‹ J.-M. Nattier, peintre de la cour de Louis XV (volume 2)Chapitre 15 sur 23 · i,.:^i,:. .^. II · texte numérisé non relu

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NATTIER, PEINTRE A LA MODE

en 1734, à l’heure même où ce rival commençait à l’éclipser, sans avoir achevé la décoration de la Galerie du Temple, que le Grand prieur, le chevalier d’Orléans, lui avait confiée. Le prince mit en concurrence Nattier et l’un des Coypel, Noël-Nicolas, frère consanguin de feu Antoine Goypel, premier peintre du Roi, et oncle de Charles Goypel, alors premier peintre du duc d’Orléans. Le concours établi entre les deux artistes donna l’avantage à Nattier, ce que le Mercure de décembre 1734 annonça en ces termes : « M. le Grand prieur, qui protège les beaux-arts, vient de donner une nouvelle preuve de son goût par le choix qu’il a fait de M. Nattier, de l’Académie royale de peinture et sculpture, pour continuer les ouvrages qui avaient été commencés, en son palais du Temple, par feu M. Raoux, et dont l’exécution avait été suspendue par la mort de cet habile peintre. »

Le choix du Grand prieur valut à l’artiste un fort beau logement dans l’enclos du Temple , où il transporta sa famille ; il y vivait encore en 1760, continuant à user d’un privilège qui pouvait équivaloir à celui des artistes ayant logement au Louvre . Le Temple était alors comme une petite ville close au milieu de la capitale. Le droit d’asile, qu’il conservait, permettait aux débiteurs insolvables qui s’y réfugiaient et se résignaient à n’en point sortir, d’échapper à la prison pour dettes. Ce fut souvent, au XVIII® siècle, le refuge des artistes en détresse. Pour ceux d’entre eux qui n’y avaient point domicile forcé et qui bénéficiaient, à un titre quelconque, de la bienveillance de l’Ordre de Malte, l’habitation était extrêmement agréable. On y trouvait des jardins et de beaux édifices. Le principal corps de logis du palais prieural, construit par Jacques de Souvré au siècle précédent, venait d’être modifié sur les dessins d’Oppenord; c’est dans cette partie des bâtiments que Nattier était appelé à travailler.

Il semblait atteindre au comble de ses désirs. Sa vie était assurée pour longtemps, sa famille prospérait autour de lui, et il avait enfin les moyens de produire son chef-d’œuvre, avec les grandes surfaces qu’on lui donnait à décorer. Il allait pouvoir oublier le portrait, pour donner sa mesure comme peintre d’histoire. Plusieurs années sont occupées à cette honorable

besogne. Il termine cette galerie du Temple, où il peint six tableaux représentant les Muses, complétant apparemment une série que Raoux avait entreprise . Il fait ensuite , pour le fond de la galerie , le portrait en pied de son Mécéne , le Grand prieur, « peint en généralissime des galères, avec tous les attributs convenables ». Ce tableau fut exposé au Salon de 1738, sous cette indication : « Un grand tableau en hauteur, de dix pieds sur environ six de large, représentant le portrait en pied de M. le chevalier d’Orléans, grand prieur de France, commandant sur un port de mer. » Le prince était alors âgé de trente-six ans. Nattier avait eu à surpasser le tableau où Raoux l’avait représenté comme général des galères montant la Réale, qui se trouvait dans la grande salle du palais prieural et dont la partie principale a été gravée.

Nous ne croyons pas perdue l’œuvre décorative de Nattier au Temple, bien qu’elle soit encore complètement ignorée . Les fragments que nous identifierons plus loin ne sont pas les seuls qu’il soit possible de retrouver. Ils subirent cependant, de bonne heure, une destinée fâcheuse. Le chevalier d’Orléans étant mort en 1748, le grand prieuré passa, l’année suivante, au prince de Conti. Celui-ci, qu’inspirait en tous ses actes l’humeur orgueilleuse et volontaire de sa maison, décida de détruire entièrement ce qui avait été installé par son prédécesseur. Il fit vendre ses effets et tout ce qui lui avait appartenu, au profit de l’Ordre de Malte. « M. Nattier, écrit Madame Tocqué, touché de voir vendre sous ses yeux, et â l’encan, des tableaux qui lui avaient coûté des soins et des travaux infinis, y a mis l’enchère et les a rachetés. Ils sont aujourd’hui entre les mains de la famille. »

Il n’y avait pas que les Muses représentées au Temple. Au Salon de 1737, Nattier exposa un tableau de la Justice qui châtie l'Injustice , et cette peinture figurait dans le salon du Grand prieur, comme l’indiquent des vers du Mercure, insérés au cahier d’avril, consacrés à la célébrer. Ces petits vers, qui paraissent être de Gresset, n’ont été recueillis nulle part ; ils ne sont ni meilleurs ni pires que ceux que les poètes ont toujours faits pour les peintres :

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