‹ J.S. Bach (volume 2)Chapitre 22 sur 64 · A la fin du denxièine chd'ur · texte numérisé non relu

A la fin du denxièine chd'ur

endormie. L'air d'alto et l'air de basse traduisent admirablement, d'une parties souhaits, de l'autre les promesses des délices agissantes. L'essor des instruments y est continu. De même, dans le dernier chœur, l'enthousiasme de ne plus exister qu'en Dieu s'épanche en vocalises superbes qui sont comme le commentaire et la conclusion de ces mots, chantés dès les premières pages : « En lui nous avons la vie, le mouvement et l'être. »

Après ces cantates, il convient de citer la cantate Nachdir, Herr, verlanget inich^, écrite sans doute vers 17 12. Dans le premier chœur, où le motif de fugue le motif chromatique descendant travaillé d'abord est repris plus loin sous une forme un peu différente, et dans la Ciacona finale on reconnaît des applications au style vocal accompagné de l'art instrumental de Buxtehude. Cette cantate a un caractère commun avec celles que nous avons citées jusqu'ici. Les airs n'y ont pas encore, développée dans sa plénitude symétrique, la structure des airs italiens avec cla capo. Dans ces œuvres anciennes, les textes sont en outre, la plupartdu temps, tirés des livres saints, et il est probable que, bien souvent, le compositeur les a lui-même choisis et groupés. L'inspiration lui était déjà venue quand il les jux-

LES CA>"rAÏES DE 1704 A 1723 89

taposait, dans Tordre même de sa pensée, et il avait, pour les traduire, toute indépendance de langage. Les livrets des cantates écrites plus tard lui sont beaucoup plus étrangers de contenu et lui prescrivent, à l'avance, sa tâche musicale. Quelle que soit la souplesse de son imagination et la liberté de son génie, il est obligé d'accepter, sans trop les bouleverser, ces suites de chœurs, de récitatifs et d'airs dont il n'a réglé ni l'alternance, ni la progression. Bien plus, il est contraint d'adapter sa musique à une versification languissante, où pâlissent les images de la Bible, et où les paroles de l'Evangile sont surchargées de fâcheux embellissements, pour les besoins de la mesure, les fantaisies de la rime et le plaisir des mauvais poètes.

Les premières cantates « littéraires » que Bach mit en musique furent tirées des recueils d'Erdmann Neumeister (1671-1756). Cet écrivain était pasteur de l'église luthérienne. En 1704, prédicateur à la cour de Weissenfels, il réunit en un volume les poésies spirituelles qu'il avait mises au jour depuis 1700 et les publia sous le titre de Geistliche Cantaten statt einer Kirche/i-Music. Dans la préface, il définit la cantate : « Une cantate n'a pas d'autre apparence qu'un fragment d'opéra, formé de récitatifs et d'airs. » Hunold, dès 1706, parle de ces cantates en ces termes : « Je

ne veux pas les vanter, mais recommander de les lire ou de les entendre dans les églises où on les a introduites avec la musique : alors les soupirs ou une purifiante émotion en seront les meilleures louanges *. » A vrai dire, Neumeister eut surtout le mérite d'inaugurer un genre. C'est un homme pieux, rempli de bonnes intentions, convaincu, mais d'une verve médiocre. Toujours sincère, il reste un peu froid, ne hausse pas assez le ton pour éviter la vulgarité et atteindre au lyrisme soutenu. Le métier ne le sauve pas du défaut d'inspiration : il ne sait point donner le change par de l'habileté quand son élan d'esprit se ralentit. Des mots pénétrants jaillissent de son âme et il a parfois l'éloquence du cœur, mais le don n'est que passager chez lui, et, malgré sa facilité à écrire en vers, il n'arrive point à cette abondance égale et coulante qui caractérise l'auteur maître de ses idées et de son style.

La cantate de Pâques Ich ^veiss, dass mein Erloser lebt ", composée pour ténor solo et violon solo, avec accompagnement de l'orgue et du basson, est faite sur un texte du premier recueil de Neumeister, paru en 1704. Mais elle est évidemment de beaucoup postérieure à cette date. Spitla suppose qu'elle l'ut écrite pour la fête de

I. Préface du traité Die altenu-uestc Art zur rcinen itnii ^(ihtiiten Poésie zu gelangen.

Pâques de 1713 ou de 1714, et cette hypothèse est très vraisemblable. J'ajouterai que dans la formation des thèmes, dans la vivacité des mouvements, dans la fougue du dialogue entre le violon et la voix, on reconnaît l'influence des Italiens, dont Bach, à Weimar, pratiquait assidûment les œuvres. On peut remarquer aussi avec quelle justesse de déclamation, avec quelle force de sentiment il y traite le récitatif. Ce n'est certes point du premier coup qu'il se façonna cette parole musicale souple, expressive jusque dans le détail, et cependant si bien ordonnée qu'elle a le nombre et l'eurythmie d'une mélodie sans fin. L'allure aisée, l'exactitude sans sécheresse du récitatif témoignent d'une sûreté de touche que Bach n'avait pas encore à un aussi haut degré lorsqu'il s'essayait à ce style d'opéra religieux. La cantate Uns ist ein Kind geboren\ qui est tirée du troisième recueil de Neumeister n'a point, dans le, récitatif, cette ampleur suivie. Mais, d'autre part, la familiarité avec les compositions d'Italie y est très apparente.

La troisième « année » des cantates de Neumeister fournit encore à Bach le texte de la cantate Gleich wie der Regeii und Schnee vom HimmelfàlU-. Gomme la précédente, cette œuvre fut

probablement faite entre i;;i2 et 1714- Une sym phonie de caractère descriptif sert d'introduction. Quatre violes et deux flûtes participent à ce prélude sombre qu'agitent le souffle d'une tempête lointaine. Les récitatifs ont ici grande importance et Bach leur a donné un tour dramatique remarquable. Les invocations du chœur alternent avec la mélopée des solistes. « Ainsi que la pluie et la neige fécondent la terre et font germer le grain, ainsi la parole de Dieu doit fructifier dans les âmes. » Tel est le sujet de l'œuvre. Le musicien l'interprète avec une violence triste. 11 pense plutôt à l'orage qui dissipe les semences de la parole divine qu'aux averses bienfaisantes qui fertilisent le sol.

La quatrième « année » des cantates de Neumeister est représentée pour nous, dans l'œuvre de Bach, par quatre cantates. La première débute par un chœur fait sur le choral Nun komm, cler Heiden Heiland^ . Bach traita ce chœur d'une manière fort originale. Pour donner plus d'apparat à cette musique où il glorifiait la venue prochaine du Messie, « Sauveur des Gentils », il emprunte à la majesté de l'ouverture française, et môle, au développement pompeux de cette forme musicale, l'exposé du choral. Dans l'air de ténor se manifeste ra(lniira])lc conliniiilt- de lu

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