‹ J.-M. Nattier, peintre de la cour de Louis XVChapitre 7 sur 54 · PETITK-FILI.E DE LOUIS XV · texte numérisé non relu

PETITK-FILI.E DE LOUIS XV

Musée de Versailles

NATTIER, PEINTRE DE LA FAMILLE ROYALE

lourds paniers de sa robe à grands ramages d’or, sur laquelle se déploie un tablier de dentelles. La tête blonde, jolie, peu expressive, rappelle les traits de son père. Don Felipe. Une fleur est dans les cheveux ; une des petites mains indique, d’un doigt levé, les pelouses d’un jardin; l’autre, qui tient un mouchoir de dentelles, retombe sur le tablier précieux.

On peut deviner en quel sentiment le roi Louis XV avait ordonné à Nattier l’exécution de cette toile délicate et soignée. Il avait été longtemps fort désireux de connaître cette petite-fdle, le premier-né de ses petitsenfants, dont ses ambassadeurs à la cour d’Espagne lui disaient merveille. Le maréchal de Noailles, par exemple, lui écrivait d’Aranjuez, en avril 1746, après avoir loué Madame Infante, sa figure « très agréable, les plus beaux yeux du monde, le regard perçant et annonçant l’esprit », que l’enfant ne paraissait devoir le céder en rien à la mère : « Je ne puis finir le compte que j’ai à rendre à Votre Majesté de la famille royale d’Espagne sans lui parler d’une princesse qui lui appartient de près : c’est sa petitefille. Jamais on ne vit une aussi jolie enfant : elle est très grande pour son âge, son visage est des plus agréables ; mais surtout. Sire, c’est son maintien, et l’air de dignité avec lequel elle reçoit son monde. Elle sent déjà ce qu’elle est, à qui elle appartient et ce qu’elle doit être toujours. » Tous ces traits se retrouvent dans le portrait de Nattier. Le Roi, enchanté d’avoir gardé quelque temps auprès de lui cette charmante « Isabelita », avait naturellement voulu conserver son image parmi celles de la Famille.

Trois ans plus tard, un autre portrait d’enfant rappelait Nattier à la Cour. 11 s’agissait de peindre le fils aîné du Dauphin, le duc de Bourgogne, Louis- Joseph-Xavier de France, alors âgé de quatre ans. Le mémoire mentionne un original et une copie fournis ensemble : « Monseigneur le duc de Bourgogne, représenté en pied et vêtu d’un habit de velours bleu garni de martre. Ce portrait est peint sur une toile de quatre pieds de haut sur trois pieds de large. Estimé d’abord 1,800 livres, puis porté à 2,000 livres, à raison des frais de transj)ort et de séjour à Versailles. Plus une copie du même portrait, faite de la même grandeur que l’original ci-dessus, estimée 900 livres. »

L’œuvre, qui parut au Salon de 1755, est aujourd’hui au musée de Versailles; elle porte la signature : Nattier pinxit, i75à. Le cordon de l’Ordre, qui s’étale sur l’habit de velours bleu foncé, semble avoir été ajouté après coup par l’artiste lui-même, qui écrivait en post-scriptum d’un billet à M. de Marigny, le 2 août 1754 : « Le Saint-Esprit n’est pas encore arrivé chez moi », faisant allusion probablement aux insignes dont il avait besoin pour compléter le tableau. La copie paraît être l’exemplaire signalé par M. Dimier au musée de Parme, et dont l’exécution ne le cède guère à celle de l’original de Versailles. Nous y voyons, florissant de santé, le petit prince qui portera, jusqu’en 1761, les espérances de la couronne de France et les laissera, en mourant, sur la tête du duc de Berry, son frère, qui deviendra Louis XVI.

Au même Salon que le portrait du duc de Bourgogne, fut exposé un grand tableau, que l’artiste avait commencé plusieurs années auparavant, et auquel il attachait, pour sa réputation, une grande importance. C’était celui de Madame Henriette jouant de la basse de viole, dont l’original, signé et daté de 1754, est à Versailles. Nous en pouvons suivre l’histoire par des témoignages assez nombreux, qui ont l’intérêt de nous montrer Nattier dans ses rapports avec le service des Bâtiments et avec les princesses, à la fois ses modèles et ses clientes.

La fille préférée de Louis XV, celle du moins qui avait pris dans sa vie paternelle la première place, depuis que Madame Infante vivait loin de lui, était morte à vingt-quatre ans, le 10 février 1752, en l’appartement de Mesdames à Versailles, dans l’aile des Princes. Elle avait été victime de cette terrible petite vérole, qui causait alors tant de ravages et qui frappa des coups si fréquents dans la Famille royale de France. La première consternation passée, on s’aperçut qu’il y aurait une certaine consolation pour tous à posséder un grand portrait entrepris par Nattier et qui devait représenter la défunte, zélée musicienne, dans son divertissement ordinaire. La Reine le réclame à M. de Vandières (Marigny), douze jours après la mort, et celui-ci en écrit aussitôt au premier peintre Coypel : « La

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