SUR LA TOMBE DE PRADIER
Messieurs,
Qu'il soit permis au plus ancien des élèves de M. Pradier d'accomplir un devoir sacré, en apportant sur cette tombe à peine ouverte leur part de douleur vraie, de reconnaissance et de regrets.
La vie de M. Pradier se résume dans sa passion pour son art, surtout depuis le jour où il découvrit avec d'autres camarades de son temps, parmi lesquels se trouvait Géricault, toute la sublimité des sculptures du Parthénon ! Ce fut pour lui une révélation. Dès ce moment son atelier devint son sanctuaire, l'amour de la forme son idéal, l'art des Grecs son idole, sa foi, son flambeau. •» ,
Ceux qui ont eu le bonheur de vivre dans son atelier pourront vous dire avec quelle générosité paternelle il mettait au service de ses élèves ses dessins les plus précieux, ses calques, ses fragments rapportés de Rome. Chez lui, dans son atelier, tout était à ses dis: iples. Leur affliction
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près du cercueil de leur maître, si pieusement entouré, dira mieux que les discours les plus éloquents combien ils le chérissaient et combien ils le regrettent.
Rien n'a pu effacer, non, rien n'effacera de nos souvenirs les quelques années passées dans l'intimité de votre travail, ô notre cher maître ! Pour moi, c'était de 1825 à 1830, au temps où votre talent incontestable était cependant contesté. Bien jeune, votre seul élève alors, j'étais heureux et fier de votre amitié tout entière.
Ce souvenir est doux à tous ceux qui, chacun à son tour, possédaient vos conseils et votre affection ; nous vous devons beaucoup dans notre art, maître; pour ma part, je me trouve très-honoré d'avoir à le dire publiquement.
Aujourd'hui, sur cette tombe creusée si prématurément, la postérité commence pour vous, ô notre maître, qui fûtes aussi notre ami!... Elle est impitoyable, mais elle est juste. Elle vous paiera vos nobles sueurs du prix qui seul paie le vrai talent, par un rayon de gloire ! Nos neveux conserveront avec délices vos charmants ouvrages, que vos contemporains ne trouvaient pas assez rares pour les apprécier ce qu'ils valent. Vous étiez trop courageux, vous produisiez trop, vous étiez trop bon, trop facile, enfin vous vous prodiguiez!...
A chaque exposition, depuis bientôt quarante ans, vous étiez sur la brèche, toujours le premier dans l'arène, où, chose extraordinaire, sans jamais faiblir, votre beau talent a pu lutter victorieusement contre plusieurs générations d'artistes.