MADEMOISELLE DE CLERMONT
KN SULTANE
Mnsce Wallace.^ Ileriford Ilouse. Londres
réalité plus intéressant, en somme, qu’une allégorie, et dont se souviendra Carie Van Loo, quand il peindra Madame de Pompadour en des intérieurs de Sultane.
La grande toile de la galerie La Gaze, qui a été reprise par l’artiste en 1737, pour s’en faire honneur au premier Salon du Louvre, est signée : Nattier pinxit, 1132. Le livret décrit « un tableau de six pieds de long sur cinq de large , représentant Mademoiselle de Lambesc , de la maison de Lorraine, sous la figure de Minerve, armant et destinant M. le comte de Brionne, son frère, au métier de la guerre ». C’est le premier tableau de l’artiste où se réunissent un portrait de femme et un portrait d’enfant, et où s’harmonise son double motif préféré.
La tête impérieuse de la jeune Minerve se détache sur la draperie bleue attachée à une colonne. Assise sur un fauteuil rocaille, tout de même assez singulier, elle ne regarde ni les spectateurs, ni l’enfant debout auprès d’elle et qui nous fait face avec un gracieux sourire. Un manteau de velours bleu à reflets d’argent couvre le bas de son corps . La peau tigrée jetée sur une fort belle épaule laisse apercevoir la poitrine retenue à demi par un corselet à mailles d’or. Le bras et le cou sont d’un modelé parfaitement pur ; le petit pied nu est rose sous les cordons de la sandale étroite. La main droite retient sur les genoux un casque, et l’autre, négligemment, boucle la cuirasse du petit chevalier. Celui-ci porte un vêtement jaune, des bas rouges, une écharpe d’un beau blanc fixant au côté l’épée dorée. 11 s’appuie avec grâce sur la hampe d’un étendard rouge cravaté de blanc. L’autre côté du tableau est meublé d’accessoires militaires, rappelant l’honneur de la Maison de Lorraine et faisant prévoir la destinée d’un futur héros.
De telles œuvres, si conformes aux goûts du temps, fixèrent aisément la réputation de Nattier et, de tous côtés, les gens de qualité et le monde de la Cour commencèrent à s’adresser à lui. Il fut d’abord occupé à satisfaire les princes de la Maison de Lorraine, et put dès lors inscrire sur son catalogue de beaux noms, tels que ceux de Rohan, Soubise, Lambesc ou
Guémenée. Dès ce moment aussi, il approche les princes et les princesses du sang. On le voit peindre les deux soeurs de Mademoiselle de Clermont, Mademoiselle de Sens , avec des fleurs au corsage , et Mademoiselle de Charolais, jouant de la guitare et accompagnée d’un Amour tenant un livre de musique, grande composition dans le goût de Raoux , dont deux exemplaires sont connus, celui de Stafford House et celui de M. Pierpont Morgan. Le duc d’Orléans, fils du Régent, lui commanda le portrait des deux princesses ses sœurs cadettes. Mademoiselle de Beaujolais, qui mourra à vingt ans, en 1734, et Mademoiselle de Chartres, qui épouse le tout jeune prince de Conti, le 22 janvier 1732.
Le tableau de Hertford House, représentant la toilette d’un chevalier du Saint-Esprit, est également un portrait princier. C’est la réplique d’un original, daté de 1732, qui se trouve dans une collection parisienne. Nous n’acceptons aucun des noms divers donnés jusqu’à présent au personnage, dont l’âge et les traits nous permettent de reconnaître, avec les plus grandes vraisemblances, le duc d’Orléans en personne. Le premier prince du sang, né en 1703, est représenté à vingt-neuf ans. Ses autres portaits, l’un peint par Belle, gravé par Cars, l’autre peint par Coypel, gravé par Drevet, n’ont point l’importance de celui de Nattier. L’œuvre est d’un arrangement somptueux. Debout sur un fond de mur à colonnes, le personnage parade déjà dans son costume de représentation, le manteau de velours sur les épaules, avec ses longs bas de soie blanche à nœuds et ses petits souliers de satin ; la main gauche tient le chapeau à plumes et la droite s’appuie au pommeau de nacre de l’épée. Sur un vaste canapé repose le grand manteau de l’Ordre, aux insignes brodés d’or, le cordon et la croix jetés par-dessus. Un page élégant , qui soulève la traîne du lourd manteau , s’accroupit en même temps pour juger du bel ajustement des dentelles ; les apprêts s’achèvent pour la toilette du prince, qui va, dans quelques instants, accompagner le roi Louis XV à la solennelle procession des Cordons bleus.
Les plus intéressants portraits de cette époque ne sont cependant pas des portraits princiers. Nous leur préférons des peintures plus familières, où l’artiste s’est complu à mettre, à côté d’une jeune mère, un tout jeune