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chie. Et, reprochant au commandant-général ses persécutions contre certains journalistes, et le serment individuel qu’on l’accusait d’avoir reçu d’une portion égarée de la garde nationale, et sa conduite envers les citoyens du faubourg Saint- Antoine qui voulaient détruire le donjon de Vincennes, dernier repaire de la tyrannie, et la protection qu’il avait accordée aux assassins armés de poignards qui voulaient favoriser la fuite du roi à Saint-Cloud, et les dispositions que lui-même avait prises, dans ce jour mémorable, pour favoriser cette fuite, et la destitution arbitraire des quatorze grenadiers de l’Oratoire qui s’y étaient opposés, et le hasard quiramenait, le jour du départ pour Varennes, cette même compagnie de l’Oratoire qui s’y était trouvée lors du projet de départ pour Saint-Cloud, il demandait enfin s’il ne fallait pas regarder Lafayette comme un traître ou comme un homme stupide, lui qui avait répondu de la personne du roi sur sa tête et l’avait laissé partir, lui qui croyait avoir acquitté sa dette et détruit tous soupçons de connivence et de complot en reparaissant avec ses ennemis d'hier, ses amis d’aujourd’hui, au milieu du club des Jacobins ?
Que répondit Lafayette ? rien (1). Il laissa monter Alexandre Lameth à la tribune. « Je remercie, dit celui-ci, M. Danton, dont je n’ai jamais parlé qu'avec estime, d’avoir provoqué une explication nette et franche de la part des membres de l’Assemblée nationale qui se retrouvent aujourd’hui dans cette réunion. On est étonné de m’y voir avec M. Lafayette ; on devrait plutôt s'étonner de ne m’y pas voir avec lui. J’ai toujours regardé M. Lafayette comme l’un des plus férmes soutiens de la Constitution; et quoique j’aie souvent blâmé sa conduite et parlé de lui avec âcreté, j’ai dit à M. Danton lui-même que si jamais la Constitution était en danger, M. Lafayette mourrait pour elle les armes à la main. » Puis Lameth conjura d’abjurer comme lui toute haine, de faire cesser toute division, et de déjouer ainsi toutes les manœuvres des ennemis de la liberté. Et alors Lafayette assura qu’il regardait les
(1) C’est une erreur. La réponse de Lafayette est dans le Procès- Verbal; il est vrai qu’elle est courte.
Jacobins comme les meilleurs amis de la liberté. Et Barnave prononça anathème contre tous ceux qui ne se réuniraient pas aux Jacobins, contre tous ceux qui ne sauraient pas sacrifier leur haine et leurs opinions particulières à l’intérêt public, contre tous ceux qui s’éloigneraient de la route tracée par la Constitution. Et Chapelier, Dandré, Duport, Beaumetz, Desmeuniers, Bailly, etc. firent chorus avec lui et dévouêrent à l’infamie tous les ennemis de la liberté ; et ils votèrent avec acclamation une adresse proposée par Barnave et destinée aux sociétés affiliées ; et ils s’écrièrent que rien n’était plus pur, plus dévoué, plus patriote que les Jacobins (1).
Et puis, à l’Assemblée nationale, c’étaient mêmes protestations d'union et de patriotisme:là aussi chacun s’embrassait ; on renouvelait la comédie du Jeu de Paume.
Marthe Gouy et les autres députés colons profitaient de l’occasion pour reprendre les places d’où ils s'étaient volontairement exclus. Leur patriotisme, disaient-ils, les ramenait dans cette crise au milieu de ieurs collègues. Marthe Gouy, royaliste au fond du cœur et patriote seulement par calcul, joignait la délation à l'hypocrisie, et rendait compte de “quelques circonstances qui lui semblaient prouver que le roi avait pris la route de Senlis, et que c'était de ce côté qu'il fallait diriger les poursuites pour l’arrêter (2).
- D’autres, pour sauver l’apparence du parjure et l'honneur de Louis XVI, et peut-être la responsabilité de Lafayette,
voulaient qu’il eût été enlevé. Vains efforts ! Louis XVI était perdu sans retour ; aucune confiance ne pouvait plus reposer sur lui ; il ne pouvait plus être que le jouet des ambitieux et des intrigants. Que voulaient donc persuader en sa faveur ces mêmes sycophantes qui naguère affectaient pour sa personne un si profond mépris ? qu’il n’avait pas trahi son serment, ou que, s’il était parjure, il était inviolable (3) ?
(1) Voir le récit de cette même séance dans la lettre de Me Ro- . Jand à Bancal, du 22 juin 1791. L’adresse très courte (douze lignes en tout) proposée par Barnave est dans Aulard, Jacobins, II, 538. - (2) Voir Moniteur du 23 juin et Patriote du même jour. (3) Suit un long passage sur Goupil de Préfelne, tiré mot à mot du Patriote du 17 juillet 1791 ; je le supprime.
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Mais quel était le but qui avait produit l’éclatante réunion opérée par la fuite de Louis XVI ? Où en voulait venir la faction Duport, amenant aux Jacobins les députés qu’elle avait le plus déchirés ? Toute division semblait avoir disparu, et malheur à celui qui n’eût vu dans cette comédie que de. funestes présages ! Et pourtant il ne fallait que quelques heures pour justifier le petit nombre d'hommes auxquels les réputations n’en imposaient point, et qui, dévoués depuis longtemps à la cause de la liberté, avaient appris à en connaître les faux amis. Non, les hypocrites ne comptaient point que Louis XVI fût ramené ; le chirurgien Mongins et le maître de poste de Sainte-Menehould n’étaient pas dans leur confidence, et les aristocrates qui se pressaient de nous dire qu’un plan de conciliation allait terminer tous les débats, ainsi que le travail artificieusement prolongé de la Constitution, dévoilaient déjà les articles du traité secret qui allait se conclure avec eux. On n’eut pas plutôt appris l’arrestation de Louis XVI que toute la cohorte de ces réconciliés ne parut plus aux Jacobins, rougit de ses déclarations patriotiques, et dénonça la Société entière comme une assemblée de factieux.
Cependant on chassait le peuple des environs des Tuileries, on ne laissait entrer dans les tribunes que les amis dévoués, qu'on reconnaissait à leurs cartes marquées du timbre de la bande ; le commandant-général, au lieu de les punir, semblait protéger les militaires qui dispersaient violemment les groupes où l’on osait parler de l’infamie des comités. Qui m'’eût fait. soupçonner que Lafayette prenait part à ces manœuvres, lui qui, quinze jours auparavant, me disait qu’il désapprouvait le projet des comités, et convenait avec moi de leur infamie ?
[Ceux qui dirigeaient ces comités étaient habiles en intrigues; ils en donnèrent mille preuves. Ils multipliaient les libelles, ils faisaient courir une Grande conspiration de Barnave, qui n’était qu'une plate apologie de Barnave ; ils faisaient circuler une feuille du soir sous le nom de celle qui avaïit le plus de vogue, feuille consacrée à leur panégyrique, pour tromper le peuple ; ils faisaient crier dans les journaux que le roi était
déchu de la couronne, quoiqu'il n’y en eût pas un mot dans le décret ; ils répandirent une pétition sous le nom de quarante mille personnes qui était entièrement de leur fabrique ; ils firent investir le Champ-de-Mars d’une forêt de baïonnettes, pour empêcher le peuple de s’y assembler et de faire une pétition ; sous prétexte de troubles imaginaires, ils multiplièrent les générales, les détachements, les patrouilles ! ! ! et tout cela, disait-on, était destiné contre les républicains ! Et ces manœuvres étaient exécutées sous les ordres d’un homme qui m'avait dit cent fois être républicain, qui se disait ami du républicain Condorcet, qui m'avait dit détester cordialement les vils individus avec lesquels il était alors coalisé, qui m'avait dit rejeter l’opinion même pour laquelle il avait voté la veille. Comme je le déclarai alors publiquement, il ne pouvait plus rien y avoir de commun entre lui et moi. Je ne l’avais cultivé que par la foi que j’eus toujours dans son amour pour la liberté et les principes ; je devais rompre avec lui du moment où il ne voulait pas rompre lui-même avec une coalition qui n’avait d’autre but que de détruire la liberté, et qui n’était formidable que parce qu’il lui prêtait son appui. Lafayette reconnaîtra un jour ses torts et ses faiblesses; il reconnaîtra que, si l’on n’a pas toujours les bravo du peuple en allant sans cesse droit devant soi, en tenant constamment aux principes, au moins on a le témoignage de sa conscience, témoignage qui dédommage bien de toutes les horreurs qu’amasse sur la tête de l’honnête homme la fureur de ses ennemis] (1).
(2) Le roi, comme pour braver l’opinion publique et insulter aux décrets de l’Assemblée nationale, ne s’entoure que de prêtres non assermentés, communie près de l’un d’entre eux, et, comme pour essayer sa liberté et se préparer au plus long
(1) Ces pages sur Lafayette semblent aussi avoir été rédigées avec des coupures du Patriote Français. Voir: notamment les numéros des 16 et 17 juillet 1791. J’ai mis entre crochets les parties manifestement empruntées au journal.
(2) J'ai déjà signalé, dans mon article de la Révolution Française d’août 1904, que les six pages qui vont suivre n’étaient évidemment pas à leur place. Elles semblent d’ailleurs avoir été faites avec des phrases découpées dans le Patriote des 20 avril 1791 et jours suivants.
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(me MÉMOIRES DE BRISSOT
voyage de Varennes, il fait annoncer son départ pour Saint- Cloud. Il veut partir. Le peuple l’arrête ; malgré leur commandant, les gardes nationaux, comprenant enfin leur devoir, protégent le peuple au lieu de protéger le départ du roi. Lafayette, irrité de ce qu’il appelle la désobéissance de la garde nationale, donne sa démission deux jours après, c’està-dire le 21 avril.
Je le vis le 22. Il me conta les particularités de l’arrestation du roi et de la séance du Département. Quand la voiture du roi fut arrêtée, Lafayette harangua d’abord le peuple et les gardes nationaux sur le respect dû à la loi; ils lui répondirent que, s’il y avait une loi semblable, elle était mauvaise, et qu’ils ne lui obéiraient pas. Alors il leur rappela le décret de l’Assemblée nationale qui permettait au roi de s’éloigner jusqu’à vingt lieues de la capitale. « Pas dans ces circonstances, s’écria un orateur. — Veto, répliqua un autre en s'adressant au roi. Sire, ajouta-t-il, pour votre sûreté et pour la nôtre, il faut rester. » Lafayette jura hautement que le roi partirait. Deux grenadiers, en lui présentant la baïonnette, répondirent : « Non, il ne partira pas. » Charton, membre du Département, a déposé qu’'ii avait vu un chasseur mettre en joue le général. Les gardes nationaux commençaient à s’indisposer.
Lafayette s’avança vers le roi ; ce fut là qu’il entendit les : propos les plus violents, surtout contre la reine. Un grenadier soldé lastraitaten face dé LMD ; un autre appela le roi LTOS 20... : un troisième disait, en montrant le Dauphin : « Autrefois, quand ce bambin-là se promenait, on lui disait: Voilà tes sujets, tes soldats... On t’en donnera, maintenant ! » Soit rage, soit douleur, la reine était en larmes.
Lafayette me dit qu’étant venu au Département, il demanda un ordre du D rectoire pour faire exécuter la loi par tous les moyens. (Camille Desmoulins prétend qu’il demanda la loi martiale. Garnier et ses pareils étaient prêts à la lui accorder. Mais Danton état là; Siéyes et Talleyrand y étaient aussi. Camille f'esn oulins montre Lafayette, Bailly et Garnier terrassés par l’éloquence victorieuse de Danton, le réquisitoire
de Lafayette rejeté, Lafayette offrant sa démission, et Danton . s’écriant qu'il n’appartenait qu’à un lâche de déserter son poste dans le péril ; qu’au surplus ce n’était pas le Département qui avait nommé Lafayette, et qu’il devait porter sa démission aux quarante-huit sections quil’avaient fait général). Lafayette, en quittant le Département, revint vers la garde nationale, la harangua de nouveau, pria, ordonna et ne put rien obtenir. On lui répondit qu’on se moquait de lui, du Département et des écharpés. Il fallut, après deux heures d’attente, que le roi se décidât à rentrer au château.
De retour au milieu du Directoire, Lafayette engage ses membres à prendre une mesure vigoureuse et à aller à l’Assemblée nationale demander un décret. On lui promet tout ; mais tout change en un clin d’œil.
Le Département s’avise de convoquer les quarante-huit sections et leur pose cette question : « Faut-il, dans les circonstances présentes, prier le roi d’exécuter son premier projet, qui était d’aller à Saint-Cloud, ou le remercier d’avoir préféré de rester pour ne pas exposer la tranquillité publique ? » Question posée d’une manière absurde, ridicule ; mais on fait en même temps la fameuse adresse au roi, adresse vigoureuse, simple, énergique, laconique, qui va droit au fait, et la première qui était écrite dans le style d’un peuple libre (1). | Cette adresse, répandue à propos, dans laquelle on donnait . vingt soufflets au roi, dans laquelle on le menaçait du conseil des quatre-vingt-trois départements du royaume, avait été combattue par La Rochefoucauld, qui ne voulait point la signer : il la trouvait trop violente. Plusieurs membres semblaient être de son avis. Garnier, surtout, s’y était opposé ; son ami Duquesnoy, en le défendant de cette opposition et de l’absurde et cruelle motion qu’on l’accusait d’avoir faite, ne put s'empêcher de peindre l’inconvenance du ton de cette adresse, et le danger de dégrader encore plus qu’elle ne l’était - aux yeux du peuple la monarchie en ruine. La députation à l’Assemblée nationale était vêtue, de noir : « Nous portons,
(1) Cette lettre est dans le Patriote du 20 avril 1791; je ne la donne donc pas.
dit Garnier, ce deuil de la monarchie que nous a prédit Mirabeau, et qu’il ne croyait pas si prochain. » Ce fut ce motif, que le hasard amena, qui détermina la majorité en faveur de cette fameuse adresse dont Danton et Pastoret étaient les auteurs.
Ainsi, on laissait Lafayette dans l’embarras, en ne voulant rien statuer sur un point qu’il était urgent de décider. Mais Garnier d’Autun (2) proposait de poursuivre les journalistes que l’on accusait d’avoir ameuté le peuple. Cerutti empêcha cette poursuite vivement sollicitée, et combattue par plusieurs membres que Lafayette me nomma, entre autres Lacépède et Kersaint, qu’il me dit avoir rédigé l’adresse du lendemain aux citoyens de Paris, adresse plate et entortillée.
Après l’adresse du Directoire au roi, on ne devait pas s’attendre à celle-ci. Autant la première s’appliquait avec un juste discernement à la véritable cause du dernier désordre, à l’état de la question, autant la seconde s’en écartait et violait les convenances. Les alarmes des citoyens étaient fondées ; ils ne pouvaient s'attendre à rien de bon d’un pouvoir exclusif, presque entièrement livré aux ennemis de la liberté; et lorsque, dans cet état de choses, il ne manquait plus, pour faire éclater la guerre civile, que d’éloigner le roi de l’Assemblée nationale pour le livrer aux destructeurs de la Constitution, comment le Département pouvait-il faire craindre au peuple des suggestions ennemies, des craintes exagérées ou mensongères ? Il existe un fait. Le roi allait partir au milieu des plus grandes défiances, au milieu d’une accumulation de circonstances alarmantes, que le ridicule dont quelques politiques le couvraient ne détruisait point. Ce départ n’était pas annoncé, il était subit. Ceux qui le regardaient comme un : malheur n’avaient pas le temps de délibérer ; il fallait, ou s’y opposer comme on l’a fait, ou le laisser faire ; et si l’on ne peut blâmer ceux qui ont regardé l’irrégularité de leur démarche comme un mal beaucoup moindre que le départ du roi, peut-on leur reprocher de ne pas avoir eu recours à la
(2) Il s’agit de Germain Garnier (1754-1821), député suppléant du Tiers, procureur-général-syndic du Département de Paris. — Je ne sais pourquoi Brissot l’appelle Garnier d’ Autun.
voix des adresses, des pétitions, des députations ? Le temps ne le permettait pas, et les citoyens passifs ne pouvaient pas y avoir recours.
Que signifient ces mots : Citoyens ! pouvez-vous oublier la probité du roi? Pouvait-on encore moins oublier qu’il était environné de malveillants ? Il avait juré de maintenir la Constitution ; mais prouvait-il bien l’envie de la maintenir, en s’environnant de ceux qui la détestaient ?
Voilà, n’en déplaise à Kersaint, les hautes considérations qui devaient bien moins échapper au grand nombre qu’à ces petits corps de délibération dont chaque membre craint d’attacher sur son front le conseil d’une démarche hardie, quoique les circonstances l’exigent impérieusement.
La nation était encore dans le travail de l’enfantement et livrée aux ennemis de la liberté. Les uns voulaient qu’elle avortât, les autres voulaient dévorer son fruit, et l’on voulait décourager, en la blâmant, en l’intimidant, cette force publique qui, n'ayant pas encore pu recevoir sa dernière organisation, avait cependant sans cesse besoin de toute son énergie.
La députation du Département vint à l’Assemblée nationale, et prévint ainsi la motion que l’on s'attendait à voir soulevée au sujet du voyage de Saint-Cloud ; elle surpassa les arrêtés qu’elle avait pris. L’un était cette absurde question destinée aux quarante-huit sections, et sur laquelle les sections répondirent qu’il n’y avait lieu à délibérer ; l’autre était le compte rendu de ce qui s’était passé et l’assurance que le roi, malgré l’assurance faite par le Département de seconder son voyage, avait préféré de rester : le roi allait venir leur donner un démenti à ce sujet. Puis elle communiqua l’adresse qu’elle avait faite, et le président, en lui témoignant la satisfaction de l’Assemblée, invita le Département à persévérer dans ses bonnes intentions.
Bientôt paraît le roi; il déclare venir au milieu de l’Assemblée avec la confiance qu’il lui a toujours témoignée. Arrêté la veille dans le projet qu’il avait formé d’aller à Saint-Cloud, il n’a pas voulu, dit-il, qu’on employât la force contre quelques hommes égarés, qu’il aime mieux ramener par la con-
fiance. Mais il importe à la nation, ajoute-t-il, que rien ne le gêne pour la pleine liberté de sa sanction et de son acceptation ; il faut donc qu’il soit libre d’aller où bon lui semble. Il assure, d’ailleurs, qu’il mérite la confiance du peuple, dont il ne cessera de vouloir le bonheur.
Chabroud lui répond assez poliment ; mais dans sa réponse, on distingue ces phrases : « Quelques inquiétudes sont inséparables des premiers progrès de la liberté. La liberté, votre personne et la Constitution, ce n’est qu’un seul intérêt pour nous. Evitons qu’une faction trop connue et bien dangereuse se mette entre le trône et le peuple. Là sont vos ennemis et les nôtres. Eloignez-les, Sire, et votre cœur paternel ne sera plus troublé. »
A ces mots adroitement dirigés, la salle retentit de Vive le roi ! Les membres de la droite étaient consternés ; ils n’applaudissaient pas.
Cazalès veut prendre la parole, on la lui refuse ; il insiste. Rœderer le somme de déclarer pourquoi, dans le côté droit où il s’asseyait, on n’avait pas donné un seul applaudissement au roi. Cette question eut de nouveaux applaudissements d’un côté, tandis qu’on lève la séance au milieu des murmures de l’autre.
C'était une véritable journée des dupes que celle-ci et, depuis le commencement de la séance jusqu’à la fin, l’Assemblée nationale avait constamment péché contre ses devoirs et sa dignité (1).
(1) Les pages qui suivent dans l’édition Montrol (304-328 du tome III), toutes relatives à l’affaire du voyage de Saint-Cloud, sont des découpures, sommairement arrangées, d’articles du Patriote Français (21, 22, 23 et 26 avril 1791). Je ne puis donc que les supprimer.
Viennent ensuite, dans cette même édition (p. 329-332), quatre pages sur les partis en 1792, que je supprime également, parce que, de l’aveu de M. de Montrol lui-même (Avertissement du t. III), c’est un morceau, non de Brissot, mais d’Achille du Chastellet. Elles sont d’ailleurs textuellement tirées du Patriote du 10 mai 1792, sans que rien, dans le journal, indique qu’elles soient de Du Chastellet plutôt que de Brissot.
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