MADEMOISELLE DE LAMBESC ET SON FRÈRE, LE COMTE DE BRIONNE
Musée du Louvre
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A M. NATTIER, PEINTRE DE l’aCADÉMIE ROYALE, SUR UN TABLEAU DE SA MAIN Qu’oN VOIT DEPUIS PEU DANS LE SALON DU TEMPLE, A PARIS, REPRESENTANT « LA JUSTICE »
De force et de douceur, quel heureux assemblage Fait briller ton pinceau dans ce nouvel ouvrage I Thémis, en punissant ce monstre aux yeux hagards.
Intéresse mon âme, attache mes regards ;
De la Divinité, j’y reconnais l’image ;
Elle frappe mes sens, elle parle à mon cœur;
Et pour tribut de mon premier hommage.
Je sens qu’en ta faveur Aujourd’hui son pouvoir vainqueur A l’amitié dérobe mon suffrage.
Un autre tableau, « de quatre pieds en carré », représentant la Prudence, qui fut l’unique envoi de l’artiste au Salon de 1740, faisait évidemment partie de la même commande. On peut le croire aussi de la Force, exposée en 1745 et gravée par Baléchou, qui passe pour, représenter Madame de Chàteauroux. Ces deux compositions du Temple, que nous reconnaissons dans les dessus de porte du salon de Madame la marquise de Trévise, et qui auraient figuré au château de Bellevue, font connaître la façon dont le peintre interprétait ces figures symboliques, mi-guerriéres , mi - féminines, toutes fort bien à leur place dans la maison parisienne de l’Ordre de Malte.
La Prudence est représentée par une femme casquée assez bas, et dont les traits ne visent à aucune ressemblance ; elle a le bras entouré d’un long serpent d’or et le corps enveloppé d’étoffes bleues et blanches ; elle se contemple dans un grand miroir que soutient devant elle un enfant. Cette figure est signée et datée de 1739. La Force, qui lui fait un exact pendant, est datée de 1745, et la peinture rappelle visiblement Madame de Chàteauroux, modèle alors familier à l’artiste. La tête est nue, l’expression fiêre ; une peau tigrée couvre en partie la cuirasse d’acier, et sur les genoux s’étend une draperie rouge ; la main droite tient l’épée, et la gauche, une torche allumée. Une colonne monte au côté droit du tableau, et, de l’autre côté, un lion dont la tête est seule visible, griffe l’étoffe d’un air menaçant. La facture des deux toiles est plus sommaire que dans la plupart des œuvres de Nattier; on sent qu’elles sont faites pour être vues très haut et qu’elles ne tendent qu’à l’effet décoratif.
Le Salon du Louvre, qui s’ouvrit pour la première fois aux artistes au mois de septembre 1737, et établit en ce noble lieu, pour une longue période, l’usage des expositions annuelles, fut pour Nattier, comme pour la plupart des peintres de l’Académie , une précieuse occasion de se bien produire. 11 envoya au Louvre des spécimens divers de son talent, joignant à la Justice, du Temple, le grand tableau déjà ancien de Mademoiselle de Lambesc avec son frère, un portrait de la marquise d’Ussé, sur lequel nous ne savons rien, enfin un dessin du tableau de Chantilly représentant Mademoiselle de Clermont en déesse des eaux de la santé. C’était rappeler au public que les aimables artifices du portraitiste étaient toujours à sa disposition.
Cette exposition de 1737 marque une date dans la biographie de presque tous les bons artistes de l’époque. Elle eut un succès considérable auprès des visiteurs, et nous en avons le témoignage dans les vers de Gresset, imprimés d’abord au Mercure, et où Nattier se trouve nommé au meilleur rang :
VERS SUR LES TABLEAUX EXPOSÉS A l’aCADÉMIE ROYALE DE PEINTURE, AU MOIS DE SEPTEMBRE 1737 :
... Mais quelle lumière nouvelle Dissipe le sommeil des arts !
De la divinité d’Apelle Le temple s’ouvre à mes regards !
Naissez, sortez de vos ténèbres.
Elèves de cet art charmant.
Qui de la nuit du monument Sauve les spectacles célèbres Et fixe la légèreté De la fugitive beauté...
Si, dans cette illustre carrière,
La peinture, sur ses autels.
De Rigaud ni de Largillière,
N’offre point les traits immortels,
A juste titre elle a pu croire Que c’était assez pour sa gloire.
Assez pour enseigner ses lois.
D’offrir les Coypels, les De Troys,
Et de conduire sur ses traces Vanloo, le fils de la gaieté.
Le peintre de la volupté.
Et Nattier, l’élève des Grâces Et le peintre de la beauté.