‹ J.-P. Brissot: MémoiresChapitre 19 sur 26 · Co te · texte numérisé non relu

Co te

achevée et une nouvelle législature convoquée. Ce sont ces vingt membres que j’accuse d’entraver les travaux de l’Assemblée, soit par leurs dénonciations éternelles, soit en interrompant par leurs cris les discussions réfléchies. C’est contre ces vingt membres seuls et non contre la Montagne que ma lettre est dirigée, et certes j'avais bien le droit de les dénoncer à la France, lorsque sans cesse ils me déchiraient, soit dans le sein de l’Assemblée, soit au dehors. M’'accuser de conspirer contre l’unité de la République, parce que je les dénonçais, c’est encore une fois me faire un crime de tout ce que j'écrivais pour faire honorer la Convention, pour faire respecter l’unité de la République.

Mais, me dit-on, vous avez calomnié Paris, sa municipalité, la société des Jacobins, et par là vous avez cherché à armer les départements contre Paris, et conspiré pour rompre l'unité de la République.

Moi, calomnier ! je vous défie de citer une seule calomnie; les gens de bien, avant de dénoncer, exigent les preuves les plus rigoureuses, et loin de calomnier, ils craignent même de révéler les turpitudes les plus réelles de leurs ennemis.

J’ai calomnié la ville de Paris ! moi qui vantais dans tous mes écrits sa soumission aux lois, son respect pour la Convention, son ardeur à envoyer des braves défenseurs à la frontière |

Moi qui sans cesse ai distingué ses habitants de la poignée de brigands qui infectaient leurs murs, qui usurpaient leurs noms, pour dicter des lois à la Convention |

Moi qui lui rendais encore cette justice dans ma dernière lettre, où je donnais des éloges à la vigilance protectrice de sa garde nationale!

J'ai calomnié la municipalité de Paris! Mais d’abord une municipalité n’est pas la ville qu’elle administre, et il y a loin d’attaquer des administrateurs à attaquer une ville.

Ces deux actes sont tellement séparés que l'intérêt de la ville exige souvent qu’on attaque son administration.

Et tel était en effet mon but en attaquant les membres de la municipalité de Paris ; j’y voyais le bien de la ville de Paris, j'y voyais le bien général de la France.

De quels délits l’ai-je en effet accusée ? Je dénonçais l’ancienne (1) pour s'être arrogé le pouvoir suprême à la face de l’Assemblée législative, pour avoir cassé le Département, imposé un nom au nouveau, refusé de correspondre avec le ministre de l’Intérieur, ouvert malgré les décrets une correspondance avec les 44.000 (2) municipalités, désobéi au décret qui lui ordonnait de rendre des comptes, et retardé l’organisation de la nouvelle municipalité.

Je dénonçais cette municipalité nouvelle (3) pour avoir suivi les erreurs de l’ancienne, pour avoir violé les lois ou pour en avoir fait, pour avoir repoussé de son sein les membres élus par le peuple, fermé les barrières, les spectacles, mandé à sa barre députés et généraux, fait des lois sur les certificats de civisme, pour avoir arrêté de n’en donner qu'à ceux qui signeraient la pétition contre les Vingt-deux (4), ordonné la signature de cette pétition quoiqu’un décret (5) l'eût déclarée calomnieuse, multiplié les arrestations sans remplir les formes prescrites par les lois ; je la dénonçais enfin, pour s’être mise en état d’insurrection contre la Convention, et avoir créé un Comité central, chargé de diriger cette insurrection.

(1) La commune insurrectionnelle du 10 août 1792.

(2) Montrol a imprimé 44. Voir la séance de la Convention du 25 octobre 1792.

(3) La Commune régulièrement élue qui, le 2 décembre, remplaça la précédente. ,

(4) La pétition demandant l’exclusion de 22 députés girondins. Elle fut présentée à la Convention le 15 avril 1793, par une députation de la Commune que conduisaient Pache et Hébert, et fut lue par Rousselin.

(5) Du 20 avril.

Tous ces faits sont publics, avoués, incontestables ; qu’on m'en cite un seul faux, et je me rétracte ; je n’ai donc pas calomnié la municipalité de Paris. J’ai rempli un devoir sacré, mon devoir de représentant. Un simple citoyen peut blâmer non seulement une municipalité, mais la Convention même, et nous, représentants, nous n’aurons pu blâmer sans crime une municipalité !

Depuis quand donc un représentant du peuple ne peutil dénoncer, calomnier même une municipalité quelle qu’elle soit, sans être traité de criminel de haute trahison | dans quelle loi, dans quelle constitution est-il écrit qu’une accusation contre la municipalité soit une conspiration contre l'unité de la République ? s’il en était ainsi, la Convention, les trois Assemblées nationales n’auraient retenti que de conspirations contre l’unité, car on n’a cessé d'y dénoncer des municipalités. Eh! quoi, les Montagnards ne cessalent de dénoncer Bordeaux, Marseille, Rouen... ; dira-t-on qu’ils conspiraient contre l’unité, qu'ils voulaient la guerre civile, le fédéralisme ? Bordeaux, Marseille, Rouen, auralent-ils pu les faire traduire comme des conspirateurs devant le tribunal ? Cependant, ou nous ne sommes pas des conspirateurs, ou il faut convenir que ces Montagnards le sont.

Portera-t-on l’absurdité jusqu’à dire qu’on ne peut qualifier de conspiratidn contre l’unité que les dénonciations contre la municipalité de Paris ? maïs ce serait attribuer à cette municipalité un privilége contre lequel la France et Paris même s’élèveraient avec justice. Ce serait réellement conspirer contre l’unité que de donner un pareil privilége à la municipalité de Paris.

Et nous, en la dénonçant, loin de porter atteinte à l’unité de la République, nous combattions au contraire pour cette unité même; nous la dénoncions, parce qu’elle s’arrogeait des droits qui n’appartenaient qu’à la représentation natio-

nale, parce qu’elle se faisait centre de pouvoir national, parce qu’en tolérant une pareille monstruosité on devait craindre de mécontenter les autres départements, et de les détacher de l’unité.

En un mot, ou les faits avancés contre la municipalité étaient vrais, ou ils étaient faux ; vrais, il fallait punir les infracteurs et louer les dénonciateurs ; faux, il fallait blâmer ces derniers, et éconduire leurs dénonciations. Mais on ne pouvait exercer contre les membres d’autre responsabilité parce qu’encore une fois jamais leurs opinions sur quelque matière que ce soit, même contre les municipalités, ne peuvent les exposer à aucune recherche, ou il faut déchirer la Constitution.

Mais, citoyens, en dénonçant la municipalité de Paris, nous n’avons fait qu'imiter le Comité de salut public, qui devait être bien instruit des faits ; et je ne remonterai pas plus haut que le mois de mai dernier.

Lorsque Guadet, dans la séance du 18 mai, dénonça les projets du Comité central révolutionnaire, Barère, au nom du Comité de salut public, n’appuya-t-il pas cette dénonciation ? Ne proféra-t-il pas ces paroles remarquables : « Oui, la municipalité prépare un mouvement, le Département est nul, la municipalité usurpatrice ; Chaumette est très suspect. »

Qui de vous a encore oublié les autres phrases du même orateur, toujours parlant au nom du Comité de salut public, prononcées dans la séance du 2 juin ? N’ont-elles pas été répétées dans tous les papiers ?

«Nous sommes en danger, car des tyrans nouveaux nous entravent, la représentation nationale est près d’êtreasservie par eux. Cette tyrannie est dans le Comité révolutionnaire de la Commune ; le crime est à la Commune ; il n’est pas un de ses membres de qui je répondrais au moral. Dans la Commune, il y a un Espagnol, nommé Gusman; je me suis

plaint de ce Gusman, et il a disparu. Peuple, on vous trahit; peuple, on vous abuse. Ils sont bien coupables ceux-là qui ont retenu des bataillons qui devaient partir pour la Vendée, sous le prétexte qu'ils n’avaient pas d'armes, tandis qu'on en trouve tant pour nous ôter notre liberté. »

Lacroix (1), du même Comité, ne déclarait-il pas que les représentants du peuple n'étaient pas libres ?

Le même Barère, dans son rapport du 9 juin (2), ne s’élevait-il pas avec la même force contre le Comité révolutionnaire de la Commune ? Ne l'accusait-il pas d’éclipser la représentation nationale ? de substituer aux volontés paisibles de la loi des volontés arbitraires et individuelles ? « Que la Convention, s’écriait-il, soit donc enfin le seul Comité révolutionnaire, et que la nation soit plus forte qu’une de ses sections. »

Je vous le demande, citoyens, trouverez-vous dans mes écrits des accusations plus fortes, plus énergiques contre la municipalité de Paris? Méditez ces paroles : « Le crime est à la Commune ; il n’y a pas un de ses membres du moral duquel je réponde (3). »

Si donc nous avons conspiré contre l’unité, pour avoir dénoncé les usurpations de la Commune, pourquoi donc Barère, Lacroix, Cambon, et tous les membres du Comité de salut public ne sont-ils pas accusés ici avec nous ? Pourquoi n’y voyons-nous pas Edme Petit (4), Jean de Bry, et tant d’autres députés énergiques qui tous ont signé les mêmes faits, les mêmes dénonciations ? Si nous sommes des conspirateurs pour avoir voté contre la municipalité, pourquoi donc, à l’exception d’une cinquantaine de mem-

(1) Delacroix. — Brissot écrit partout Lacroix, comme tous faisaient alors.

(2) Le rapport de Barère est du 6 juin.

(3) Je ne trouve pas ces paroles dans le discours de Barère tel que.le donne le Moniteur (n° du 9 juin).

(4) Député de l’Aisne.

bres, ne décrète-t-on pas d'accusation toute la Convention ? car presque toute la Convention a souvent voté contre la municipalité de Paris.

Maïs, citoyens, comment a-t-on pu faire d’un pareil vote la base d’une accusation ? comment ne voit-on pas que, si l’on peut faire un crime à des députés d’avoir voté contre une municipalité, alors il n’y a plus de liberté d'opinion dans la représentation ; il n’y a plus de représentation, il n’y a plus qu’un gouvernement municipal ; le pouvoir suprême est dans lui ; il n’y a plus de lien entre les départements, et par conséquent élever une pareille accusation, c’est réellement conspirer contre l'unité, contre l’indivisibilité de la république. Ainsi, ce n’est pas nous qui conspirons contre l’unité. Ce sont nos accusateurs eux-mêmes.

N'est-ce pas encore le renversement de toute idée de

liberté et de république, que cette accusation d’avoir cons-:

piré contre l’unité, parce que, dit-on, nous avons calomnié les Sociétés populaires ?

D'abord, le fait articulé contre moi est faux. Comment

peut-on m’accuser d’avoir calomnié les Sociétés populaires,

tandis que je les ai sans cesse vantées et défendues dans tous mes écrits, tandis que je n’ai cessé d’en recommander la multiplication ; tandis que je les ai défendues à l’Assemblée législative dans mes discours contre l’empereur, dans ma dénonciation contre Delessart,dans mon discours du 9 juillet, dans mon opinion contre Lafayette ? tandis enfin que, dans ma lettre du 22 mai, J'écrivais encore cet éloge remarquable

« La France est couverte de Sociétés populaires qui, presque partout, ont contribué à élever l'édifice de la liberté, qui toutes veulent la République. »

Je ne puis pas même être accusé d’avoir calomnié la société des Jacobins de Paris, quoique, depuis plus d’un an,

j y aie été, presque à chaque séance, déchiré par les plus infâmes calomnies !

Je le disais dans ma lettre du 28 octobre 1792, écrite après ma radiation de cette Société :

« Je ne cesserai de le répéter, la Société de l’Égalité de Paris doit subsister, le bien public l'exige; mais il exige aussi qu’elle soit utile, qu’elle remplisse le but de son institution. » Depuis cette époque, je n’ai cessé d’être le but des calomnies les plus virulentes consignées dans le Journal des Débats des Jacobins (1) ; et, pour ne pas scandaliser les patriotes, je m'abstenais fidèlement de répondre. Et c’est moi qu’on accuse d’avoir calomnié les Jacobins ! moi qui, déchiré, gardais le silence !

Mais si je le gardais sur les injures qui m’étaient personnelles, devais-je fermer les yeux sur les outrages dirigés contre la Convention ? Non, j'aurais violé mon mandat et trahi mes devoirs.

Mais en dénonçant ces attentats dans ma Lettre à mes commettants, Je ne les attribuais pas même à la Société des Jacobins ; j'y distinguais, comme dans ma lettre du 28 octobre, comme dans mon journal, la majorité de cette Société des meneurs qui l’égaraient et qui l’intimidaient.

« Dans cette Société, disais-je, il existe de bons patriotes, mais faibles ou en minorité, ou, s’ils sont en majorité, trop timides pour faire respecter la majorité. »

Et dans ce paragraphe, qui accusais-je d’outrager la Convention, de souiller la tribune de calomnies, de chercher à tout désorganiser, d’envahir tous les pouvoirs, de dicter des lois? Non, ce n’était pas la Société entière, c’étaient les vingt hommes qui la gouvernaient :

« C’est dans un club que réside la souveraineté nationale, ou plutôt c’est dans une vingtaine de brigands qui dirigent

(1) Voir, sur ce journal, Aulard, Jacobins, t. 1, Introd., p. cxIcxvir et Tourneux, Bibliogr., n° 9.053.

ce club, qui font courber devant eux toutes les autorités constituées.

» Non, l’inviolabilité, ajoutais-je, n’est plus dans la représentation nationale, elle est dans ces vingt brigands qui la violent chaque jour.»

Eh ! quoi, citoyens, n’avais-je pas raison de m'exprimer ainsi? Quarante députés (1) ne sont-ils pas aujourd'hui traduits comme des criminels devant votre tribunal, pour avoir dénoncé les attentats contre la représentation nationale ? et a-t-on traduit devant vous un seul des hommes qui provoquèrent sa dissolution ? a-t-on traduit celui qui, dans la séance des Jacobins, disait que la majorité de la Convention était corrompue, qu’on ne pouvait la purger par des moyens paisibles, qu'il fallait du sang, qu'il fallait exterminer ces modérés ?

Eh ! quoi, citoyens, des journalistes, des motionnaires

dans une tribune ont pu outrager impunément la Convention, proposer sa dissolution ! A l’abri de la Déclaration des droits, ils ont pu se soustraire à la poursuite et être élargis par décret, par jugement de ce tribunal ! Et nous, représentants du peuple, on nous accuse, on nous emprisonne, on demande nos têtes parce que nous avons dénoncé à la Convention, à la France, ces attentats contre la représentation et contre la République !

Ne voit-on pas réunis tout à la fois dans cette accusation et la violation de la liberté de la presse, et la violation de la liberté des opinions dans le sein de l’Assemblée nationale, et la violation de tous les principes de justice, et le renversement de la représentation nationale et de la République?

Mais, insiste-t-on, vous avez voulu, par ces calomnies contre la municipalité, contre les Jacobins, armer les

(1) Exactement 41. (Rapport d’Amar et décret du 3 octobre). Mais Brissot ne compte pas Philippe-Egalité, qu’on leur avait adjoint.

départements, les soulever, exciter la guerre civile.

Vous avez voulu soulever les départements ! Et de quel droit descendez-vous dans ma conscience ? de quel droit lui prêtez-vous des intentions perfides, lorsque les écrits déposent de conseils pacifiques ? L’Etre suprême vous a-t-1l donc ouvert nos cœurs ? Eh bien, c’est cet Etre suprême qui lit dans nos âmes, cet Etre suprême qui nous jugera tous un Jour, qui punit infailliblemert le crime, qui le punit d'avance en donnant le remords à l’âme du coupable ; c’est cet Etre suprême que j'atteste ici! Oui, je jure par lui que J'ai toujours voulu la paix, l’union entre tous mes frères, Je jure par lui que j’ai toujours abhorré la guerre civile ; je jure par lui que j’ai toujours abhorré l'assassinat, même celui commis dans la personne des plus grands criminels.

Moi! vouloir la guerre civile! Eh! quoi, n’est-ce pas appeler les rois coalisés au sein de la France ? n’est-ce pas dresser soi-même son échafaud ? me supposez-vous donc assèz stupide pour vouloir m'égorger moi-même? car ne serais-Je pas une des premières victimes de leur vengeance ? Non, jamais les rois ne me pardonneront.

Je prêchais la guerre civile ! mais relisez donc tous mes écrits, puisque c'est là, là seulement, que vous trouvez des preuves de mes prétendus crimes, et vous n’y verrez que des exhortations à la paix, à l’ordre, à l’union.

Je prêchais la guerre civile ! quand je prêchais l'exécution des lois, le respect des propriétés, de la sûreté individuelle, parce que, sans le respect, le peuple n’a ni travail, ni pain.

Je prêchais la guerre civile ! quand je voulais qu’on se hâtat d’instruire le peuple, afin que tous pussent gouverner successivement et jouir d’une tranquillité durable.

Je prêchais la guerre civile ! quand je voulais substituer à un gouvernement provisoire et arbitraire un gouvernement fixe et une constitution invariable.

Je préchais la guerre civile ! quand je m'élevais contre ceux qui divisaient la Convention en deux partis, en appelants et non-appelants (1).

Je prêchais la guerre civile! quand, à l’occasion du décret contre le ci-devant roi, j’écrivais ces paroles d’union (2) :

« Législateurs, quelle qu'ait été votre opinion sur le ci-devant roi, vous ne pouvez plus maintenant en avoir qu'une, la majorité a prononcé la mort, faites respecter ce décret ; vous qui avez vu les plus grands dangers attachés au supplice du tyran, el vous qui n'en avez pas aperçu, faites tous vos efforts, les uns pour prévenir les maux que vous avez prévus, les autres pour qu’ils n'arrivent pas contre votre attente. »

Relisez cette fameuse Lettre à mes commettants, vous n’y trouverez que le même langage, le langage de la paix et de l’union. Après avoir peint nos divisions et nos dangers, après avoir examiné les divers remèdes qu’on proposait, je m’arrête à deux qui me paraissent mériter la préférence : finir la Constitution et convoquer une autre Législature, ou bien, si ce plan est impossible, convoquer sur-le-champ les assemblées primaires pour avoir une autre Convention.

« Voulez-vous, disais-je presque à chaque page, terminer vos divisions intérieures, avoir des forces pour vaincre vos ennemis au dehors, ayez de l’ordre, ayez une Constitution ; par là, vous dissiperez bientôt les mécontents.

» Ayez une Constitution sous un mots, sous quinzaine, S'il se peut ; qu’elle soit acceptée et tous nos maux finiront ; une Constitution vaudra des armées, vaudra les meilleurs missionnaires pour les rebelles, les meilleurs négociateurs pour les puissances étrangères.

» Ayons une Constitution et nous aurons une Législature

(1) Ceux qui, dans le procès de Louis XVI, avaient voté pour ou …

contre l’appel au peuple.

(2) Patriote du 22 janvier.

respectée, des lois obétes, la force physique pour les faire exécuter, un Pouvoir exécutif considéré et dépendant de la Législature, avec lesquels les puissances étrangères pourront traiter.

» Que si la Constitution ne peut finir, ajoutais-je, hâtonsnous de convoquer les assemblées primaires pour nommer une autre Convention, parce que le mal est pressant. C’est un appel au peuple français, au peuple qui doit enfin prononcer entre nous et nos adversaires, entre l’ordre et l'anarchie. »

Reconnaîtra-t-on, citoyens, à ce langage, un séditieux qui voulut bouleverser les départements et allumer le feu de la guerre civile ?

Etait-ce provoquer à la guerre civile, que d’insister sans cesse sur l’achèvement de la Constitution, sur l’établissement d’un gouvernement définitif ? était-ce provoquer à la guerre civile que de demander le rassemblement paisible de tous les citoyens qui, nous remplaçant par d’autres députés, missent par là fin à nos divisions ? n’était-ce pas au contraire indiquer le moyen le plus pacifique et le plus sûr pour dissiper le danger et prévenir tout soulèvement ?

Et, citoyens, nos adversaires l'ont si bien senti, qu'après nous avoir expulsés du sein de la Convention, ils ont profité d’un de ces conseils, et se sont hâtés de finir la Constitution (1) ; ils ont regardé le moyen comme infaillible pour rallier tous les esprits autour de la République, et l’événement ne les a pas trompes.

Ainsi, c’est de celui même qu'ils accusent d’avoir voulu soulever les départements, qu'ils ont emprunté le seul moyen qui ait efficacement apaisé tous les soulèvements.

Car depuis l’origine de la Convention, Je n'avais cessé d’insister sur l’achèvement de la Constitution.

(1) 24 juin 1793.

Je le demandais dans mon Opinion sur le jugement du ci-devant roi :

« Avoir, et promptement avoir une Constitution qui assure la liberté, l'égalité, la propriété! Avoir et promptement avoir un pouvoir exéculif nommé par le peuple, qui puisse conduire à la paix au travers des victoires. Voilà ce que nous L demandons. »

Ne le demandais-je pas encore dans cette fameuse réu- | nion des députés de divers partis, tenue le 12 mars 1793 (1), au moment où nous échappions au glaive des conspirateurs, où les calomnies et les poignards nous poursuivaient encore ? Nos ennemis nous proposent une réunion, nous l’acceptons, la plus grande franchise préside à nos explications. Nous jurons d’oublier tous nos ressentiments et de ne plus voir que le bien de la patrie. Et quel prix mettais-je à cette réunion ? Achever la Constitution sous quinzaine et convoquer ensuite une Législature dont nous serions exclus.

Et Robespierre, qui quelques jours après dénonçait comme un crime cette idée d’une Constitution accélérée, Robespierre s’empresse de faire décréter cette Constitution (2) !…

(1) Pendant la semaine qui suivit l’insurrection anarchiste avortée qui eut lieu dans la nuit du 9 au 10 mars, il y eut, entre les chefs de la Montagne et de la Gironde, une tentative de rapprochement attestée par de nombreux témoignages, mais dont l’histoire ne me paraît pas encore entièrement élucidée. C’est Brissot qui nous en donne ici la date exacte.

(2) Ilest évident que Brissot n’eut pas le temps d’achever d’écrire sa Défense. Elle ne pouvait se terminer ainsi.

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