‹ J.-M. Nattier, peintre de la cour de Louis XV (volume 2)Chapitre 13 sur 23 · LOUIS DE BOURBON, DUC D’ORLÉANS · texte numérisé non relu

LOUIS DE BOURBON, DUC D’ORLÉANS

A M. H.-L. Bischoffsheim

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NATTIER, PEINTRE A LA MODE

enfant. Voici, peinte en 1733, la marquise du Chàtel, née Gouffîer, bellefille du financier Grozat le cadet, dont les filles deviendront, l’une la marquise de Gontaut, l’autre la comtesse de Stainville, plus tard duchesse de Ghoiseul. L’enfant qui est auprès d’elle ne saurait être la future épouse du tout-puissant ministre de la fin du règne ; celle-ci naîtra seulement en 1734; c’est sa sœur aînée, Antoinette-Eustachie, née en 1728, qui épousera, en 1744, le quatrième fils du maréchal de Biron, Armand, marquis puis duc de Gontaut, et sera la mère du duc de Lauzun. Elle mourra à vingt ans, en trois jours, ayant eu le temps d’assurer la fortune de son amant éperdument aimé, M. de Stainville, et, pour cela, faisant promettre à sa jeune sœur de l’épouser. Quelle destinée d’orgueil et de passion sur cette tête d’enfant de cinq ans, qui joue avec des fleurs auprès de sa mère! Celle-ci lui pose, d’un geste tendre, des bleuets dans les cheveux; ellemême est simplement couronnée de la même parure, et un ruban noir lui sert de collier. Elle n’est travestie ni en déesse ni en nymphe; elle a mis simplement ce déshabillé que Nattier donne indifféremment à tant de modèles.

Plus séduisant encore est le portrait d’une bourgeoise de distinction, dont le mari appartenait à la maison de Mademoiselle de Clermont, étant secrétaire de ses commandements, en même temps que receveur général des finances de la Généralité de Champagne. Madame Héron de Villefosse, née Le Texier, de famille orléanaise, a été peinte à vingt- sept ans, en 1736, l’année qui précéda sa mort, avec sa fille Elisabeth, qui devait épouser M. Chaumont de la Millière, intendant de Limoges et plus tard propriétaire de Valençay. L’enfant et la mère, vêtues, elles aussi, d’écharpes et de robes flottantes, sont auprès d’un massif de roseaux. La mère place une parure de perles sur les cheveux de la petite fille, dont la chemisette, ceinte d’un ruban, est retenue à l’épaule par deux rangs de perles. L’enfant joue de sa petite main avec la fleur d’un roseau . Tout cela est assez vivant et exprime agréablement les soins maternels ; mais pourquoi Madame Héron de Villefosse a-t-elle cru obligatoire de se laisser transformer en « source » ?

Quelques ménages commencent, dès lors, suivant une mode dont Nattier

bénéficiera un jour, à s’adresser au même peintre pour leur double image qu’étaleront aux regards de leur postérité les trumeaux symétriques du grand salon de famille. Ainsi font, par exemple, le marquis et la marquise de Broglie; mais, les nobles modèles n’ayant point de descendance, les portraits reviendront au futur maréchal -duc, leur cousin germain. C’est un étrange personnage que le mari , au regard aigu et bizarre ; la tête est hardiment posée sur un long cou, que hausse la blanche cravate. La cuirasse damasquinée qui enserre le buste est de la meilleure facture de Nattier, en ce genre de morceau où il excelle ; il ne rendra pas avec plus d’éclat, dix ans plus tard, le costume de guerre du beau-frère du marquis, ce baron de Besenval , alors simple capitaine aux Gardes- suisses , que le règne de Louis XVI élèvera à un plus grand rôle. Le jeune baron, avec ses beaux cheveux poudrés, sa fière prestance, une fourrure jetée autour de la cuirasse, offrira à Nattier le plus fin et le plus spirituel des modèles. La marquise de Broglie, née baronne de Besenval, a dû être peinte en même temps que son mari, dont le portrait original est daté de 1734 ; elle a posé en robe rose brochée d’or et d’argent, et largement décolletée ; sur les épaules est jeté un manteau jaune paille bordé de fourrure ; un diadème de perles est placé sur les cheveux, avec une aigrette de plume blanche retenue par un ruban. En aucune de ces toiles n’apparaît la mythologie.

Elle est absente également d’un portrait d’une excellente vérité de physionomie, daté de 1735, celui de la marquise de Ligneris, née Marie- Anne de Forbach, calme figure d’Alsacienne au teint de blonde; la tête se penche sur une épaule honnêtement découverte ; l’écharpe bleu d’azur passe sur le corsage brodé d’or, le plus riche habit qu’ait contenu sans doute la garde-robe familiale. Et quel exquis portrait encore, bien véridique et d’effet juste, que celui de la jolie Madame Dupin, dame de Chenonceaux, la future amie des philosophes, dont les grands yeux illuminent le jeune visage et que l’artiste a peinte visiblement pour satisfaire un mari amoureux !

Nattier dut à ses relations avec la Maison d’Orléans, aussi bien qu’à sa réputation grandissante, une fort heureuse aubaine. Raoux était mort

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