CHAPITRE VII
Après la maladie dont j'ai parlé, j'étais revenu à Paris, sans espoir, sans projet, et muni seulement de quelques secours que me donna secrètement ma tendre mère. Je m'’associai de nouveau avec Guillärd, quoique sa conduite, pendant ma maladie, m’eût beaucoup refroidi pour lui. Sa cruelle insouciance sur les progrès de mon mal m’avaient prouvé que la sensibilité s’étouffe aisément dans le monde, et que l'amitié n’est qu'un mot.
Nos finances étaient dans le plus triste état ; nous étions souvent dans la détresse. Guillard s’en inquiétait peu, il allait assouvir sa faim aux tables de ces grands seigneurs qui le recherchaient à cause de ses talents et de son esprit. Tandis qu'il se gorgeait de mets délicats, le pauvre solitaire dînait souvent avec du pain et du fromage, et se trouvait peut-être plus heureux que le noète parasite. Un hvre seul lui tenait compagnie à son frugal dîner, mais il ressentait quelque orgueil de pouvoir conserver son indépendance à si peu de frais.
J'avais alors entrepris des travaux immenses. Indépendamment de ma Théorie des lois criminelles (1), j'avais
tracé le plan d’un ouvrage intitulé Le Pyrrhonisme unt-
rersel. Ce plan était lui-même un véritable ouvrage. Je
(1) 2 vol.in-8°. L’ouvrage parut au milieu de 1781.
lenvoyai à d’Alembert, qui me répondit par des compliments.