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avant et après le 20 juin, comme il l’avait montré dans le voyage de Varennes.
Il eût été heureux pour la gloire de Barnave que pendant ce voyage il eût imité son exemple ; mais il oublia trop vite le caractère d’un député de la nation, pour jouer le rôle de courtisan. Il écoutait avec une complaisance digne du temps de l'Œil-de- Bœuf les plaintes et les reproches qu’on adressait amèrement à l’Assemblée nationale, et s’apitoyait sur les malheurs de la France, c’est-à-dire des aristocrates et des prêtres. Les patriotes qui entouraient la voiture ayant repoussé durement un curé qui cherchait, on ne sait pourquoi, à s’en approcher, Petion les rappela à la loi, qui protégeait également tous les citoyens ; mais Barnave leur cria qu'ils étaient des” assassins, et dès lors il conquit toutes les bonnes grâces des Majestés fugitives, et particulièrement celles des femmes, qui dirigèrent sur lui toutes leurs séductions. Marie-Antoinette, qui avait du tact, s’aperçut facilement que la conquête de ‘Barnave était faite d’avance ; elle ne ménagea pas ses petites manœuvres pour achever une conversion en si beau chemin. Petion devint un témoin incommode, et dont on se cachait ; il put à l’instant prévoir les résultats de ce manége. Avant d'arriver à Paris, Barnave n’était déjà plus qu’un vil agent de la Cour, enfin le digne émule des Lameth et des Duport.
Mais Barnave avait-il attendu cette rencontre pour renier les amis déterminés de la liberté ? Quoiqu'il n’eût pas encore ostensiblement passé à l’ennemi, ne pouvait-on pas déjà le regarder comme un déserteur de la cause populaire ? et enfin semblait-il étranger à la fuite de Varennes ?
On en pouvait demander autant de Lafayette, qui s'était alors réconcilié avec ceux dont les principes et les sentiments avaient été longtemps en opposition avec les siens. A la nouvelle de la fuite de Louis XVI, Reubell voulut qu’on mandât Lafayette à la barre de |’ Assemblée, et qu’il fût tenu de déclarer comment le roi avait pu s'échapper. Barnave s’empressa de prendre la parole et s’écria que dans de telles circonstances on devait redoubler de confiance à l’égard d’un aussi bon citoyen que Lafayette. Il fallait, disait-il, un centre d'unité, un
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centre d'action, et c'était Lafayette ; il fallait craindre les insinuations perfides et l’effervescence populaire, qui se tourneraient aveuglément contre Lafayette et l’empêcheraient d'opérer le bien. Il fallait un bras qui exécutât puissamment ce que l’Assemblée décréterait, et Barnave ne voyait pour le salut de l'Etat que le bras puissant de Lafayette.
Les Lameth ne restèrent pas en arrière, et oublièrent aussi l'animosité qui s’était manifestée entre eux et Lafayette, lorsque l’un d’eux espérait ravir à ce général le commandement de la garde nationale. Il ne faut que se rappeler ici la fameuse séance des Jacobins, du 21 juin (1), témoin de tant de déceptions, de pasquinades et de palinodies, pour juger de leurs mutuelles perfidies. Danton, voyant paraître Lafayette, lui avait demandé quel hasard le rappelait dans ce club, qu’il semblait dès longtemps avoir déserté, et ce que lui, signataire d’un système des deux chambres qui eût changé la forme du gouvernement, venait faire parmi les Jacobins, dans un moment où le premier fonctionnaire public fuyait pour changer aussi, disait-il, la face de l’empire. Il avait rappelé à Lafayette que, dans les conférences qu’ils avaient eues ensemble, lorsque lies amis de la Constitution se flattaient d’éteindre toutes les semences de discorde, il lui avait paru désirer un changement à peu près semblable à celui proposé par Siéyes; qu’il avait même parlé de se rapprocher du projet trop exécré de Mounier. N’était-ce pas là un singulier rapport entre les motifs qui faisaient alors parler Lafayette et ceux qui faisaient maintenant agir le roi, et qui servaient de prétexte à sa fuite ?
Danton demandait encore à Lafayette comment il se faisait que les motifs qui avaient engagé le roi à déserter fussent les mêmes qui l’avaient lui-même engagé à proposer l’établissement de réunions politiques capables de détruire ces Sociétés de prétendus Amis de la Constitution, composés presque entièrement d'hommes sans aveu et soudoyés pour perpétuer l’anar-
(1) Voir dans Aulard, Jacobins, II, 531-537, le compte rendu de cette séance, d’après le Procès-verbal même de la Société, imprimé et distribué dans Paris. Le récit de Brissot [?] y fait de larges emprunts et en reproduit les expressions les plus caractéristiques.