I.OUISE-HENRIETTE DE BOURBON-CONTI, DUCHESSE D’ORLEANS
Ancienne collection Je Madame la baronne de Gartempe A M. Eugène Glaenzer
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NATTIER, PEINTRE A LA MODE
secondaires, comme par exemple Marc Nattier le père, des poncifs toujours flatteurs, propres à masquer l’indigence de leur compréhension de la vie. A l’époque où Jean-Marc arrivait à la notoriété, cette mode florissait avec abondance ; François de Troy y avait accoutumé sa clientèle princière ; Pierre Gobert la suivait aveuglément ; Santerre et les Coypel contribuaient à la maintenir, en mêlant aux costumes modernes les attributs les plus chimériques, en lâchant des essaims d’Amours autour des brillantes déesses de la Régence, et le Régent lui-même s’était fait peindre en dieu Pan et en héros accompagné par Minerve.
Rigaud et Largillière, il est vrai, conseillaient et pratiquaient de tout autre façon l’art du portrait. Ces deux carrières glorieuses, qui s’étaient développées parallèlement, s’acheminaient ensemble à leurs derniers jours, dans un éclat qui n’avait pas connu de déclin. Les caprices féminins, les exigences des usages n’avaient guère troublé ces grands maîtres, ni altéré leur belle sincérité devant la nature. L’œuvre de Hyacinthe Rigaud s’accorda aux goûts pompeux de son temps sans donner la moindre part à la convention mythologique ; et si Nicolas de Largillière a quelquefois jeté sur les épaules de ses belles présidentes la peau de tigre des bacchantes ou posé le croissant de la Chasseresse sur le front d’une douairière, il a conservé à leur visage, à leur coiffure, au geste entier de leur personne, une telle réalité de vie, qu’on ne saurait attacher d’importance à un travestissement aussi léger.
Mais il y avait alors à Paris, au service de M. le duc de Vendôme, grand prieur du Temple, puis de son successeur, le chevalier d’Orléans, un artiste fort recherché, dont les succès approchaient de celui des meilleurs maîtres et excitaient assez naturellement l’envie du bon Nattier, C’était le Montpelliérain Jean Raoux, ancien pensionnaire du Roi à Rome, qui poursuivait hardiment, en un temps on faiblissaient à la fois les mœurs et le goût, une double carrière d’homme de plaisir et de peintre à la mode. Cet aimable décorateur avait été entraîné peu à peu , par l’engouement qu’il inspirait, à produire des portraits nombi’eux. Son pinceau facile, auquel
les dessus de porte galants ne coûtaient guère, et qui aimait gi’ouper des chanteuses ou des liseuses sous des éclairages ingénieux, avait conquis, pour rendre la fraîcheur d’un jeune teint, le chatoiement des satins et des soies, une virtuosité qui lui valait l’admiration de toutes les femmes. Il joignait , d’ailleurs , à une facture noble et caressante , un certain don d’agréable ressemblance.
Dessinateur beaucoup plus sûr que Raoux, Nattier s’exercait à acquérir les séductions un peu banales et les irrésistibles qualités qui faisaient la vogue de son confrère. 11 était d’ailleurs j)lus porté qu’un autre à suivre cette voie, qui correspondait à ses inclinations personnelles. Peintre d’histoire comme Nattier, et reçu à ce titre à l’Académie, Raoux ne concevait le portrait que placé dans un paysage imaginé et accompagné d’attributs fictifs. C’est ainsi qu’il satisfaisait sa clientèle de l’Opéra, d’où les demoiselles n’avaient, il est vrai, qu’à transporter en son atelier leur costume porté sur les planches, pour lui fournir une idée de tableau. Mademoiselle Carton venait, en Naïade, se faire peindre pour M. le comte de Saxe ; Mademoiselle Prévost entourait son front de Bacchante de pampres de papier peint ; Mademoiselle Quinault le couronnait des roseaux d’Amphitrite ; et il n’était pas moins naturel de représenter, sous les traits de la Muse Thalie, Mademoiselle Sylvia, délices de la Comédie italienne.
Les grandes dames, qui suivent quelquefois le goût des grandes actrices, s’adressaient sans scrupule au même peintre et recevaient de lui les mêmes emblèmes et la même apothéose de théâtre. Les bourgeoises venaient à leur tour, et le plus charmant portrait de Raoux est précisément celui d’une jeune femme fort distinguée, née Marie-Françoise Perdrigeon, femme du secrétaire du Roi Boucher d’Orsay. L’artiste l’a représentée en Vestale, vêtue de satin blanc, jetant malicieusement un dernier morceau de bois sur l’autel qui va s’éteindre, avec un Amour voltigeant au-dessus d’elle, la trompette en main, pour célébrer ses charmes et peut-être ses vertus; sur le devant de la toile, s’étalent des fleurs, un plat ciselé, une aiguière, dont la signification est moins évidente. Tel était l’art qui régnait, et qu’il s’agissait de remplacer en le continuant.