‹ J.S. Bach (volume 2)Chapitre 19 sur 64 · I. Grundlagc eiiier Elircn-Pforle, 1740» P- ^'J · texte numérisé non relu

I. Grundlagc eiiier Elircn-Pforle, 1740» P- ^'J

LA VIE )i

habileté, et Ton conçoit à peine qu'il lui soit possible de croiser si singulièrement et si rapidement ses doigts et ses pieds, de les écarter et d'atteindre les intervalles les plus vastes, sans y mêler un seul ton faux, et sans déplacer le corps malgré cette agitation violente. «

« Ce grand homme ferait Tadmiration de toutes les nations, s'il avait plus d'agrément et s'il n'ôtait pas le naturel à ses pièces, en y mettant de l'enflure et quelque chose d'embrouillé, et s'il n'en obscurcissait la beauté par un art excessif. Comme il juge d'après ses doigts, ses morceaux sont extrêmement difficiles à jouer, car il exige que les chanteurs et les instrumentistes exécutent, avec leur voix ou leur instrument, les difficultés mêmes qu'il peut jouer sur le clavecin. Mais cela est impossible. Toutes les manières, tous les petits ornements, enfin tout ce que l'on comprend dans la méthode du jeu accompli, il l'exprime formellement en toutes notes et cela enlève non seulement à ses compositions la beauté de l'harmonie, mais rend encore le chant entièrement inintelligible. Bref, il est en musique ce que fut autrefois, en poésie, le sieur de Lohenstein*. L'enflure les a fait tomber tous les deux du naturel dans l'artificiel,

I. Caspar von Loheiistein (i635-i683) composa des tragédies d'un style tendu et boursouflé.

et du sublime dansTobscur ; et l'on admire chez tous les deux le travail écrasant, et une peine extraordinaire qui, pourtant, est employée en vain, car elle combat contre la raison* ».

Scheibe devait, par cette page, déchaîner une assez longue polémique. Il m'est impossible d'en parler ici avec détails. Bach trouva des amis pour le défendre contre ces attaques. On connaissait d'ailleurs la cause de cette injuste sévérité. Scheibe n'avait pas été admis à succéder, en 1729, à Christian Grâbner, organiste de la Thomaskirche, et il rendait Bach responsable de son échec ^.

Cette querelle éclata pendant une période troublée déjà par des débats entre Bach et le directeur de la Thomasschule. Gesner, l'ami de Bach, avait été appelé à l'Université de Gœttingue et J.-A. Ernesti l'avait remplacé (1734). Ce dernier prétendit choisir à son gré les « préfets de chœur », élèves qui dirigeaient leurs camarades dans le chant des motets et des cantates. Depuis l'été de 1736 jusqu'à Pâques de 1738, Bach fut en lutte pour cette cause avec Ernesti, etil fallut que le roi de Saxe Auguste III intervînt pour mettre fin au dillerend, qui avait été porté devant le conseil de la ville et le con-

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