et le grec étaient des langues vivantes. Il voulait que les élèves apprissent les mots en parlant, autant que possible, la langue morte : ainsi Montaigne avait appris le latin. Comme Locke, Ratiçh, et tant d'autres, il voulait que l'élève découvrît les règles de la syntaxe dans les textes expliqués. Il voulait aussi que chaque élève se fît son dictionnaire des mots connus dans le texte, en le commençant dès la première leçon.
C'est un moyen de vérification auquel Jacotot n'avait pas songé, et dont il n'avait pas besoin: en effet, l'élève de l'enseignement universel était censé connaître, et connaissait en réalité, grâce aux perpétuelles répétitions, tous les mots du livre exj^li(|ué et appris, l^es textes Q;iis entre les m,aina
LANGUE £TAÂNaÈRE 153
de rélève étaient, d'abord la parabole de V enfant prodigue ^ et puis quelques chapitres de la Cyropédie. Le maître en traduisait littéralement, à chaque leçon, un petit nombre de lignes : la traduction ayant été répétée par quatre ou cinq élèves, on fermait les livres : le maître prononçait chaque mot du texte, et appelait par son numéro un élève qui répondait en français. On faisait ensuite Tinverse : le mot était prononcé en français, et l'élève désigné donnait aussitôt son équivalent en grec. De plus, le maître faisait des questions ressortissant au texte et l'élève y répondait au moyen des mots grecs qu'il avait vus. On donnait aussi des phrases disposées d'avance, auxquelles l'élève devait répondre sur le champ en grec avec les mots et les tournures qu'il savait. Cette méthode paraît, en effet, propre à graver les mots et le sens des mots dans la tête de l'élève. « A la trentième leçon, disait M. Boulet (1), il est déjà en état de comprendre les questions qui lui sont faites en grec et d'y répondre en grec. Après six mois d'exercices, le professeur ne doit plus expliquer un nouvel auteur qu'au moyen d'un commentaire grec fait par lui-même, et composé seulement des mots connus de l'élève ; car, à cette époque, le dictionnaire grec de l'élève permet au professeur, pour communiquer avec celui-ci, de se passer de la langue française. » Cette méthode, avec l'autodidaxie et la répétition en moins, mais avec la simplicité et la précision en plus, nous paraît être celle de Jacotot.
1. Manuel pratique delà langue grecque^ Introduction et exposé de la méthode^ p. XV. J'ai vu mon père obtenir des succès avec ce manuel. M. Compayré m'a dit aussi avoir commencé à apprendre le grec par ce procédé.