‹ J.-P. BrissotChapitre 6 sur 47 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

Les Mémoires de Brissot parurent en 1830-1832, chez Ladvocat, le libraire-éditeur bien connu, sous le titre suivant : Mémoires de Brissot, membre de l'Assemblée législative et de la Convention nationale, sur ses contemporains et la Révolution française, publiés par son fils, avec des notes et éclaircissements historiques par M. F. de Montrol, 4 volumes in-8 (2).

Deux volumes furent mis en vente dans les premiers mois de 1830 ; les deux autres en 1832.

Dès le premier moment, des doutes s'élevèrent sur l'authenticité de ces Mémoires. Un bibliographe du temps, M. de Manne (3), parut cependant y croire :

« Lorsque ces Mémoires parurent, on leur reprocha d'être apocryphes, mais la famille même de Brissot réclama publiquement

(1) Je reprends ici, en le remaniant sur quelques points, un travail que j'ai donné à la Révolution française de juillet et août 1909.

(2) Je ne mentionne que pour mémoire une autre édition donnée en 1877 par M. de Lescure (Paris, Firmin-Didot, in-12, lxix-486 pages). M. deLescure n'a fait que réimprimer le texte de Montrol en y faisant de larges coupures un peu au hasard. Mais il faut lui savoir gré d'avoir, dans son Introduction, rendu à Brissot la justice que lui doit l'histoire, et surtout d'y avoir publié de lui quatre letties inédites tirées de collections particulières, qui méritaient d'être connues.

(3) Nouveau recueil d'ouvrages anonymes et pseudonymes, Paris, Gide, 1834 <n° 1108).

contre cette allégation en fournissant des preuves de leur authenticité. On n'a ajouté à ces Mémoires autographes que les lettres originales de personnages célèbres avec qui Brissot- Warville avait été en correspondance. »

Mais treize ans plus tard, Quérard, dans ses Supercheries littéraires dévoilées, en reproduisant ces lignes, disait péremptoirement :

« On devrait croire, d'après cela, à l'authenticité de ces Mémoires; et pourtant, nous savons de source certaine que M. Fr. Lhéritier (de l'Ain) a fait la fin du 3e volume et le 4e tout entier. »

Ainsi déjà M. de Manne reconnaissait que les lettres qui se trouvent dans les Mémoires, et qui auraient dû être données plutôt en appendice, avaient été introduites dans le texte, ce qui impliquait des raccords plus ou moins artificiels du fait des éditeurs. Par contre, Quérard, en laissant au compte de Lhéritier la fin du 3e volume et tout le 4e, paraissait admettre comme authentiques les deux premiers volumes et la première partie du 3e.

D'autre part, M. de Montrol lui-même, dans un « Avertissement » en tête du 3e volume, qui portait encore son nom, bien que Lhéritier y eût mis la main, avait déjà fait, tant sur le 3e volume que sur le 4e qui paraissait en même temps, des réserves d'une réelle importance, dont je parlerai plus loin.

Guidé par ces diverses indications, j'ai donné, dans la Révolution française d'août 1904, une première étude « sur l'authenticité des Mémoires de Brissot ». J'arrivais dès ce moment : 1° à éliminer, comme interpolées, 200 pages sur 1.300 (1) ; 2° à signaler l'intérêt et la valeur de ce qui subsistait.

Depuis, d'autres recherches m'ont amené à élargir singulièrement ces conclusions provisoires: sur les 1.300 pages de l'édition de Ladvocat, 600 (et non plus 200) sont interpolées (tirées tout simplement d'autres ouvrages de Brissot) ; 100 autres me paraissent suspectes, sans que je puisse dire d'où elles pro-

(1) L'édition de Montrol donne un total de 1.361 pages : mais si l'on déduit d'abord les longues tables et les sommaires détaillés des chapitres, puis les appendices absolument étrangers au sujet, on arrive à 1.300 environ.

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