‹ J.-M. Nattier, peintre de la cour de Louis XV (volume 2)Chapitre 9 sur 23 · AÎ · texte numérisé non relu

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NATTIER, PEINTRE A LA MODE

lEN qu’il eût quarante ans passés, Nattier attendait encore les grandes occasions qui devaient consacrer sa carrière. Les succès hâtifs, que depuis recherchèrent les peintres, et qui dévorent en quelques années leur part de gloire, étaient inconnus à cette époque ; Watteau lui-même, en sa vie si courte, les ignora. Après le long apprentissage des ateliers, les épreuves de l’Académie, les besognes modestes des collaborations anonymes, l’artiste devait attendre, pour s’élever, que des circonstances heureuses vinssent le désigner aux amateurs et aux princes, et surtout au Surintendant des Bâti-

ments, qui disposait des commandes royales. Nattier patienta comme ses devanciers, préoccupé surtout d’assurer la vie de sa famille, et accepta de bon cœur cette demi-obscurité, favorable aux progrès consciencieux, faits en lui d’expérience et de réflexion, d’où se dégageait peu à peu la forme d’art qu’il réalisa.

Il s’attachait dès lors à ce qu’on appelait « le portrait historique », arrangement parfois puéril, souvent ingénieux, par quoi on transformait un modèle, grâce au costume et aux accessoires, en héros de la Fable, en divinité ou en figure allégorique. Depuis longtemps l’art français avait admis cette idéalisation du portrait. Elle était étrangère, sans doute, au crayon comme au pinceau des Clouet, de Corneille de Lyon, de Dumoustier, fidèles observateurs de la nature, qui rendaient les parements d’un habit avec le même scrupule que les traits du visage ; mais la tradition de Fontainebleau affirmait, dès le même temps, des tendances différentes, et le xvii® siècle, malgré sa recherche vigoureuse de la vérité, les laissa souvent prévaloir.

La manie d’apothéose, dont le Grand Roi fut atteint dès sa jeunesse, s’étendit à tout son entourage. Le fameux tableau de Nocret, peint pour le Saint-Cloud de Monsieur, où toute la Famille royale jouait ses rôles dans un Olympe dont Louis XIV était le Jupiter, avait été imité, réduit, transposé à l’usage de plus modestes modèles. Les femmes surtout, avec leur goût ordinaire de l’artificiel, sollicitaient des peintres cette flatterie que leur prodiguaient les poètes. Alors que les dévotes adoptaient pour leur image le costume d’une sainte de leur choix, la plupart des femmes de qualité se faisaient peindre en Diane, en Minerve, en Cérès, ne pouvant toujours arborer orgueilleusement la ceinture étincelante de Vénus. Saint- Simon dit parfois, du ton le plus naturel du monde, que telle duchesse occupait « un rang dans les nues » ; il s’agit des nues glorieuses de l’Olympe de Versailles, que le peintre avait mission de figurer réellement par son pinceau.

C’était une condescendance qu’on n’eût point osé demander à un Philippe de Champaigne, ni à un Claude Lefèvre, mais dont s’accommoda Pierre Mignard lui-même, en quelques circonstances, et qui fournissait aux peintres

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