ÉTOILES FILANTES
Bordighera.
C'était dans une nuit d'été.
Le ciel splendide était en fête, Et l'immense azur velouté S'approfondissait sur ma tète.
Innombrables, devant mes yeux Éclataient des lueurs fuyantes :
Le ciel doux et silencieux Était plein d'étoiles mourantes.
Toutes, passant comme l'éclair, Glissaient en tremblantes fusées :
Puis, dans la profondeur de l'air.
Elles se dispersaient, brisées.
Sans fm ces astres flamboyants, Débris de sphères inconnues, Gomme des oiseaux défaillants, Tombaient blessés du fond des nues.
— Et, troublé, je croyais parfois Entendre au loin un sourd murmure.
Un appel, d'indécises voix S'éteignant dans la nuit obscure.
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Les deux semblaient incendiés Par ces embrasements sans nombre.
Seule la terre, sous mes pieds, Demeurait impassible et sombre.
Elle allait dans l'azur serein.
Sans voir ces astres en poussière Qui se rallumaient sur son sein Et qui mouraient de leur lumière.
Et, triste sans savoir pourquoi, Comptant chaque étoile dissoute, Je songeais, tandis que sous moi La terre accomplissait sa route :
— Épaves d'un autre horizon, Astres aux fugitives flammes, Les légendes avaient raison Et vous ressemblez à nos âmes:
Étoile d'un jour comme vous, Notre pensée est voyageuse :
Les cieux inconnus lui sont doux, Elle y plane au loin, radieuse.
Et celui qui la voit briller La croit puissante et souveraine; Pourtant, dans son cours régulier, C'est l'immense Tout qui l'entraîne;
Elle le suit sans le savoir, Et ne peut rien dans la Nature Qu'éclairer un peu le ciel noir Où notre monde s'aventure.
Tout d'un coup elle disparaît...
La nuit plus sombre recommence, La terre, sans un temps d'arrêt, S'enfonce dans l'espace immense.
Quand donc ta fragile clarté, 0 pensée humaine, étincelle Qui passes dans l'immensité.
Sur les deux se fixera-t-elle?
Je ne sais : dans le ciel toujours Les pâles étoiles défaillent; La terre suit son même cours, Les hommes impuissants travaillent.
Même l'espoir ne change pas.
L'œil là-haut, on attend encore...
Va, mon âme, et perds-toi là-bas Dans ce ciel profond qui dévore !