ÉTUDE CRITIQUE XX VII
certes ! plus « intéressant » que les 118 pages de coupures par lesquelles s’ouvre ce 4 volume.
Je suis d’ailleurs convaincu que M. de Montrol a eu en mains des fragments de manuscrits autographes : j’en trouve une preuve, indirecte il est vrai, mais assez significative, dans un certain nombre d’erreurs de lecture que j’ai pu relever. Quand Brissot, dont l’écriture est difficile à déchiffrer, parle de cet oncle, prêtre, chez lequel il passa trois mois avant d’entrer au collége, Montrol imprime : « Un oncle, curé d’Emblay, à quatre lieues de Chartres... » Or, cet oncle, Pierre Brissot, était curé d’Ecubley, village situé, en effet, à 18 kilomètres au nord de Chartres (Archives d’ Eure-et-Loir, GG 10). Tout apprenti paléographe dira comment ÆEcubley a pu se transformer en Emblay, et comment la faute a été commise précisément parce qu’on avait un texte autographe sous les yeux.
Ailleurs, à propos du séjour de Brissot à Lyon en 1782, le texte de Montrol porte « M. Lambert, directeur du collége ». Mais il n’y a jamais eu, dans les deux colléges que possédait Lyon avant 1789, de directeur appelé Lambert. Il faut lire « Camyer », qui était, en effet, le nom du directeur du collége Notre-Dame de 1763 à 1787. Là, encore, on arrive à la même conclusion.
Au tome II, p. 150, le nom d’un village voisin de Neufchâtel, Peseux, est imprimé Pejeux. — Même remarque.
Un peu plus loin, p. 163, Montrol a imprimé M. de Bejan pour M. de Bezance.
Dans les deux réponses à Saint-Just et à Amar, la dénaturation d’un grand nombre de noms propres fournit des preuves pareilles. Pour faire court, je n’en citerai qu’une, mais bien démonstrative : Lauttunat pour Lanthenas (IV, 343).
Ce n’est pas à dire que les coquilles manquent dans les parties apocryphes ou suspectes. Mais elles sont bien moins nombreuses et ne peuvent s’expliquer de la même façon.
Il m'a donc paru possible, en appliquant au texte de M. de Montrol les règles de la critique historique, d’en tirer ce qui constitue la partie saine, si l’on peut parler ainsi, incontesta- ‘blement authentique des Mémoires de Brissot.