‹ J. M. GuyauChapitre 52 sur 98 · LA FEMME. — LA MERE · texte numérisé non relu

LA FEMME. — LA MERE

I. — Bien des tristesses peuvent accompagner le point égal d'une aiguille de femme, mais le grand facteur de la force morale chez la femme, c'est l'amour et la pitié. En agrandissant la sphère de son intelligence, on ne pourra qu'élargir le champ où s'exerce déjà cette faculté d'aimer et d'alléger tout, qui est développée chez elle à un si haut point. Le véritable remède à toute souffrance est d'augmenter l'activité de l'esprit, ce qu'on fait en augmentant l'instruction. Agir empêche toujours de souffrir. De là la puissance de la charité pour calmer la souffrance personnelle, qui a toujours une couleur un peu égoïste. Le meilleur moyen de se consoler soi-même, pour la femme comme pour l'homme, ce sera toujours de soulager autrui : l'espérance renaît dans le cœur qui la donne aux autres. Les douleurs s'adoucissent lorsqu'elles deviennent fécondes en bienfaits, car toute fécondité est un apaisement.

De l'homme et de la femme, c'est celle-ci qui vit le plus dans le présent : elle a de la nature de l'oiseau qui secoue son aile et oublie la tempe le au

moment où elle vient de passer. La femme rit aussi facilement qu'elle pleure, et son rire a bientôt séché ses larmes : sa grâce est faite pour une part de cette divine légèreté. De plus elle a son nid, son foyer, toutes les préoccupations pratiques et tendres de la vie, qui l'absorbent plus entièrement que l'homme, qui la prennent plus au cœur. La femme revit plus que l'homme dans sa génération.

La vie d'une femme a plus d'ordre et de continuité que celle d'un homme : à cause de cela la force des habitudes d'enfance est plus grande. La vie féminine ne présente qu'une seule grande révolution, le mariage. Il est même des femmes pour qui cette révolution n'existe pas. Dans un milieu tranquille comme la plupart des existences féminines, l'influence de l'éducation première peut donc se propager sans obstacle. Le foyer est un abri, une sorte de serre chaude où croissent des plantes parfois impropres au grand air. La vitre et le rideau de mousseline derrière lesquels la femme se place habituellement pour regarder dans la rue ne la protègent pas seulement contre la lumière ou la pluie : son âme comme son teint garde toujours quelque chose de la blancheur native.

Le mariage même conserve encore à la femme une sorte de virginité morale : sur le doigt jauni des vieux mariés, on reconnaît la petite place blanche occupée depuis trente ans par l'anneau des fiançailles, et qui est restée seule à l'abri des flétrissures de la vie.

IL — Ce qu'on doit se proposer dans l'éducation de la femme, c'est de communiquer le plus de con-

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